mardi 21 septembre 2021

Le témoignage d’un évêque arménien sur les assassinats et les dévastations commis par les forces russes en 1877

 


 

Docteur L. Bernhard, Les Atrocités russes en Bulgarie et en Arménie pendant la guerre de 1877, Berlin, Albert Abelsdorff, 1878, pp. 58-59 :

« Communication faite par le Prélat arménien de Bajézid [Doğubeyazıt] et de Utch-Kilissé [Etchmiadzin] au Patriarcat arménien à Constantinople.

Les chefs kurdes étaient mes amis et protégeaient notre monastère. Ils ont été tués [par l’envahisseur russe]. Dès lors, vous comprenez que nous avions tout à craindre de la vengeance de leurs camarades, et que le jour où le général Derghougassof nous a quittés, nous avons dû partir avec lui. Plût au ciel qu'il ne fût jamais venu ou qu'il nous eût avertis plus tôt ! Au reste il y a des choses que je ne dirai pas; mais les irréguliers russes ne valent pas mieux que les Kurdes, et nous avons eu autant à souffrir des Lesguiens [Caucasiens] que n'importe qui…

Et maintenant, voyez, ajouta-t-il, en me montrant par l'embrasure d'une fenêtre le triste spectacle que j'avais sous les yeux depuis deux jours, — voyez ! nous avions des maisons, des champs, de tout cela il ne nous reste rien.

Nous avions emmené notre bétail ; on nous a presque tout pris. Oh ! mon Dieu ; les Arméniens n'ont pas de pardon !”

Quarante-cinq chefs de Kurdes ont été tués [par des Russes] dans le monastère de St. Jean — Sourp Ohannès — à Bajazid [Doğubeyazıt] ; en outre toute la dépendance dudit monastère a été incendiée ; et le Prélat susmentionné a été trainé par les Russes, par suite de son refus de partir. Tous les objets sacrés et les manuscrits précieux ont été détruits ou enlevés.

Le Père Arakel, supérieur de la Congrégation de St. Jean, a été tué.

Les Cosaques ont incendié toutes les maisons vacantes appartenant tant aux musulmans qu'aux Chrétiens. »

 

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mardi 14 septembre 2021

Le témoignage de l’ingénieur français Camille Toureille sur la politique de la terre brûlée mise en œuvre par l’armée grecque et sur l’incendie d’İzmir

 


Extrait du Petit Parisien, 20 septembre 1922, p. 2 


« Le Proche-Orient et le pétrole », Bulletin de la Société française des ingénieurs coloniaux, n° 79, 1er trimestre 1923, pp. 117-130 :

« Le Proche Orient a pour nous une importance majeure, et c’est pourquoi nous jugeons utile de donner connaissance à nos collègues du récit vécu que nous envoie l’un des nôtres, M. Camille Toureille-bey, de la prise de Smyrne par Mustapha Kenial et de l’incendie de la ville par les Grecs et les Arméniens.

“Depuis le 19 août., l’offensive de Mustapha Kemal s’est déclenchée et s’est étendue progressivement.

Fidèles à leurs habitudes de dissimulation et de mensonges, les Grecs ont tout d’abord caché ces attaques, puis ont travesti en victoires partielles leurs défaites successives, dans leurs communiqués aux Smyrniotes.

Les nouvelles les plus proches de la vérité arrivaient rares et laconiques par les journaux d’Europe.

La censure sévissait plus que jamais.

Le 27 août, le public apprit, à Smyrne, par des employés du chemin de fer, que les Turcs avaient capturé deux trains de munitions, de vivres et de renforts grecs, et que réellement la débâcle commençait.

Les officiers grecs ont prudemment lâché pied les premiers. Les soldats, laissés sans vivres et sans direction, ont commencé à fuir vers Smyrne. Mais, fidèles aux leçons allemandes, ils n’ont pas, en reculant, manqué d’incendier tous les villages, après les avoir pillés, ainsi que toutes les fermes et les maisons isolées, après avoir volé tout ce qu’ils ont pu emporter [au moins dans le cas de villes telles qu’Eskişehir et Aydın, l’incendie a été méthodiquement organisé par le commandement grec].

Tout a été saccagé, quel qu’en fût le propriétaire, Grec, Turc, ou autre, puis incendié. Dans les habitations turques, les habitants ont été, autant que les fuyards l’ont pu, brûlés vifs, sans miséricorde, hommes, femmes, enfants. Ils ont incendié de même les importantes et célèbres fabriques de tapis d’Ouchak.

Le produit de leurs vols chargé sur leurs épaules ou sur des animaux également volés, ils l’offraient à vil prix en arrivant aux abords de Smyrne, notamment à Cordélio, banlieue de la ville, à 15 kilomètres par le tour du golfe, ou à 4 kilomètres à vol d’oiseau. Ils apportaient ainsi tapis, couvertures, vêtements, linge, chaussures, volailles, moutons, chèvres, ânes, mulets, chevaux.

En cours de route, ils avaient détruit les splendides récoltes de raisin et de figues, richesse de Smyrne. Ils se vantaient d’avoir détruit tout ce qu’ils n’avaient pu emporter.

Souvent, enfin, ils abandonnaient leurs vols sur les roules, et jetaient, en même temps leurs munitions, dont une grande quantité fut retrouvée dans les jardins et les rues de Cordélio. Ils vendaient leurs armes quand ils trouvaient acheteurs, moyennant une livre lurque, 7 fr. 70 environ.

Les 4 et 5 septembre, des aéroplanes turcs, survolant les lignes grecques et les bandes de fuyards, jetaient de petits papiers exhortant les Grecs à se retirer sans rien détruire, et surtout sans rien incendier, et, à respecter la propriété privée, grecque aussi bien que turque.

Les fuyards qui passaient à Cordélio racontaient que leurs officiers, avant de fuir, leur avaient dit que, parmi les troupes turques, se trouvaient des soldats français, italiens, anglais, et, beaucoup de bolcheviks [affirmations qui relèvent du mensonge, pour ne pas dire de la mythomanie].

C’est alors qu’ils se sont enfuis également, en conspuant leur pays et leur fameux roi Constantin, et en acclamant Lénine et Trotsky.

La population de Cordélio, premier point de contact avec les fuyards et les déserteurs grecs, et comptant beaucoup de Grecs, a demandé, dès le 4 septembre, aide et protection à la police grecque. Celle-ci a été renforcée. Mais de nombreux vols et viols ont été commis par la soldatesque, ce qui fait juger de ce qu’ont pu faire les Grecs en Anatolie, avant d’incendier les habitations.

Cette protection n’a pas duré plus de vingt-quatre heures, car, le 6 septembre, la police de Cordélio a été rappelée à Smyrne, de même que celle de toutes les banlieues, nord et sud, de la ville.

Le 6 septembre, dans la soirée, et jusqu’au 7 septembre après-midi, les Grecs ont embarqué les hommes qu’ils ont pu réunir, les canons qu’ils avaient pu ramener, puis tout le personnel civil et militaire du port, de la douane, de la ville et du port. Les bateaux de guerre grecs Lemnos et Kilkis ont alors quitté le port de Smyrne, ainsi que les autres bateaux grecs moins importants, et se sont retirés, près de File de Chio, en pleine mer, hors du golfe de Smyrne.

Ils ont procédé à celle fuite en secret, laissant la ville sans police et sans administration.

Le 8 septembre, ce fut une ruée de toute la population grecque et arménienne et,’ de toute la lie de la ville, vers les dépôts d’approvisionnements de l’armée grecque, sis dans le quartier de la ‘Punta’, au nord de la ville, près de la gare du chemin de fer d’Aïdin. Les fuyards grecs pillèrent aussi, suivant, leur constante habitude, et les wagons de marchandises, remplis de bagages de réfugiés grecs d’Anatolie, à la gare voisine, n’échappèrent pas à cette curée.

Le même jour, les mêmes individus pillèrent les magasins du quartier commerçant nord de Smyrne, entre l’église grecque de Sainte-Fotini et le Bazar, véritable ville composée de magasins et de dépôts comme il n’en existe qu’en Orient, et qui renfermaient des marchandises d’une valeur de plusieurs centaines de millions de francs.

Les consuls, en présence de la défection grecque, firent, le 8 septembre, débarquer des bateaux de guerre des détachements ‘de marins. Les Anglais gardèrent leur consulat, la poste et les quais ; les Français, leur consulat, les banques françaises, la poste, le palais de l’Alliance française et les églises françaises ; les Italiens prirent, soin de leur consulat et des églises italiennes, des écoles et de la poste.

Depuis le 4 septembre, de foutes les villes, de tous les villages, de toutes les fermes, des habitations isolées, situées entre le golfe de Smyrne et le front de bataille, les populations, craignant à juste titre les exactions des troupes grecques en fuite, ainsi qu’elles l’avaient déjà fait en 1917, en 1919, 1920 et 1921, s’étaient enfuies, les unes, durant le jour, emportant ce qu’elles pouvaient, les autres, surprises en pleine nuit, à moitié vêtues, souvent pieds nus et les mains vides.

Ce furent d’abord des Turcs et des Grecs qui, craignant les fuyards Grecs, envahirent les trains venant à Smyrne, des différentes stations de la ligne Smyme-Kassaba et prolongements, d’Ouchak, où 2 000 maisons et les fabriques de tapis furent détruites, d’Afioum-Kara-Issar, d’Eskicheir, de Magnésia, etc.

[…]

Il faut dire que, lors de l’invasion grecque en Anatolie, l’armée grecque, se faisant consciemment l’exécutrice des basses vengeances de la colonie grecque de Smyrne et de sa banlieue, assassina froidement tous les Turcs qui lui étaient signalés comme hostiles à cette invasion, facilitée par la faiblesse des gouvernements alliés à l’égard de la politique dangereuse et incompréhensible de l’Angleterre.

Il y eut aussi à Smyrne quelques soulèvements turcs, férocement réprimés par les Grecs.

De tout cela, les Turcs avaient gardé le souvenir, et connaissaient les auteurs responsables de ces boucheries sauvages. Ceux-ci savaient qu’ils devraient personnellement payer, si les Turcs reprenaient Smyrne.

Aussi, dès le mois de juin [1922], le Comité micrasiatique, composé de Grecs et d’Arméniens, et beaucoup de propriétaires grecs et arméniens, ne cachaient pas leur décision formelle et irrévocable d’incendier chacun sa maison, quels qu’en fussent les occupants, si la Grèce devait, d’une façon quelconque, évacuer Smyrne et la région, et renoncer à la souveraineté de la riche province d’Anatolie. C’était un fait connu.

Les propriétaires grecs consciencieux devaient préalablement dénoncer leurs contrats d’assurance, afin de n’être pas accusés d’avoir mis le feu à leurs maisons pour en tirer profit, ainsi que le faisaient communément les commerçants grecs à chaque instant, et de tout temps, à Smyrne.

L’armée grecque avait commencé l’exécution de ce terrible programme en incendiant villes, villages, fermes et récoltes pendant sa déroute.

Dès le 7 septembre, de nombreux habitants de Smyrne, constatant que la ville, depuis le départ des autorités hellènes, était livrée aux pillards, voleurs, violeurs incendiaires grecs, prirent peur pour eux-mêmes, et se réfugièrent dans les locaux mis à leur disposition par les autorités consulaires françaises et italiennes, ou dans les couvents et les églises.

Beaucoup demandèrent asile aux bateaux et aux paquebots qui se trouvaient dans le golfe, tels que la Sardegna et des bateaux japonais et hollandais.

Le samedi 9 septembre, à midi, les premières troupes kémalistes arrivèrent à Smyrne et défilèrent sur les quais.

Vers 11 heures et demie, u. fort groupe de Turcs, venant de leur quartier, sis au sud de la ville, et qui est construit en amphithéâtre sur la montagne dominant Smyrne, descendit sur les quais, drapeaux turcs en tête, et se dirigea vers le nord de la ville, par où devaient venir les troupes kémalistes. Cette manifestation toute pacifique terrifia les nombreux réfugiés grecs qui occupaient les quais sur le bord de la mer. Des chalands, remorqués par des chaloupes de l’escadre anglaise, vinrent les prendre et les conduisirent le long du quai du port qui ferme celui-ci en face de la ville, à l’ouest et du côté opposé à celle-ci.

Les pauvres gens abandonnèrent tous leurs biens pour sauver leur vie, qu’ils croyaient, bien à tort, en péril.

Dans les rues parallèles et perpendiculaires aux quais, les magasins grecs, très nombreux, fermèrent rapidement leurs portes ; les soldats grecs rencontrés furent sommés par les passants de jeter leurs armes, et même de les briser. Quelques-uns, qui s’y refusaient, furent quelque peu houspillés par les civils, et s’empressèrent d’obéir lorsqu’ils apprirent que les kémalistes arrivaient, afin de ne pas être pris pour des combattants.

Les troupes, en effet, entrèrent et défilèrent sur les quais, se rendant au konak. Leur attitude était des plus pacifiques.

En tête, deux cents soldats sans armes poussaient, devant eux six moutons, puis venait un détachement de cavalerie commandé par un officier supérieur. Il était suivi d’un fort groupe de soldats grecs prisonniers, et terminé par une batterie d’artillerie. Derrière venaient, on ne sait pourquoi ni dans quel but, six policemen anglais, fameux protecteurs des minorités chrétiennes.

Pendant cette pacifique prise de possession, un énergumène arménien lança sur les troupes une grenade à main ou une bombe, qui ne fit aucun mal. La population jeta l’homme à l’eau, et la peur de représailles de la part des vainqueurs augmenta, sur les quais, la panique qui faisait fuir les réfugiés sur les chalands.

Cet acte stupide fut simplement méprisé par la troupe kémaliste, mais il fut répété près du konak. Ce n’est qu’un peu plus tard que des coups de feu furent entendus du côté du konak, et l’on expliqua que des Arméniens, cachés derrière des dépôts de bois du Nord entassés sur les quais, avaient tiré ou lancé des bombes, et blessé des soldats kémalistes. A ce moment, ceux-ci ripostèrent et se défendirent.

Les Arméniens se renfermèrent chez eux, et dans leur église patriarcale, où ils avaient entassé toutes sortes d’armes, des grenades et des bombes incendiaires.

[…]

Les autorités kémalistes procédèrent à de nombreuses arrestations de personnes signalées comme dangereuses pour la sécurité des Turcs civils et des troupes d’occupation, et aussi dénoncées comme ayant servi d’indicateurs aux Grecs, lors de leur invasion armée de 1917 [1919].

A partir du 11 septembre après midi, et jusqu’au 13 septembre à 8 heures du matin, les communications terrestres et maritimes furent interdites entre Cordélio et Smyrne, pour empêcher la fuite des suspects que les. Turcs recherchaient; tout mouvement d’entrée et de sortie des bateaux de commerce dans le port fut également défendu.

[…]

À l’approche des Turcs, les Grecs pillards avaient fui de Cordélio, comme de Smyrne ; mais, dès le vendredi 8 sepLembrc, ceux-ci furent remplacés par une bande de brigands, de ‘Turcom’ [très probablement le « général » Torcom, membre de la Fédération révolutionnaire arménienne], composée d’Arméniens, de Grecs et de racaille sans nationalité bien définie, mais d’origine levantine. Cette bande partit du village turc Choukouyou, à l’ouest de Cordélio, et dévalisa les habitations longeant la voie ferrée entre Choukouyou et Pétrota, dans la direction de Smyrne, et, malmena les habitants. Mais la police civile turque tua les deux principaux chefs, tous deux Arméniens, un ou deux Grecs, et mit le reste de la bande en fuite.

Il est à remarquer qu’à Smyrne on trouva constamment des Arméniens mêlés aux Grecs toutes les fois que des actes de brigandage furent commis à la faveur des troubles, et chaque fois qu’il était possible de faire du mal aux Turcs. D’où des répressions parfaitement justifiées de la part des troupes kémalistes.

[…]

Le samedi 9 septembre, les troupes turques arrivèrent à Cordélio, où elles campèrent à l’ouest de la ville. Il en défila pendant plusieurs jours. Il est à noter que, presque chaque fois qu’un officier supérieur turc passait devant la maison de l’auteur de ces lignes, qui avait arboré un drapeau français, cet officier saluait militairement le drapeau.

[…]

Dans la soirée des 11 et 12 septembre, les Grecs, fidèles à leur moi d’ordre, pillèrent et incendièrent les villages de Bournaba, de Boudja et de Couldoudja, autour de Smyrne, et aussi quelques magasins de Haïrakii.

Justement ému de ces vols et incendies, le 11 septembre encore, l’auteur de ces lignes alla trouver le commandant adjoint de la police turque, auquel il demandait protection pour sa maison, déclarant qu’il n’était pas belligérant, qu’il possédait le titre de bey, était décoré des ordres turcs, et qu’enfin il était Français.

Le commandant se leva à cette dernière déclaration et salua militairement, disant que cette qualité suffisait pour que la maison fût protégée ; elle le fut, en effet, efficacement.

Les 11 et 12 septembre, à Smyrne, tous les magasins restèrent fermés. Il fut impossible d’obtenir la moindre nourriture : épiceries, boulangeries, restaurants, tout était clos. Partout les réfugiés affluaient dans les endroits qui leur étaient assignés. Les bateaux non militaires, italiens, japonais, hollandais, ancrés dans le port, donnaient asile à leurs nationaux. Les quais de Smyrne étaient fort sales, jonchés de débris de fusils. de literie, de malles éventrées, de linge, etc.

Le soir de ces deux jours, comme les soirs précédents, la population de Smyrne et de Cordélio a pu, au milieu de sa détresse, des misères qui s’augmentaient de la terreur d’un avenir incertain, entendre que l’amiral anglais, dont le vaisseau était ancré entre ces deux villes, du côté de la Pointe, dînait au son des airs les plus brillants de la musique du bord. Sur les rives, on volait et on violait ; les Grecs incendiaient.

C’est ainsi que l’Angleterre protège les minorités chrétiennes et prend sa part de leurs tristesses et de leurs souffrances.

On signalait de nombreux actes de provocation de la part des Arméniens à l’égard des Turcs. Ils s’étaient réfugiés en grand nombre dans leur église patriarcale, vaste édifice situé au milieu d’une grande cour entourée de hauts murs. Ils y avaient entassé des munitions de toutes sortes, des bombes incendiaires et des grenades à main. Ils refusaient de sortir, de se disperser, de rentrer paisiblement chez eux ; les exhortations des consuls alliés ne purent rien sur eux. Les Arméniens n’écoutent que leur clergé, ignorant, fanatique et stupide, qui les conduit toujours à la révolte imbécile et, par là, à la mort.

Les Turcs avaient cerné l’église et une partie du quartier arménien ; ils ne voulaient pas d’effusion de sang, mais ils voulaient assurer leur propre sécurité. Les Arméniens leur jetaient des grenades à main pardessus les murs, en réponse aux sommations qui leur étaient faites. Les Turcs reculaient devant l’action énergique qui s’imposait, en présence de cette rébellion armée, parce que, le vent régnant à Smyrne étant presque toujours nord ou nord-nord-ouest, ils risquaient d’atteindre le quartier turc, situé au sud-sud-est, derrière le quartier arménien.

[…]

A 14 heures et demie, de Cordélio on vit un incendie se déclarer à Smyrne, dans le quartier grec. A 15 heures, il y avait trois foyers très importants, assez distants les uns des autres, mais sur une même ligne. A 15 heures et demie, un quatrième incendie éclata, très intense, tout à fait au sud de la ville, au centre du quartier arménien, au pied du quartier turc.

Les Grecs et les Arméniens exécutaient fidèlement leur consigne de brûler leurs maisons avant de se retirer.

[…]

Les incendiaires avaient bien calculé leurs opérations. En commençant à allumer les feux vers 14 et 15 heures, l’incendie devait avoir acquis une certaine importance à 16 heures, moment où l’‘imbatte’ se produit à Smyrne, c’est-à-dire moment où le vent nord ou nord-nord-ouest commence à souffler. La force du veut s’accroît souvent jusqu’à 20 heures, puis elle tombe durant une heure, et s’élève ensuite en tempête.

De toute façon, ce vent devait souffler en temps utile pour porter le feu dans le quartier turc, qui s’étage, sur la montagne, en amphithéâtre, au sud-sud-est de la ville, précisément au-dessus des quartiers grecs et arméniens. De cette façon, les Grecs, obligés d’évacuer la ville, et les Arméniens, qui se croyaient également dans le même cas, réalisaient leur terrible projet, mais, par surcroît, ruinaient les Turcs en détruisant leur riche et populeux quartier.

Mais, terrible expiation, le vent, ce soir-là, a soufflé plein sud, et, s’élevant peu à peu, il a, de 20 à 22 heures, augmenté d’intensité ; il soufflait en tempête à partir de 22 heures.

Ce fait ne se produit pas dix fois par an à Smyrne, et les incendiaires ne pouvaient penser que l’exception se produirait précisément ce soir-là.

Il en est résulté que les richesses incalculables des Grecs et des Arméniens, dans toute la ville, où ils possédaient la presque totalité des dépôts et des magasins, ont été anéanties.

Mais, ce qui est infiniment plus triste encore que cette punition des vils incendiaires, c’est que tous les Européens ont été ainsi victimes de ces criminels.

À partir de 15 heures et demie on entendit des explosions provenant du quartier arménien, puis du quartier grec. La raison en est que, chez les uns et les autres, il se trouvait des bombes incendiaires, puis, à mesure que le feu gagnait les quartiers européens, les réserves de pétrole que chacun avait faites, en vue de l’hiver prochain, explosaient à leur tour.

A 17 heures, l’incendie s’étendit et augmenta d’intensité, attisé par le fort vent du sud. A 18 h 30, il y avait quatre immenses foyers d’incendie. On entendait de Cordélio les cris que poussaient les Smyrniotes qui fuyaient vers les quais. De fortes détonations étaient également entendues à mesure que le feu s’étendait. A 20 heures, les quatre brasiers n’en formaient plus qu’un seul, de plus d’un kilomètre de développement, et qui paraissait très profond. A 21 h 30, l’incendie, après des alternatives d’affaissements et de reprises, paraissait, à la suite d’effondrements d’édifices, diminuer d’int,ensit,é, et deux foyers principaux continuaient seuls à brûler intensément. A 22 heures, il se produisit une reprise soudaine du feu ; le vent, qui soufflait du sud au nord, augmenta de violence. On sentit que la ville était perdue.

[…]

Nous apprîmes ce jour-là, à bord de l’Edgar-Quinet, que le feu avait fait son apparition au quartier grec de Smyrne, dans une maison paraissant inhabitée ; un notable franc s’était mis à la tête des sapeurs-pompiers turcs de la ville, mais à peine le feu était-il attaqué que quatre ou cinq maisons plus loin, dans la même rue, une autre prenait feu sans cause apparente ; lorsqu’on voulut s’élancer vers cette maison c’est une troisième située près de la première qui prenait feu à son tour. C’était à renoncer d’y porter remède, en présence de semblable spontanéité apparente, et c’est ce qu’on fut obligé de faire.

La seule explication plausible est que des foyers avaient été préparés et munis de mèches. Il n’y avait alors personne dans la rue dont il s’agit. Il paraît en avoir été de même au quartier arménien ; c’est de là qu’ont été entendues les premières explosions. »

 

Lire aussi :

Le témoignage de Paul Grescovitch (chef d’une brigade de pompiers) sur l’incendie d’İzmir (« Smyrne ») en 1922

L’amiral Charles Dumesnil et Raymond Poincaré sur les causes de l’incendie d’İzmir (« Smyrne »)

Le consensus de la presse française pour attribuer l’incendie d’İzmir (« Smyrne ») aux nationalistes arméniens (1922)

Le soutien nationaliste arménien à l’irrédentisme grec-constantinien, massacreur de marins français et de civils turcs

Lothrop Stoddard : "Une puissante armée grecque (...) a commis des atrocités massives contre les habitants turcs"

L’évolution d’Émile Wetterlé sur la question arménienne et les Turcs

Le rapport de la Commission interalliée d'enquête sur l'occupation grecque de Smyrne et des territoires adjacents (1919)

La contribution française à la victoire de la Turquie kémaliste sur la Grèce constantinienne (1921-1922)

La grécophilie, l’arménophilie et l’antijudéomaçonnisme fort peu désintéressés de Michel Paillarès

samedi 11 septembre 2021

Bernard Jouanneau : défenseur de la « cause arménienne » et du conspirationniste Thierry Meyssan

 




Jugement du Tribunal de grande instance de Paris, 17e chambre, 15 novembre 2004 :

« DEMANDERESSE

COMITE DE DEFENSE DE LA CAUSE ARMENIENNE agissant par son

Président, M. Serge Harout MARDIROSSIAN.

17 rue Bleue

75009 PARIS

représenté par Me Patrick ARAPIAN, avocat au barreau de PARIS, avocat postulant, vestiaire DI525, Me Serge TAVITIAN, avocat au barreau de MARSEILLE, avocat plaidant et Me Bernard JOUANNEAU, avocat au barreau de PARIS, avocat plaidant, vestiaire A96.

 

DÉFENDEURS

Monsieur Aydin Sezgin

représenté par Me Michel JEOL et Philippe BOUCHEZ EL GHOZI pour la SCP PAUL HASTINGS JANOFSKY & WALKER (EUROPE) LLP, avocats au barreau de PARIS, vestiaire P177,

 

Société FRANCE-TÉLÉCOM SERVICES DE COMMUNICATION RESIDENTIELS venant aux droits de la société WANADOO

48 rue Camille DESMOULINS

92971 ISSY LES MOULINEAUX CEDEX 9

représentée par Me Bertrand POTOT, avocat au barreau de PARIS, vestiaire T0700

[…]

Vu l’assignation qu’a fait délivrer, en suite de cette autorisation, l’association COMITÉ DE DÉFENSE DE LA CAUSE ARMÉNIENNE (ci-après CDCA) à Aydin Sezgin par actes en date des 19 et 22 juillet 2004, par laquelle il est demandé au tribunal, sur le fondement des dispositions des articles 1382 et suivants du code civil, de condamner :

- chacun de ces deux défendeurs à supprimer, sur le site internet du consulat général de Turquie à PARIS (M. Sezgin consul général de Turquie à PARIS), accessible à l’adresse *toutes les pages -contenant des propos niant l’existence du génocide arménien- rangées sous la rubrique “ allégations arméniennes et faits historiques”, sous astreinte de 150 €par jour de retard à compter de la signification de la présente décision,

à supporter les frais de trois publications judiciaires, dans des journaux ou revues au choix de l’association demanderesse, dans la limite de 3 000 €par publication,

- la société WANADOO au paiement d’un euro à titre de dommages et intérêts,

- les défendeurs aux dépens et au paiement de la somme de 10 000 €sur le fondement des dispositions de l’article 700 du nouveau code de procédure civile.

[…]

PAR CES MOTIFS

LE TRIBUNAL, statuant publiquement par jugement contradictoire en premier ressort,

Fait droit à la fin de non-recevoir tirée des immunités consulaires définies par la convention de VIENNE du 24 avril 1963 ;

Dit en conséquence irrecevables les demandes visant Aydin Sezgin ;

Déboute l’association COMITÉ DE DÉFENSE DE LA CAUSE ARMÉNIENNE de ses demandes formées contre la société France TÉLÉCOM SERVICES DE COMMUNICATION RÉSIDENTIELS, venant aux droits et obligations de la société WANADOO ;

Rejette les demandes formées par Aydin Sezgin et la société France TÉLÉCOM SERVICES DE COMMUNICATION RÉSIDENTIELS sur le fondement des dispositions de l’article 700 du nouveau code de procédure civile ;

Condamne l’association COMITÉ DE DÉFENSE DE LA CAUSE ARMÉNIENNE aux dépens.

Fait et jugé à Paris le 15 Novembre 2004 »

 

Communiqué du Conseil de coordination des associations arméniennes de France, 22 novembre 2008 :

« Appel aux Sénateurs : « Le négationnisme est un crime. Pour le punir JE veux une loi ! »

Par leur présence et leur prise de parole à la manifestation du samedi 22 novembre,

• Bernard-Henry Lévy, intellectuel, écrivain

[…]

Bernard Jouanneau, avocat, Président de “Mémoire 2000”

[…]

appellent le Sénat à faire barrage au négationnisme de l’Etat turc.

Le samedi 22 novembre à 15h00, le Conseil de Coordination des organisations Arméniennes de France (CCAF) organise un rassemblement républicain devant le Sénat. Cette mobilisation citoyenne s’inscrit dans le cadre du combat contre le négationnisme, pour le respect de la vérité historique.

[…]

Le CCAF estime qu’il ne doit plus être possible de faire preuve de négationnisme en France.

Le Sénat doit inscrire cette proposition de loi à l’ordre du jour de ses travaux. Les citoyens anti-négationnistes et iront jusqu’au bout de ce combat. »

ð  Aucun groupe sénatorial n’a jamais soutenu la proposition de loi en question. Présentée par une fraction minoritaire du groupe socialiste, elle a été rejetée, pour inconstitutionnalité criante, par le Sénat, le 4 mai 2011, à une large majorité.

 

« JUSTICE : Thierry Meyssan a été débouté de sa plainte en diffamation contre le journal “Le Monde” »Le Monde, 8 février 2004 :

« Thierry Meyssan, l'auteur de L'Effroyable imposture (Carnot éditions), a été débouté, lundi 2 février, de sa plainte en diffamation contre Le Monde, à la suite de l'éditorial du quotidien du 21 mars 2002, qui appuyait l'enquête parue le même jour, intitulée “Internet véhicule une rumeur extravagante sur le 11 septembre”. “Le journal, en (...) démontant les mécanismes qui ont permis la diffusion, a conclu le tribunal de Paris, pouvait librement écrire que la démarche de celle-ci n'était pas caractérisée par la rigueur scientifique et qu'il cédait aux facilités du support choisi (Internet).” Me Bernard Jouanneau, l'avocat de M. Meyssan, a annoncé son intention de faire appel. »


Arrêt de la cour d’appel de Versailles, 9 septembre 2004 :

« APPELANT

Monsieur Thierry Marie Didier MEYSSAN

né le 18 Mai 1957 à TALENCE (33)

demeurant 8 rue Auguste Blanqui - 93200 ST DENIS

représenté par la SCP TUSET-CHOUTEAU Avoués

assisté de Me Bernard JOUANNEAU, avocat au barreau de PARIS

[…]

Considérant d’autre part que l’article s’appuyant sur les déclarations de témoins visuels du drame, simples particuliers ou professionnels des médias, s’attache à réfuter point par point la thèse querellée, témoignages dont la fiabilité ne saurait être remise en cause par la contestation et la réfutation que l’appelant en fait ou en a fait dans son second ouvrage “Le Pentagate”, que l’article est en outre illustré d’une photographique montrant les débris d’une carlingue d’avion écrasée devant le bâtiment du Pentagone, qui renforce d’autant le sérieux du reportage et la volonté de rétablir la véracité des faits face à la thèse de Thierry MEYSSAN ;

Considérant que dans un tel contexte, le ton polémique et le choix des mots “imposture” et “imposteur”, réplique volontaire au mot d’imposture employé par l’appelant dans son ouvrage pour contester la véracité de l’écrasement d’un avion sur le bâtiment du pentagone causant des centaines de morts, ne dépassent pas le seuil de prudence et d’objectivité dont doit faire preuve tout journaliste ;

Considérant que les intimés sont dès lors fondés à invoquer le bénéfice de la bonne foi qui doit leur être reconnu ;

Considérant qu’il convient en conséquence de débouter Thierry MEYSSAN de ses demandes ;

Considérant qu’eu égard aux situations respectives des parties, aucun motif tiré de l’équité commande l’application des dispositions de l’article 700 du nouveau code de procédure civile au profit de l’une ou l’autre des parties ;

Considérant que l’appelant qui succombe dans ses prétentions, doit supporter la charge des entiers dépens »

ð  Pour ne pas être rébarbatif, seules deux des multiples relaxes de journaux poursuivis par le conspirationniste Thierry Meyssan sont citées ici.


Valérie Boyer, « Génocide arménien: "La négation d'un crime ne relève pas de la liberté d'expression" », Lexpress.fr, 23 avril 2015 :

« Doit-on en rester là ? Quelque chose ne colle pas. Avec les vingt-cinq années d'acquis et cent ans de déni, l'idée s'est imposée d'elle-même: la négation d'un crime ne relève pas de la liberté d'expression (Sévag Torossian, Vous n'existez pas. Négationnisme et mensonges d'Etat, L'Harmattan, 2013). L'évidence même: c'est le cadre qu'il fallait changer. Sortir l'infraction de la loi de 1881 sur la liberté de la presse et l'insérer dans le code pénal. C'est pourquoi, avec le précieux concours de Bernard Jouanneau, avocat et éminent spécialiste du négationnisme et l'expertise de Maître Sévag Torossian [alors avocat de l’ambassade d’Arménie à Paris], j'ai déposé une proposition de loi à l'Assemblée nationale en octobre 2014, visant à réprimer la négation des génocides et des crimes contre l'humanité du XXe siècle [proposition finalement rejetée par l’Assemblée nationale, sous forme d’un renvoi en commission, la forme courtoise de l’enterrement]. »

 

« Conspirationnisme : Thierry Meyssan, le maître à fausser », L’Express, 17 avril 2015 :

« En 2006, Thierry Meyssan effectue un premier voyage au Liban et en Syrie, peu après des attaques israéliennes contre les bases du Hezbollah. Il est l'invité de ce dernier et du régime de Damas. Deux ans plus tard, pour échapper à un invraisemblable "contrat" que Nicolas Sarkozy - "élu grâce à la CIA" - aurait mis sur sa tête, l'amateur de complots s'installe à Damas, dans le quartier des ambassades. Il devient un expert habilité auprès d'une cohorte de médias "antioccidentaux" ou "antisionistes": chaînes télé du Hezbollah et du régime iranien, RT (ex-Russia Today, pro-Kremlin), radios et quotidiens syriens... Le site Internet du Réseau Voltaire international revendique 760 000 visiteurs uniques par mois. Le véritable ordre de grandeur se situe plutôt autour de 20 000 à 30 000.

Cependant, il est traduit en 16 langues. Ce qui nécessite d'importants moyens financiers et humains. Lesquels ? Les indices affleurent. A Damas, Thierry Meyssan forme des cadres du régime au sein de l'institut de recherche politique Syria Al-Ghad (Syrie Demain). Le vice-président du Réseau, Issa el-Ayoubi, est un cadre du Parti social-nationaliste syrien, formation d'inspiration nazie créée dans les années 1930. "Thierry Meyssan a choisi de s'allier avec les pires antisémites tout en se gardant de manier lui-même cette rhétorique, poursuit Gilles Alfonsi. Voilà toute la malignité et la perversité de son discours." »

 

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mardi 31 août 2021

La conduite exécrable des légionnaires arméniens en 1918-1919


 

 

Docteur Simon, « Avec le détachement français de Palestine et de Syrie », La Revue de Paris, 1er décembre 1919, pp. 559-560 (journal tenu à l’époque par l’auteur, entrée 18 octobre 1918) :

« Toujours des éclopés à la Légion d’Orient. Le docteur Grunberg est malade, et le service n’y est plus assuré que par deux médecins auxiliaires arméniens, MM. Palandjian et Hagopian, on ne peut plus dévoués pour leurs compatriotes. Les évacués surabondent. Comme les Syriens, ils sont très geignards, résistent peu au mal et à la fatigue, ignorent notre point d’honneur et connaissent bien mieux leurs droits, dont on leur a trop parlé, que leurs devoirs, dont il n’est guère question. La plupart d’entre eux ne semblent pas comprendre notre dévouement. Ce que nous faisons individuellement pour eux, ils sont portés à l’attribuer à la crainte que nous inspirent nos chefs ; et volontiers ils tenteraient d’ajouter à cette crainte par des menaces à peine déguisées, des appels à la toute-puissance des comités arméniens. Aussi les médecins des tirailleurs ne veulent-ils à aucun prix passer à la Légion d’Orient. »

 

Télégramme du gouverneur militaire d’Alexandrette (rappelons qu’il s’agit d’un officier français) au général (Jules Hamelin) commandant le Détachement français de Palestine et de Syrie, 16 décembre 1918, Service historique de la défense, Vincennes, 4 H 8, dossier 3 :

« Actes de terrorisme [à] Deurtyol de la part de soldats arméniens d’occupation. Menaces, pillage, viol. Des bandes de vingt soldats arméniens opèrent en armes. Six familles d’origine algérienne ont été rançonnées à Deurtyol. »

 

Roger de Gontaut-Biron, Comment la France s’est installée en Syrie (1918-1919), Paris, Plon, 1922, pp. 54-55 :

« À la fin de 1918, la légion d’Orient fut divisée en légion syrienne et légion arménienne. Déjà cette dernière échappait à l’autorité de ses officiers pour suivre aveuglément les suggestions politiques du Comité de l’Union nationale arménienne [regroupement des partis nationalistes, alors dominé par le Ramkavar], dont l’influence n’était rien moins qu’apaisante. Certains griefs furent exploités [par les nationalistes arméniens] avec une évidente mauvaise foi et démesurément grossis : l’inexistence de la prime d’engagement, la solde inférieure à celle de nos troupes d’Afrique, le défaut d’équipements chauds pour une campagne d’hiver dans les régions montagneuses de l’Amanus et du Taurus, tout cela explique jusqu’à un certain point le mauvais esprit qui régnait à la légion arménienne.

Les premiers symptômes d’indiscipline se manifestèrent lors du premier séjour de l’émir Faïçal à  Beyrouth. Son arrivée, le 18 novembre 1918, avait amené une certaine effervescence ; une discussion futile tourna soudain en bagarre entre la police et quelques soldats arméniens. C’en était assez pour réveiller l’animosité latente entre les contingents arméniens et la population musulmane d’une part, les chrétiens et la gendarmerie musulmane de l’autre.

Il semblait désormais hasardeux d’utiliser plus longtemps en Syrie la légion arménienne sans risquer de nouveaux incidents et nous aliéner les musulmans. On la transporta dans le nord (novembre-décembre 1918). À peine débarqués à Alexandrette, les légionnaires se ruent sur les harems pour délivrer les  Arméniennes qu’ils y trouveraient enfermées ; à Beylan, la répression d’actes de terrorisme analogues provoque une mutinerie ; les soldats refusent d’obéir et se déclarent solidaires de leurs camarades. Les mêmes désordres se produisent à Deurtyol où le général Hamelin lui-même essaye de ramener les troupes au respect de la discipline et de l’honneur militaires, sans réussir à empêcher les rixes journalières entre Turcs et Arméniens (décembre 1918-janvier 1919). Les désertions se multiplient, tandis que le banditisme s’étend à Arab-Deresi et Khirik-Khan (janvier 1919).

La garnison d’Alexandrette assiste sur ces entrefaites au passage des rapatriés ramenés d’Alep et dirigés sur la Cilicie. Leur colère dépasse alors toutes bornes et s’abat sur nos tirailleurs musulmans envoyés pour les tenir en respect, châtier leurs cruautés et refréner les désertions. Le 16 février, une dispute éclate entre tirailleurs et légionnaires ; l’un de ceux-ci est atteint par un coup de feu tiré d’une maison. Aussitôt les légionnaires se répandent dans les rues, et en un clin d’œil la ville est livrée à l’incendie, au pillage et au meurtre. Les quelques marins du Coutelas, appelés à terre, parviennent à désarmer les mutins malgré les difficultés et les dangers que présente une telle opération exécutée sur une foule en pleine révolte. Une sélection sévère s’impose ; la résiliation progressive des engagements permettra de l’effectuer peu à peu. »

 

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La contribution française à la victoire de la Turquie kémaliste sur la Grèce constantinienne (1921-1922)

lundi 30 août 2021

La contribution française à la victoire de la Turquie kémaliste sur la Grèce constantinienne (1921-1922)


 Caricature parue dans le quotidien L’Avenir, 6 septembre 1922

 

Stanford Jay Shaw, From Empire to Republic. The Turkish War of National Liberation, 1918-1923, Ankara, TTK, 2000, volume III-2, pp. 1434-1435 :

« En outre, à partir du milieu de septembre 1921, avant même que l’accord d’Ankara [prévoyant l’évacuation, par l’armée française, des zones occupées dans le sud-est de la Turquie, ce qui permit un redéploiement turc sur le front occidental, contre les Grecs], les agents turcs en France furent autorisés, à la suite des négociations menées par l’agent kémaliste Hamit Bey avec le haut-commissaire français, le général [Maurice] Pellé, à acheter à des compagnies privées installées en Angleterre, en France et en Allemagne [rappelons ici que l’industrie de guerre allemande était étroitement contrôlée, à l’époque, par l’Entente, et notamment par la France] 100 000 fusils allemands ainsi qu’1 300 000 cartouches anglaises et autres munitions, ainsi que des uniformes d’hiver, des chaussettes et des bottes, d’autres vêtements d’hiver encore, puis de les faire convoyer par des navires français à Antalya, en Cilicie, ou encore, de temps en temps, à Inebolu sur la mer Noire, tout cela arrivant sans problème à la fin de novembre. Un rapport du renseignement britannique daté du 22 février 1922 estimait qu’entre la signature de l’accord d’Ankara et le 1er février 1922, les agents turcs en France avaient aussi acheté au moins un canon lourd et 194 000 obus. Tout cela constituait une contribution significative à l’armée qu’Ismet (Inönü) construisait à la suite de la victoire sur la Sakarya en 1921, afin de mener une grande offensive qui pousserait les Grecs à la mer durant l’été suivant. »

 

M. Briand, président du Conseil, ministre des Affaires étrangères, M. Barthou, ministre de la guerre, 11 janvier 1922, document reproduit dans in Christian Blaecher (éd.), Documents diplomatiques français. 1922, volume I, Berne, Peter Lang, 2007, pp. 70-72 :

« Je réponds à vos télégrammes des 7 et 9 janvier.

La liste des cessions [aux Turcs, gratuitement] comprend en effet :

— 10 000 tenues neuves ou bonnes avec chaussures ;

[10 000] fusils Mauser et les cartouches récupérées ;

— 2 000 chevaux ;

— 10 avions, 10 moteurs de rechange, 10 tentes abri et le matériel de la station T.S.F. [c’est-à-dire radio] d’Adana.

[…]

Je vous prie donc d’adresser d’urgence à Beyrouth les ordres nécessaires pour que ces cessions soient immédiatement réalisées […] Tout nouveau retard nuirait gravement aux intérêts français, comme nous le signalent nos agents sur place. »

 

Roger de Gontaut-Biron et L. Le Révérend, D’Angora à Lausanne, Paris, Plon, 1924, p. 100 :

« L’Hellé [navire grec] ayant menacé la ville de Mersine d’un bombardement, le commandant du stationnaire français sur cette rade signifia même au croiseur hellène que tout acte de cette sorte sur la côte de Cilicie serait considéré par la France comme un acte d’hostilité. En prévision de toute éventualité, l’amirauté française doubla l’aviso-stationnaire du croiseur Cassard et l’Hellé reprit la mer.

Au commencement de juin [1922], le vapeur français Saint-Marc se dirigeait sur Mersine, avec un important chargement de camions automobiles Berlier, 10 000 fusils mitrailleurs, 7 avions et 150 tonnes de matériel sanitaire, à destination de l’armée turque. »


Annotation du ministère des Affaires étrangères la lettre du général Maurice Pellé annonçant, le 14 août 1922, la reconquête turque, Archives du ministère des Affaires étrangères, microfilm P 1378 :

« Cela m’a été confirmé par M. Franklin-Bouillon [négociateur de l’accord d’Ankara en 1921 puis de l’armistice de Moudania en 1922], qui a conseillé aux Turcs d’attaquer. »

 

Lettre du colonel Louis Mougin au général Henri Gouraud, 7 octobre 1922, reproduite dans Paul Dumont, « À l’aube du rapprochement franco-turc : le colonel Mougin, premier représentant de la France auprès du gouvernement d’Ankara (1922-1925) », La Turquie et la France à l’époque d’Atatürk, Paris, ADET, 1981, p. 104 :

« Mes télégrammes vous ont mis au courant au jour le jour. Les opérations [contre la Grèce] se sont déclenchées suivant le plan que le G[énér]al Buat [chef des armées françaises] m’avait développé à mon départ de Paris et que j’avais soumis et discuté avec Ismet Pacha, d’abord à Akcheir, et avec Mustafa Kémal Pacha à Angora. Ce plan a été adopté et tout a été réglé par Fevzi Pacha dans les moindres détails. Attaquer sur un front en rapport avec les forces possibles. Percer, faire passer la cavalerie pour couper les communications. Nous avons discuté longuement du choix du terrain, de la largeur du front à attaquer avec 12 divisions + 3 en réserve et 4 divisions de cavalerie prêtes à franchir les lignes. Cela a collé au-delà de toutes les espérances. »

 

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dimanche 29 août 2021

Les volontaires arméniens dans l’armée de la Grèce de Constantin Ier, massacreur de Français et de Turcs (1921-1922)

 


Constantin de Grèce

 

Pour le contexte, voir ici.

 

« Constantin et la Grèce », Le Matin, 19 novembre 1920, p. 1 :

« Le 1er et le 2 décembre 1916, à tous les coins des rues d’Athènes, les marins français étaient fusillés avec une incroyable lâcheté. Cent soixante d’entre eux environ furent victimes de l’agression ordonnée par Constantin et organisée dans les plus honteux détails par son état-major.

Des partisans de M. Venizelos étaient également massacrés. Le Zappeion, où se trouvait le détachement français, était canoné. L’école française et la légation française d’Athènes étaient attaquées.

Le lendemain, l’ordre du jour suivant était adressé, toujours par ordre du roi Constantin, aux troupes de la garnison d’Athènes, sous la signature du ministre de la Guerre :

C’est le cœur débordant de gratitude que je vous adresse, par ordre de Sa Majesté le roi, commandant en chef, mes félicitations et congratulations, pour votre conduite exemplaire pendant les inoubliables journées du 1er et du 2 décembre.

Votre loyalisme, votre esprit de sacrifice et votre courage ont sauvé la patrie, mise en danger par des ennemis qui espéraient troubler t’ordre public et jeter bas la dynastie.

Nos ennemis doivent aujourd’hui savoir que d’aussi vaillantes troupes sont invincibles, et je suis à même maintenant d’envisager l’avenir avec confiance.

N’oublions jamais ce “cœur débordant de gratitude” de Constantin, après l’assassinat de nos marins. »

 

Télégramme de l’amiral Mark Bristol, haut-commissaire américain à İstanbul, au Département d’État, 29 juin 1921, reproduit dans Çağrı Erhan, American Documents on Greek Occupation of Anatolia, Ankara, SAM, 1999, p. 92 :

« Les Grecs ont évacué la zone d’İzmit, occupée le 28 par l’avant-garde turque. Environ 20 000 civils, grecs et arméniens, désormais réfugiés, ont été évacués, les Grecs étant envoyés dans les îles ioniennes, il est probable que les Arméniens iront là-bas aussi. Durant l’évacuation des troupes grecques et avant l’arrivée des forces turques, des bandes arméniennes en armes ont massacré plusieurs milliers de Turcs à İzmit. »

 

« Général » Torcom (Archak Torkomian, à qui aucune armée n’a conféré ce grade), « La Légion arménienne du général Torcom », texte reproduit dans Aram Turabian, L’Éternelle victime de la diplomatie européenne : l’Arménie, Marseille, Imprimerie nouvelle, 1929, pp. 146-152 :

« 1° La Légion arménienne a été formée en mars 1922 par un ordre du Gouvernement hellénique au commandement en chef de l’armée d’Asie-Mineure ;

2° Le nombre des légionnaires devait être de 1 000. Ce nombre devait être augmenté « au fur et à mesure que les circonstances le permettraient », dit l’ordre gouvernemental, « pour devenir une unité tactique ».

L’idée d’une coopération militaire gréco-arménienne date du début de 1919 après les entretiens que j’avais eus à Londres avec M. Venizelos et M. Caclamanos. Il s’agissait, à cette époque, d’une formation importante de trois divisions arméniennes et d’une division de Grecs du Pont.

En septembre 1919, je m’étais rendu aux États-Unis pour demander l’appui financier du Gouvernement américain. En octobre 1919, le Comité des Relations extérieures du Sénat américain avait donné son consentement pour la formation aux frais du Gouvernement américain d’une armée arménienne et télégraphié au président de la délégation nationale arménienne à Paris d’appuyer ce programme. Mais Boghos Nubar rejeta ce projet, disant qu’il préfère le mandat américain !... […]

3° La Légion arménienne était composée uniquement de volontaires arméniens, officiers, sous-officiers et soldats ;

4° Elle se trouvait sous le commandement immédiat du commandant en chef de l’armée d’Asie-mineure ;

5° Le chef de la Légion était le général Torcom ;

6° Le commandement en langue arménienne ;

7° En avril et mai 1922, le chef de la Légion avait pris des dispositions pour l’arrivée sans retard à la base de Baltchova (près Smyrne), où se formait la Légion de 2 500 volontaires de la région de Brousse [Bursa], de 3 500 de Syrie [ce à quoi les autorités mandataires françaises se sont vivement opposées], et autant de Constantinople. La Légion aurait ainsi l’effectif d’une division à trois régiments, type français, en y ajoutant des armes spéciales : artillerie, aviation, etc., qui auraient été fournies par l’armée grecque. Malheureusement, en mai 1922, le général Papoulas quittait le commandement de l’armée, provoquant un important changement dans la situation. C’est alors que, anxieux et prévoyant une catastrophe, je m’adressais au Conseil et aux notabilités arméniennes de Smyrne en leur demandant de faire un léger sacrifice et de payer les frais de passage de mes hommes de Constantinople, Moudania et Alexandrette. Vous savez qu’il s’agissait d’une somme dérisoire, à peine de 20 à 25 000 livres turques en papier. Les Smyrniotes m’ont promis et m’ont indignement trompé. Ils sont même allés plus loin. Avec leur métropolite Tourian, ils essayèrent de démolir ma Légion en excitant mes troupes à la rébellion et à la désertion. Ils n’y parvinrent pas. [Précisons ici que le « général » Torcom était membre de la Fédération révolutionnaire arménienne, alors que Boghos Nubar, auquel il s’est opposé dès 1919, et les riches nationalistes arméniens d’İzmir, étaient, eux, du Ramkavar, parti souvent concurrent de la FRA. Ioannis Hassiotis, « Shared Illusions: Greek-Armenian Cooperation in Asia Minor and the Caucasus », dans Greece and Great Britain During World War I, Thessalonique, Institute for Balkan Studies, 1985, p. 175, confirme que c’est un ordre de Nubar qui, en 1922, a bloqué toute aide, par ses partisans d’İzmir, à Torcom. Quant à l’archevêque Léon Tourian, devenu entretemps archevêque arménien de New York, il fut finalement assassiné, le 24 décembre 1933, par cette même FRA.] […]

Du 21 au 23 août [sic : la confusion est ici manifeste avec les jours qui ont suivi la défaite grecque du 30 août 1922], la Légion était armée jusqu’aux dents par les armes laissées des unités grecques en retraite. Elle avait notamment huit mitrailleuses et 24 fusils mitrailleuses ;

[…]

13° Le chiffre global des groupes de combattants arméniens qui n’ont pu rejoindre la Légion et qui furent autorisés à coopérer avec l’armée hellénique partout où ils se trouvaient, région Magnésie-Afion Karahissar, région Brousse-Eski-Chehir était d’environ 1 500 et 1 000 dans la région de Brousse... En tout, les volontaires arméniens étaient donc 2 500 — sans parler des Arméniens engagés dans l’armée hellénique [ni des autres bandes de volontaires, auxquelles Torcom ne fait curieusement pas allusion] ;

[…]

17° Il est exact que la Légion a pris part aux combats d’arrière-garde avec des éléments helléniques sains (en particulier le 1er régiment et le groupe Plastiras) jusqu’à Tchesmé [Çeşme, à l’ouest d’İzmir] d’où elle s’embarqua pour Chios ; »

 

Salâhi Sonyel, Turkey’s Struggle for Liberation and the Armenians, Ankara, SAM, 2001, p. 206 :

« Le 9 septembre [1922], le vice-consul des États-Unis à İzmir, Maynard B. Barnes, rapporta au secrétaire d’État que, malgré les incendies de villages et de villes, à l’intérieur des terres, par l’armée grecque et par des réfugiés chrétiens, malgré aussi les jets de bombes, par des Arméniens, sur la cavalerie turque, le calme régnait à İzmir pour un moment. Mais des Arméniens continuaient à jeter des bombes et à tirer. De larges secteurs de l’Anatolie occidentale avaient été “démolis dans le seul but de faire du mal, par les Grecs qui évacuaient, et un grand nombre de paysans turcs ont été tués, avec une brutalité et une sauvagerie qui défient l’imagination, par les Grecs ainsi que par les bandes de ‘chettehs’ arméniens organisés durant les six derniers mois par le général Torcom, un Arménien paradant en uniforme arménien”, écrivit Barnes. »

 

Philippe de Zara (journaliste présent à İzmir en septembre 1922 et qui a vertement critiqué les conditions du déplacement forcé de 1915-1916), Mustapha Kémal, dictateur, Paris, Fernand Sorlot, 1936, p. 299 :

« Quatre jours plus tard [le 13 septembre 1922], alors que la vie commençait à redevenir normale, un incendie, qui débuta aux environs de la cathédrale arménienne où se tenait un îlot de résistance, détruisit la plus grande et la plus belle partie de la ville [İzmir]. Les auteurs du sinistre demeurèrent inconnus. On soupçonna fortement les formations arméniennes du “général” Torkom, aventurier au service des Grecs. »

 

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Le consensus de la presse française pour attribuer l’incendie d’İzmir (« Smyrne ») aux nationalistes arméniens (1922)

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    Docteur L. Bernhard, Les Atrocités russes en Bulgarie et en Arménie pendant la guerre de 1877 , Berlin, Albert Abelsdorff, 1878, pp....

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