samedi 9 mai 2020

La précocité du rapprochement entre la Fédération révolutionnaire arménienne et l’Italie fasciste (1922-1928)


Mikael Varandian (1870-1934)


Joseph C. Grew, Turbulent Era. A Diplomatic Record for Forty Years, 1904-1945 (journal tenu par un des principaux négociateurs américains à Lausanne), Boston, Houghton Mifflin C°, 1952, p. 488, entrée 20 novembre 1922 :
« Il [Mussolini] pense que les Turcs sont absolument intransigeants et prédit une rupture précoce de la conférence [de Lausanne]. A dit qu’il soutiendrait les buts des États-Unis après que nous [les négociateurs américains] avons expliqué que nous ne nous acharnerions sur aucun sujet politique, que nous souhaitions simplement protéger les intérêts commerciaux de nos ressortissants, leur travail humanitaire en Turquie, ainsi que les minorités [référence à la consigne donnée par Washington de soutenir, si possible, la thèse d’un « Foyer national arménien », c’est-à-dire un territoire autonome]. Il a souhaité voir une coopération étroite entre les États-Unis et l’Italie. »

Alexandre Khatissian (ancien Premier ministre de la République d’Arménie, dirigeant de la FRA), Éclosion et développement de la République arménienne, Athènes, Publications de la F.R.A. Dachnaktsoutioun, 1989, pp. 379-380 :
« Le 30 novembre [1922], [Mikael] Varandian [idéologue de la FRA] a eu une entrevue avec Mussolini. Il se serait montré fort aimable et attentionné. Il a promis de le convoquer de nouveau après son retour de Londres. »

« Un incident à la salle des minorités — Le délégué turc quitte la salle des séances », Échos de l’Orient, 15 janvier 1923, p. 472 :
Lausanne, 6 janvier
Un incident a marqué la séance que tenait ce matin la sous-commission des minorités. Les délégués turcs ayant à leur tête Riza Nour, député d’Angora, ont quitté la salle des séances en déclarant qu’ils ne voulaient plus poursuivre la discussion. Voici comment l’incident s’est produit :
Après constatation du non-règlement de deux points litigieux : question du service militaire pour les minorités et question de l'amnistie, le président, M. [Giulio] Montagna [négociateur envoyé par l’Italie fasciste], entreprit la lecture d’une déclaration dans laquelle il traitait longuement de l’établissement d’un foyer national arménien, sur les frontières de Syrie suivant la suggestion faite par la délégation américaine. Néanmoins, le territoire qui aurait été réservé aux Arméniens n’aurait reçu que l’autonomie communale et municipale, et n’aurait pas cessé d’être rattaché au gouvernement d’Angora.
Sir Horace Rumbold, délégué de la Grande-Bretagne, prenant la parole à son tour, prit à son compte la déclaration américaine touchant l’établissement d’un foyer national arménien et il ajouta qu’il faisait la même proposition pour les Assyro-Chaldéens, auxquels la Grande-Bretagne porte un puissant intérêt.
Riza Nour déclara qu’il comprenait l’intérêt primordial des grandes puissances, car, dit-il, le malheur de ces minorités est toujours venu de ce que les grandes puissances occidentales aient encouragé les minorités en Turquie à s’armer et à lutter contre le gouvernement central. Au nom de la délégation ottomane, Riza Nour déclara que, dans ces conditions, il ne pouvait continuer d’entendre les propos qui venaient d’être tenus devant elle, et que la délégation ottomane [sic : turque] comme nulles et non avenues les déclarations qui venaient d’être faites.
Il annonça que, dans ces conditions, il n’avait plus qu’à se retirer. »

Jordi Tejel Gorgas, Le Mouvement kurde de Turquie en exil : continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946), Berne, Peter Lang, 2007, p. 225 :
« En effet, les militants du Tachnak [Fédération révolutionnaire arménienne] se chargent de la recherche de fonds pour le comité Khoyboun [nationaliste kurde] et la révolte de l'Ararat [1927-1928]. Les succès de Vahan Papazian sont particulièrement significatifs. Il obtient des sommes importantes auprès de divers gouvernements et organisations. Ainsi, au début de la collaboration kurdo-arménienne, Papazian aurait fourni la Ligue Khoyboun de 20 000 dollars. De même, il aurait obtenu en 1928 de l'argent de l’Italie afin de financer la publication d'une revue kurde et près de 7 000 dollars de l'American Armenian Red Cross Society en partie destinés à des activités éducatives. L'ex-député de Van par ailleurs met à profit les promesses de fonds faites par certains gouvernements pour convaincre les chefs et intellectuels kurdes d'oublier leurs différends. »

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