mercredi 10 juin 2020

Non, l’ONU n’a jamais « reconnu le génocide arménien »




« Question : N’est-ce pas à cette occasion que la Turquie s’est plainte d’une référence spécifique au génocide arménien, ou prétendu génocide ?
Le porte-parole de l’ONU. […] En ce qui concerne l’Arménie, en aucun cas l’ONU n’a exprimé une quelconque position sur des évènements qui ont eu lieu bien avant la création de l’organisation. »

Türkkaya Ataöv, Ce qui s'est réellement passé a Genève. La vérité au sujet du « Rapport Whitaker », Ankara, Sistem Ofset, 1986, pp. 1-2 :
« La sous-commission des Nations Unies sur la Prévention des discriminations et sur la Protection des minorités (plus communément appelée la sous-commission des Droits de l’Homme) a tenu sa trente-huitième session au Centre des Nations Unies à Genève, du 5 au 30 août 1985. A cette occasion, la Sous-Commission a effectué, entre autres, une “Revue des développements ultérieurs ayant eu lieu dans les domaines dont la Sous-Commission s’est déjà entretenue[1]” : en clair, un bilan des évolutions survenues depuis les précédentes sessions. Ce bilan constituait le "point IV" à l’ordre du jour des discussions. C’est dans le cadre de ce “point IV” que le “Rapport sur le génocide”, préparé par le Rapporteur spécial, Benjamin Whitaker (Grande-Bretagne), a été évoqué. Au paragraphe 24 dudit rapport figurait une référence controversée au “génocide arménien”, qui suscita de longues et animées discussions au sein de la sous-commission.
Après avoir débattu du point IV de l’ordre du jour lors des 12e, 17e à 22e, 35e à 37e réunions du 13, 15 au 17, 20 et 29 août 1985, la sous-commission adopta le projet d’une résolution par 14 votes contre 1 et 4 abstentions. Or, contrairement à ce qu’affirment les lobbies arméniens, ce vote ne signifie nullement que le Rapport Whitaker ait été approuvé. Bien au contraire. La sous-commission refusa de “recevoir” le Rapport, en prit simplement “note”, soulignant le fait que des “opinions divergentes” avaient été exprimées quant à son contenu, supprima le terme “élevé” spécifiant la qualité des propositions énoncées, et décida de garder ce rapport à la sous-commission, refusant de le transmettre à l’instance supérieure qu’est la commission des Droits de I’Homme. Elle remercia le rapporteur, étant expressément entendu que ces remerciements n’exprimaient pas une approbation, mais une simple formule d’habituelle courtoisie, et recommanda seulement que les Nations Unies renouvellent leurs efforts en vue de permettre, aussitôt que possible, la ratification universelle de la Convention de 1948 sur la prévention et le châtiment du crime de génocide.
Tous les points de vue opposés sont cités dans leur intégralité dans les "Sommaires des procès-verbaux" des Nations Unies[2]. Ces procès-verbaux révèlent une critique générale et approfondie du Rapport Whitaker. Le journal The Armenian Reporter[3] par exemple, de manière loyale, a reconnu l’"opposition largement exprimée" à la référence aux Arméniens dans ce document. 



[1] Nations Unies, Conseil Economique et Social, E/CN. 4/Sub.2/1985/6.
[2] E/CN./Sub/2/1985/SR.1-SR.39. Quelques-uns d’entre eux sont même condensés en paragraphes courts dans The Armenian Observer, 4 septembre 1985.

La résolution adoptée en 1987 par le Parlement européen sur le prétendu « génocide arménien » est dépourvue de toute valeur juridique

lundi 8 juin 2020

Quand Jean-Marc « Ara » Toranian menaçait d’attentats la France de la première cohabitation (1986)




« Éditorial — Procès Melkonian : la droite ouvre les hostilités », Hay Baykar (journal dirigé par Jean-Marc « Ara » Toranian), 20 décembre 1986, p. 3 :
« En jugeant Monte Melkonian [numéro 2 de l’Armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménie, ASALA, de 1980 à 1983, chef des scissionnistes de l’ASALA-Mouvement révolutionnaire de 1983 à son arrestation par la police française, en 1985], les autorités françaises [M. Toranian ne semble pas connaître la séparation des pouvoirs] avaient le choix entre le rapport de force et le rapport d’intelligence. En lui infligeant une lourde peine de détention [six ans de prison, dont quatre ans ferme], elles ont opté pour la politique du pire.
[…]
Pourtant, le RPR compte à sa direction un arménien qui fut longtemps parti [sic : confusion avec « partie »] prenante de la lutte, puisque Patrick Devedjian a été l’avocat bénévole et dévoué de nombreux militants [comprendre : terroristes], dont Monte Melkonian [lors de son premier procès, en 1981, pour détention de faux passeport]. Malgré son évidente bonne volonté et sa force de conviction, on constate avec regret que sa voix n’a pas davantage porté à l’intérieur de son organisation pour Monte Melkonian que pour la reconnaissance du génocide [le gouvernement Chirac ayant refusé, comme le gouvernement Fabius, de soutenir la proposition de loi déposée en 1985 par le député stalinien Guy Ducoloné]. Cela ne confirme-t-il pas le manque d’aptitude de ses compagnons à saisir le langage parlé ?... Ces faits, qui étaient prévisibles mais non inéluctables, entraîneront probablement une révision de l’approche de la résistance arménienne [auto-désignation du terrorisme arménien]. Là encore, entre la revendication systématique du terrorisme aveugle, type [Hagop] Hagopian, comme moyen d’expression privilégié [où l’on constate que c’est le caractère « systématique » et son statut « privilégié » qui gênent, mais non point le fait de mettre des bombes dans des lieux publics, destinées à faire un maximum de victimes] et l’angélisme, consistant à tendre l’autre joue, l’éventail est large. Le mouvement de libération arménien apprend par la pratique. »

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jeudi 4 juin 2020

La justification insidieuse ou explicite de l’attentat d’Orly dans la presse arménienne de France




L’attentat d’Orly a été commis le 15 juillet 1983 par l’Armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménie (ASALA), faisant huit morts et une soixantaine de blessés, dont plusieurs estropiés à vie. Il est souvent prétendu que cet attentat fut « unanimement condamné par la communauté arménienne de France ». Ah vraiment ?

René Dzagoyan, « Le désespoir », Arménia, juillet-août 1983, p. 4 :
« Voilà donc, une fois de plus, que le nom d’arménien s’est tâché [sic : pour « taché »] de sang. À l’annonce de la nouvelle, la plupart d’entre nous ont frémi à l’horreur et l’ont condamnée, prouvant si c’était nécessaire que l’on est homme avant d’être arménien.
Nous ne parlerons pas de ce crime. Tous les qualificatifs ont déjà été employés et il n’est pas nécessaire d’ajouter le nôtre.
Une indignation de plus ne servirait à rien, sinon à oublier que derrière ce drame se cache un drame encore plus terrible :
Celui de notre responsabilité, à nous, arméniens, et celle des nations.
À qui la faute ? [en gras dans l’original]
[…]
Qui a semé le grain ?
Nous étions un peuple paisible qui ne demandait que “JUSTICE”, mais nous n’avions pas de voix, nous n’avions pas de mains.
Et les États, doucement, au fur et à mesure des années, nous rangeaient peu à peu dans les oubliettes de l’histoire.
Nous avons essayé le dialogue, mais personne ne nous a écoutés.
Nous avons essayé la patience, mais la patience n’a rien donné.
Certains, alors, ont essayé la violence. Et, qui peut le nier, la violence a porté ses fruits, car alors les journaux du monde entier ont parlé de la question arménienne. C’est ainsi que, pour la première fois dans notre histoire, notre nation a connu les vertus de la Force, non pas parce qu’elle l’aimait, mais parce qu’elle faisait parler d’elle.
Y aurait-il aujourd’hui un terrorisme arménien si les arméniens avaient obtenu “Justice” ?
Y aurait-il des attentats si les nations occidentales, au lieu de fermer complaisamment les yeux devant une Turquie Criminelle, avaient contraint cet État, par tous les moyens possibles, à reconnaître son crime ?
Y aurait-il des “Orly” si les États-Unis et d’autres pays encore, au lieu de tenir à bout de bras l’État ottoman, l’avaient forcé à rendre aux arméniens… pas grand-chose : Leur dignité ? »

« Éditorial », Hay Baykar, 11 mars 1985 :
« Un militant arménien vient d’être condamné à la réclusion criminelle à perpétuité [pour l’attentat d’Orly]. Ainsi la montée de la répression anti-arménienne que nous dénonçons inlassablement depuis des mois aura atteint, le dimanche 3 mars, à 3 heures du matin, son point culminant.
[…]
Ce scénario s’est reproduit avec Soner Nayir, lui aussi désigné à la vindicte publique au moment de son arrestation comme l’auteur de l’attentat d’Orly. […] Quant à Ohannès Semerci, simple porteur de valise, il aura lui aussi été sacrifié au nom à la fois que de la responsabilité collective, de la psychose antiterroriste gagnant actuellement le pays et sur l’autel du rapprochement franco-turc.
Ces trois condamnations constituent un nouveau coup porté à la cause arménienne. »

La haine antioccidentale (antifrançaise, notamment) et antiturque, la haine, au fond, tout ce qui n’est pas soi, s’exprime suffisamment dans ces deux textes pour que nul commentaire ne soit nécessaire. Deux mots cependant : Hay Baykar, pour mes lecteurs qui ne le sauraient pas déjà, était dirigé par Jean-Marc « Ara » Toranian ; et M. Dzaogyan, cité ci-dessus, écrit presque tous les mois dans Les Nouvelles d’Arménie magazine, mensuel dirigé par le même Toranian.

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L’arménophilie de Lauro Mainardi (ou comment le thème de « l’abandon des Arméniens par les démocraties » se trouvait dans la littérature fasciste)



mardi 2 juin 2020

Franck « Mourad » Papazian et l’apologie du terrorisme arménien




Franck « Mourad » Papazian est coprésident du Conseil de coordination des associations arméniennes de France (CCAF) depuis 2010, l’autre étant son cousin germain Jean-Marc « Ara » Toranian, dont nous avons parlé la dernière fois. En 2015, il est devenu membre du bureau mondial de son parti, la Fédération révolutionnaire arménienne (FRA, dont il avait déjà été le coprésident pour l’Europe occidentale), puis reconduit à ce poste en 2019. Le premier engagement significatif de M. Papazian en politique fut en faveur du terrorisme, et plus précisément de la branche terroriste de la FRA, les Commandos des justiciers du génocide arménien (CJGA), rebaptisés Armée révolutionnaire arménienne (ARA) en 1983. Deux preuves (parmi d’autres) sont apportées ci-dessous. Ensuite, il sera expliqué quel est l’héritage contemporain de cet engagement.

Franck « Mourad » Papazian, compte-rendu du procès de Max Hraïr Kilndjian devant la cour d’assises d’Aix-en-Provence pour tentative d’assassinat sur l’ambassadeur de Turquie à Berne, Haïastan, février 1982, p. 14 :
« Pendant une demi-heure, des lamentations [sic] et des slogans : “Libérez Kilndjian.”
Lorsque les avocats de la défense [Patrick Devedjian et Henri Leclerc] ont pris la parole, toute manifestation s’est interrompue afin de ne pas gêner leur plaidoirie [contrairement, donc, à ce qui s’était passé durant la plaidoirie de l’avocat de la partie civile, Alain Vidal-Naquet[1]]. […]
À l’extérieur, nous étions tous conscients de la gravité du moment que nous vivions. Les jurés allaient délibérer. D’un coup, la foule a commencé à entonner des slogans. J’étais fou [sic], je n’avais jamais vécu cela. Deux heures de délibérations, deux heures de slogans incessants, seulement interrompus par des chants révolutionnaires.
Cette foule qui, pendant deux heures, a crié, a chanté, cette foule qui, pendant deux jours a soutenu Hraïr, cette foule consciente, concernée, passionnée, cette foule qui a su quand il fallait crier [sic], chanter ou garder le silence, a sûrement influencé la décision du jury. […]
Non Hraïr ne devait plus rester en prison. C’en était assez, c’était même trop. Et puis cette foule, non pas excitée, mais convaincue, quelle allait être sa réaction [en cas de condamnation supérieure au temps passé en détention provisoire] ? Mieux vaut ne pas y penser. »

Franck « Mourad » Papazian, « Coupable ou non, nous soutenons Hampig Sassounian », Haïastan, mai 1982, pp. 7-9 :
« Le mercredi 5 mai 1982, la F.R.A. NOR SEROUND [organisation de jeunesse du parti en France] et le Comité de soutien à H[ampig] Sassounian ont organisé une manifestation partant de la place Saint-Augustin (à Paris), pour aboutir à quelques mètres de l’ambassade des U.S.A.
Malgré les conditions météorologiques, 700 personnes [sic : la photographie d’illustration incite à penser que ce chiffre est exagéré] se sont mobilisées à l’appel de la F.R.A. NOR SEROUND.
Quelles étaient les intentions de cette manifestation ?
— Condamner l’attitude insupportable du gouvernement turc qui nie les droits les plus élémentaires du peuple arménien [allusion aux revendications territoriales de la FRA : le « génocide » est un prétexte, à peine évoqué ici].
— Dénoncer la complicité des U.S.A. qui aident, sans compter la Turquie, tant sur le plan financier que militaire [dans un contexte de guerre froide : c’est ce qui s’appelle choisir son camp].
— Soutenir le [sic] “COMMANDO DES JUSTICIERS DU GÉNOCIDE ARMÉNIEN” qui, est selon moi, la seule organisation armée qui lutte efficacement pour la résolution du problème arménien [d’où il suit que la critique que M. Papazian adressait, au printemps 1982, à l’Armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménie tenait à un manque d’« efficacité »].
— Et, bien évidemment, nous étions là pour marquer notre indéfectible soutien à Hampig Sassounian.
[…]
Tout en justifiant l’action de Los Angeles [assassinat du consul général de Turquie, Kemal Arıkan] revendiquée par le “COMMANDO DES JUSTICIERS DU GÉNOCIDE ARMÉNIEN”, tout en réaffirmant son soutien à Hampig Sassounian, la représentante de la F.R.A. NOR SEROUND affirme que “personne ne pourra étouffer la voix du peuple arménien, personne ne pourra arrêter notre peuple qui est prêt à tous les sacrifices pour reprendre ses terres” [sic !].
[…]
Cependant, si Hampig [Sassounian] est condamné à une lourde peine de réclusion criminelle [il a effectivement été condamné à perpétuité en 1984, peine confirmée en appel en 1986], nous multiplierons les actions de soutien à son égard. […]
La lutte de libération du peuple arménien entreprise depuis 1975 [avec l’assassinat des ambassadeurs de Turquie à Vienne et Paris] par le “ COMMANDO DES JUSTICIERS DU GÉNOCIDE ARMÉNIEN” est en marche et RIEN [hurlement typographique dans l’original] ne pourra l’arrêter.
Mourad PAPAZIAN. »

Or, le 26 avril 2009, quand M. Papazian était coprésident de la FRA pour l’Europe occidentale, le nommé Mesrop Altounian, dirigeant du même parti, a prononcé, à Arnouville, un discours au nom de la FRA, c’est-à-dire donc, entre autres, de M. Papazian, où se trouvaient les propos suivants :

« Il a fallu attendre la fin des années 70 pour que de tels sujets soient abordés suite aux actions armées menées par de jeunes arméniens contre des représentations turques.
 À ce titre n’oublions pas que la cause arménienne a eu beaucoup de combattants et de martyrs qui ont donné de nombreuses victoires à la nation arménienne.
N’oublions pas qu’à ce jour et depuis 1982, un jeune arménien qui avait alors 20 ans est toujours emprisonné aux Etats-Unis pour être accusé d’avoir exécuté un représentant turc à Los Angeles : il s’appelle Hampig SASSOUNIAN. »

De même, en 2008, la FRA de l’agglomération lyonnaise a rendu hommage à ses cinq terroristes kamikazes, auteurs d’un attentat-suicide contre l’ambassade de Turquie à Lisbonne.


L’hommage a été réitéré depuis, notamment en 2013 (« Voici trente ans… Les cinq de Lisbonne », France-Arménie, juillet-août 2013, pp. 14-17) et en 2018. Or, outre le fait que la FRA est depuis sa création, en 1890, un parti hiérarchisé où l’indiscipline est punie aussi sévèrement que possible (elle était même, autrefois, punie de mort), M. Papazian n’a pas hésité à recourir à la méthode la plus radicale que la loi autorise, l’unique fois où il a considéré que la violence était une erreur tactique. En effet, il a demandé à l’énergumène (alors membre de la FRA Nor Seround) qui avait agressé, en 2015, l’ambassadeur de Turquie à Paris, de s’excuser, car M. Papazian espérait encore que le président François Hollande ferait adopter une disposition législative interdisant de « contester l’existence du génocide arménien » et il pensait (à juste titre) que cette affaire compromettrait les tentatives de la FRA pour obtenir une telle disposition (effectivement votée en 2016, mais censurée en 2017 par le Conseil constitutionnel). Devant le refus du militant en question et le soutien de la plupart des dirigeants de la FRA Nor Seround à ce dernier, M. Papazian et ses subordonnés ont exclu tout le monde — créant chez les exclus une rancœur telle que même le retournement de la FRA en la faveur du militant poursuivi (et finalement condamné) ainsi que de son complice (condamné aussi), après la censure du Conseil constitutionnel, n’a pas conduit à une quelconque réconciliation.
Par conséquent, l’éloge d’Hampig Sassounian en 2009, les éloges de l’attentat-suicide de Lisbonne en 2013 et 2018 (pour ne citer que ces exemples) n’ont pu avoir lieu qu’avec sa pleine approbation, pour ne pas dire à son initiative.

Lire aussi :










[1] Comité de soutien à Max Kilndjian, Les Arméniens en cour d’assises. Terroristes ou résistants ?, Roquevaire, Parenthèses, 1983 (compte-rendu sténographique du procès), p. 156 : « Mouvement de salle, brouhaha de protestation. »

dimanche 31 mai 2020

Les rapports très changeants de Jean-Marc « Ara » Toranian avec des « fascistes »




Libération arménienne (mouvement alors dirigé par Jean-Marc « Ara » Toranian), « Non à la terreur du parti Dashnak », Hay Baykar (journal dirigé par le même Toranian), février-mars 1979, p. 3 :
« Le parti Dashnak [Fédération révolutionnaire arménienne] est un parti bureaucratique, totalitaire. Son but est de s’assurer sa propre pérennité et non de lutter pour l’Arménie. S’il en était autrement, pourquoi s’acharnerait-il donc contre les [autres] révolutionnaires arméniens ?
Le parti Dashnak regroupe presque toutes les caractéristiques d’un parti fasciste : idéologie floue, vaguement socialiste, vaguement militariste, où le slogan remplace l’analyse, fanatisme aveugle entretenu par les militants, hiérarchie étouffante pour l’imagination créatrice des membres, intolérance et brutalité physique envers tous les autres partis.
Pourtant, le parti Dashnak n’est même pas un parti fasciste : il lui manque une caractéristique essentielle : l’efficacité. Avec une régularité curieuse, toutes ses entreprises échouent. Il n’est qu’à regarder sa dernière grande offensive sur le Parti socialiste français pour rentrer à la Deuxième internationale. Résultat : c’est [Bülent] Ecevit qui a chipé le fauteuil promis au Dashnak, pendant que [François] Mitterrand faisait une déclaration en faveur de la minorité turque en Thrace [occidentale]. »



Or, avec qui M. Toranian cogère-t-il le Conseil de coordination des associations arméniennes de France depuis qu’il en est devenu coprésident, en 2010 — cogestion qui se caractérise plus ou moins par la même absence d’efficacité qu’il stigmatisait en 1979 ? Avec la Fédération révolutionnaire arménienne (l’autre coprésident du CCAF est Franck « Mourad » Papazian, dirigeant de la FRA et cousin germain de M. Toranian), laquelle n’a jamais prétendu avoir changé depuis la fin des années 1970.

« La mort d’Hagop Hagopian », Hay Baykar, 15 septembre 1982, p. 6 :
« Hagop Hagopian [dirigeant de l’Armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménie, ASALA] est mort [en fait, il a simulé son décès, pour échapper à l’armée israélienne, qui cherchait à l’éliminer durant son opération contre les terroristes palestiniens installés au Liban, Hagopian étant l’un de leurs alliés les plus actifs ; il a été tué à Athènes lors d’un règlement de compte interne à l’ASALA, en 1988].
Avec lui disparaît un héros de la cause arménienne, un précurseur de cette lutte et de cette avant-garde symbolisée par l’ASALA. […]
Pourtant, si mourir à Beyrouth fut une réalité pour des milliers de Libanais et de Palestiniens, ce fut le cas aussi de nombreux Arméniens qui ont — contrairement à d’autres — refusé de subir l’agression israélienne sans réagir. Par solidarité, mais également pour sauvegarder leur dignité d’Arméniens et de combattants. Les bombes israéliennes, en pilonnant le siège de l’ASALA, ne faisaient qu’exécuter un accord existant entre les États turcs et hébreu, accord visant, en vertu d’intérêts communs, à “extirper la gangrène révolutionnaire du Moyen-Orient. »



Astrig Cournalian, « Manifestation de soutien aux combattants arméniens », Hay Baykar, 29 septembre 1982, p. 4 :
« Ara Toranian a enfin rendu hommage à tous ceux qui ont “fait” la lutte arménienne ces dernières années. Depuis Yéghia Kéchichian et Zaven Apétian jusqu’à Hagop Hagopian, décédé au mois d’août dernier sous les bombes israéliennes […]. »

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens. 1972-1998, Paris, Presses universitaires de France, 2002, p. 65-66 :
« Le MNA [Mouvement national arménien, ex-Libération arménienne], bras politique de l'ASALA, consolide ses assises en France [en 1981-1982] et son porte-parole, Ara Toranian, devient un interlocuteur du nouveau gouvernement. Coup politique, le MNA, après avoir occupé les plateaux de télévisions et de radio, prend place autour de la table de négociations et renforce ses relations avec les partis français. Enfin, dernier avantage, le succès partisan, l’ASALA est en train de réaliser son objectif : prendre par le biais du MNA le contrôle de la communauté arménienne de France. »

Jean-Marc « Ara » Toranian, « La direction du Mouvement national arménien [ex-Libération arménienne] s’explique sur neuf questions », Hay Baykar, 30 juin 1983, p. 4 :
« […] nous ne nous désolidarisons pas de l’ASALA [dirigée par Hagop Hagopian] et nous reconnaissons toujours son caractère d’avant-garde de la lutte révolutionnaire. »

Jean-Marc « Ara » Toranian, entretien au Nouvel Observateur, 17 octobre 1986, p. 46 :
« Si vous me parlez d’Hagop Hagopian et de son groupe [l’ASALA], je vous répondrai : oui. Hagop Hagopian est un antisémite, un fasciste qui hait à la fois les juifs, les maçons, les sociaux-démocrates, et qui demande l'application de la charia islamique (ce qui pour un Arménien est un comble). »

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samedi 30 mai 2020

L’approbation du terrorisme par les polygraphes de la cause arménienne


Fusillade à l’aéroport d’Ankara-Esenboğa, par l’ASALA, le 7 août 1982.


Plaidoirie de Me Jean Loyrette, avocat de la partie civile et docteur en histoire, au procès de l’attentat d’Orly, 1er mars 1985 :
« Les trois ouvrages publiés en français (Carzou, Chaliand, Ternon), et qui sont sans cesse repris dans les procès arméniens ou dans les tracts des groupuscules révolutionnaires sont l’œuvre d’amateurs qui n’ont pas une véritable formation d’historien, ignorent la langue turque et ne font jamais référence, ne serait-ce que pour le critiquer, au moindre document turc.
Ils portent une responsabilité dans cette œuvre de désinformation, et cette responsabilité est d’autant plus lourde qu’ils savent parfaitement que des deux côtés, les passions devant l’ampleur du drame sont à vif. »

Gérard Chaliand et Yves Ternon, Le Génocide des Arméniens, Bruxelles, Complexe, 1980, p. 177 (partie écrite par Gérard Chaliand) :
« Durant trois ou quatre ans, sans échec grave, au terme d’opérations préservant l’anonymat des exécutants, le terrorisme des groupes arméniens a servi la cause arménienne dans la mesure où la réalité et l’ampleur du génocide motivant ces attentats dépassaient largement dans leur horreur la réprobation à l’égard de ces crimes.
Le terrorisme publicitaire, qu’on le déplore ou non, trouve là sa justification. »

« Compte-rendu du meeting-débat du 21 septembre — Mise au point sur sept années d’actions armées », Haïastan, octobre 1982, pp. 6-8 :
« Les orateurs de ce meeting, à savoir : Yves Ternon (historien), [Philippe] Raffi Kalfayan (porte-parole de la F.R.A. Nor Seround), Gérard Chaliand (écrivain, journaliste et professeur à l’E.N.A.) et Kevork Kepenekian (représentant de la F.R.A. Dachnaktsoutioun) ont pris tour à tour la parole.
Le meeting était présidé par M. Ara Biberian, qui a fermement condamné l’horreur des massacres de Sabra et Chatlia. Rappelant que Sabra et Chatila sont “des images sorties de notre mémoire”, il a exigé une minute de silence à la mémoire de ceux qui sont morts, victimes d’un assassinat collectif prémédité.
Ensuite, Ara Biberian a donné la parole à Yves Ternon, qui a abordé le thème en faisant un historique des actions armées arméiennes depuis près d’un siècle. M. Ternon souligna que ces actions armées étaient menées par la F.R.A. Dachnaktsoutioun [affirmation exagérée : les premières insurrections et les premiers attentats, par des nationalistes arméniens, sont antérieurs à la création de ce parti, en 1890, même si la F.R.A. a commis beaucoup d’attentats et organisé plusieurs soulèvements après cette date].
Puis, M. Yves Ternon insista sur le fait qu’il voyait trois causes justifiant le recours aux actions armées :
— Un réveil de la diaspora arménienne, consciente que les seules démarches diplomatiques ne pouvaient aboutir ;
— L’attitude de la Turquie, qui refuse de dialoguer avec les Arméniens pour une juste résolution de notre cause [allusion aux revendications territoriales de la F.R.A.] ;
— Le Liban. En effet, selon M. Yves Ternon, le “terrorisme” arménien est né au Liban [affirmation pour une fois exacte]. La communauté arménienne du Liban, la mieux structurée, ne pouvait pas ne pas réagir, “ils devaient faire quelque chose”.
D’autre part, M. Ternon regrette l’attitude des gouvernements occidentaux qui sont complices de la Turquie en refusant de reconnaître la réalité du génocide arménien. […]
Puis, ce fut au tour du camarade [Philippe] Raffy Kalfayan de prendre la parole au nom de la F.R.A. Nor Seround. Il rappela que les premiers attentats d’octobre 1975 [assassinat de l’ambassadeur turc à Vienne, le 22, puis de l’ambassadeur à Paris, le 24], revendiqués par les Commandos des justiciers du génocide arménien [branche terroriste de la F.R.A., à ne pas confondre avec l’Armée secrète pour la libération de l’Arménie], marquent “le retour de la donnée militaire dans la lutte de libération du peuple arménien.”
“Le retour aux actions armées dans le combat national a créé un immense espoir au sein de la jeunesse arménienne de la diaspora.”
Il insiste aussi sur le réveil des jeunes qui ont pris conscience que le peuple arménien devait récupérer ses [sic !] territoires pour assurer sa survie en tant que peuple.
[…]
Enfin, M. [Gérard] Chaliand insista sur une idée fondamentale : “Depuis les attentats, les Arméniens ne sont plus seulement des victimes, ce sont aussi des gens qui peuvent récupérer une identité.” Mais le combat doit continuer sans renier aucune forme de lutte.
[…]
En effet […], nous n’avons fait en aucun cas le procès de l’A.S.A.L.A. »

« Meeting de la FRA à Paris », Hay Baykar, 29 septembre 1982, p. 16 :
« Gérard Chaliand […] approuva la prise d’otages à l’aéroport d’Ankara [il s’agit plutôt d’une fusillade sur des civils désarmés, qui fit neuf morts, dont deux touristes étrangers, sans compter un des deux terroristes, tué dans la fusillage] et au consulat de Turquie à Paris [prise d’otages qui fit un mort]. »

Yves Ternon, entretien à Hay Baykar, 2 juin 1983, pp. 6-7 :
« J’ai essayé d’être historien [sic]. […] Je me suis toujours battu pour une vision des choses qui était celle de la non-violence, sans récuser la violence : elle doit être nécessaire et analysée comme nécessaire. […] Il y a quelque chose de positif dans cette lutte, c’est l’association avec les Kurdes. Je me souviens, alors que l’ASALA n’était pas encore connue, avoir dit aux Arméniens : “Mais qu’est-ce que c’est que cette lutte où vous vous placez tout seuls, comme s’il n’existait que vous ?”
L’association des Arméniens avec les Kurdes est quelque chose de fondamental, d’indispensable. »

Michel Marian, « Le terrorisme arménien après l’âge d’or », Esprit, n° 10-11, octobre-novembre 1984, p. 47 :
« Il y a eu un âge d’or du terrorisme arménien. Entre 1975 et 1981, les attentats sont apparus à la communauté purs, utiles et agréables. Purs parce qu’ils visaient des représentants de l’État turc, auteur, profiteur et apologiste du génocide. Utiles parce qu’ils ont fait en quelques années avancer une cause qui stagnait depuis plus d’un demi-siècle. Agréables parce que les Arméniens savouraient cette ironie de l’histoire qui mettait aux quatre coins de la planète les héritiers des bourreaux sous la menace permanente des petits-fils des rescapés éparpillés dans le monde. »

Jean Marie-Carzou (Zouloumian), Discours prononcé à l’appel du Comité de défense de la cause arménienne (branche de la Fédération révolutionnaire arménienne), à Marseille, le 21 octobre 1972, reproduit dans Arménie 1915. Un génocide exemplaire, Paris, 2006, p. 322 :
« Si le terrorisme a connu depuis un certain temps la recrudescence que l’on sait, c’est bien parce qu’il offre aux vrais pauvres, à ceux qui sont dénués de tout moyen et de toute aide [sic : l’Organisation pour la libération de la Palestine est alors abondamment financée par l’Arabie saoudite et ses dirigeants vivent dans le luxe], la possibilité, désespérée mais efficace, d’attirer à eux la lumière : quelles que soient leurs erreurs et leurs excès, les Palestiniens [discours prononcé peu après le massacre des athlètes israéliens à Munich par un commando terroriste de l’O.L.P.] et les Tupamaros en fournissent la démonstration évidente. Et je crois que [souligné dans l’original] si les Arméniens d’Europe se décidaient à des actions terroristes contre tout ce qui est turc, il n’y a pas de doute qu’une actualité en surgirait, ramenant au grand jour les vrais problèmes demeurés en suspens de la cause arménienne. »

Jean-Marie Carzou (Zouloumian), « Et alors ? », ibid., p. 264 (ajout de 2005) :
« Vint cependant un jour où, après des scissions et, de multiples scissions et secousses souterraines, une bombe placée devant le comptoir de la compagnie aérienne nationale turque (T.H.Y., Turkish Airlines) fit des victimes non concernées [d’où il faut déduire que, selon M. Zouloumian, la Française Renée Morin, tuée par une bombe de l’A.S.A.L.A. le 28 février 1983, était « concernée », de même évidemment que les diverses victimes turques, dont aucune n’était née en 1915] : c’était à Orly, le 15 juillet 1983. Le problème changeait de dimension et l’on se retrouva aussitôt dans la dialectique habituelle du terrorisme ; mais je dois avouer que ce qui me choqua le plus alors, ce fut de voir la communauté arménienne de France, plus encore qu’à l’époque de l’occupation [sic] du consulat [de Turquie à Paris] (où elle était venue jusqu’à la télévision faire littéralement acte d’obédience au ministre français de l’Intérieur — Gaston Defferre en l’occurrence, de surcroît maire de Marseille, qui compte l’une des trois plus fortes concentrations d’originaires arméniens en France), se dresser unanime contre les auteurs de l’attentat [faux : le Mouvement national arménien a payé leurs frais de justice jusqu’à la rupture de la fin de 1984, non désirée par le M.N.A., et a quand même appelé à venir les soutenir, lors du procès de février-mars 1985 ; par ailleurs, le mensuel Arménia de Marseille a explicitement refusé de condamner l’attentat]. Pour regrettables [sic !] que fussent ses conséquences, ils l’avaient quand même perpétré pour nous, afin que cessent l’oubli et l’injustice. »

Il est donc clair comme le jour que les polygraphes, sans formation d’historien, ceux-là même que les Claire Mouradian et les Vincent Duclert nous présentent comme de respectables et courageux pionniers, ont pris très nettement parti pour le terrorisme, que leurs publications sont indissociables de leur engagement en faveur des auteurs d’attentats.

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