jeudi 15 avril 2021

Les massacres d’Azéris par les dachnaks et les divisions entre Arméniens à ce sujet (1918-1920)


Cadavres d’Azerbaïdjanais (Azéris) massacrés par les dahcnaks à Bakou (printemps 1918)
 


Firuz Kazemzadeh, The Struggle for Transcaucasia, New York-Oxford, Philosophical Library/George Ronald Publisher, 1952, pp. 71-75 :

« Mais ce ne sont ni les Kadets [constitutionnels-démocrates], ni les mencheviks [socialistes], ni les SR [sociaux-révolutionnaires, parti divisé entre partisans et adversaires de bolcheviks] qui ont sauvé le Soviet [de Bakou] pendant les jours de mars [1918]. Ce fut la Dashnaktsutiun [Fédération révolutionnaire arménienne, FRA, aussi appelée « les dachnaks »], avec son organisation militaire, qui fit pencher la balance en sa faveur. Au début, le Conseil national arménien a proclamé sa neutralité dans la querelle entre le Musavat [parti national azerbaïdjanais] et le Soviet. Il a même été sous-entendu que les Arméniens [de la FRA] auraient dit au Musavat que ce dernier pourrait s'attendre à leur aide contre les bolcheviks. Si c'était le cas, alors les Arméniens [de la FRA] étaient en grande partie responsables du massacre qui s'en est suivi, car le Musavat s'est plongé dans le conflit armé en pensant qu'il n'avait qu'un seul ennemi [les bolcheviks] à affronter. […]

Les Arméniens qui avaient jusque-là proclamé, avec force, leur neutralité, se tournèrent soudain vers les Soviétiques et se joignirent à l’attaque contre le Musavat. […]

Du côté arménien, l’archevêque Bagrat écrivit une lettre à la mission américaine de Bakou. […]

En ce qui concernait le massacre de la population musulmane, l’archevêque Bagrat nia que les Arméniens y aient pris part [rappelons ici que ses héritiers idéologiques hurlent « négationnisme » quand ils font face à des arguments qu’ils ne savent pas contrer]. Il prétendait au contraire que les Arméniens avaient accueilli vingt mille musulmans pendant l’affrontement.

Les Azerbaïdjanais portèrent la contradiction sur chaque affirmation de cette version arménienne. Ils dirent que c’était un désir de vengeance nationale, ou celui de partager le pouvoir avec les bolcheviks qui était à l’origine des attaques par des Arméniens et du massacre de la population civile [musulmane] de Bakou. Il ne fait aucun doute que l’attaque était dirigée tout autant contre la population civile que contre les détachements militaires du Musavat. Tout Azerbaïdjanais que les bandes dachnaks attrapaient était tué. Beaucoup de Persans y perdirent la vie, eux aussi. Les Arméniens iraniens de Bakou essayèrent de sauver la vie de leurs compatriotes et y réussirent en effet, ce qui est peut-être la base à partir de laquelle l’archevêque Bagrat présenta son affirmation exagérée, selon laquelle vingt mille musulmans avaient été sauvés par des Arméniens. […]

Sur la base des éléments présentés ci-dessus, il est possible d’affirmer que le Soviet a provoqué la “guerre civile” dans l’espoir de briser la puissance de son plus redoutable rival, le Musavat. Cependant, une fois que le Soviet eut appelé la Dachnaktsoutioun à prêter son assistance dans la lutte contre les nationalistes azerbaïdjanais, la “guerre civile” a dégénéré en massacre, les Arméniens [de la FRA] tuant les musulmans quelle que fût leur affiliation politique ou leur position sociale et économique. Les Russes non bolcheviques se rangèrent du côté du soviétique pour la simple raison qu'ils étaient Russes et préféreraient voir le triomphe du soviétique qui obéit à Moscou, plutôt que la victoire du Musavat indépendantiste.

Quand enfin un semblant d'ordre a été rétabli à Bakou, les rues débarrassées des milliers de cadavres et les incendies éteints, le Soviet est apparu comme la plus grande force de la ville. Les musulmans ont été vaincus et complètement désarmés, tandis que les Arméniens étaient affaiblis. »

 

Justin McCarthy, Death and Exile. The Ethnic Cleansing of Ottoman Muslims, 1821-1922, Princeton, Darwin Press, 1995, p. 215 :

« Le gouvernement turc a déclaré que 199 villages musulmans de la République arménienne avaient été détruits [en 1919], ce qui n’est probablement pas très exagéré. En mars 1920, la République d’Azerbaïdjan a officiellement protesté contre les massacres en République d’Azerbaïdjan, énumérant nommément les villages détruits et estimant que l'État arménien “avait dévasté plus de 300 villages et massacré la plupart des musulmans qui peuplaient lesdits villages”. Même le gouvernement persan, qui ne n’est pas plaint parce qu'il était largement sous le contrôle des soldats du corps d’occupation britannique, s'est prononcé contre le massacre. Cependant, les critiques les plus éloquentes sont venues d’Arméniens — du  Parti social-révolutionnaire de la République arménienne :

“Au président du Parlement :

Nous vous prions d'adresser au ministre de l'intérieur la demande suivante. Le Ministre est-il informé qu'au cours des trois dernières semaines, sur le territoire de la République arménienne, dans les limites des districts d'Echmiadzin, Erivan et Sourmalin, une série de villages tatars, par exemple Pashakend, Takiarli, Kouroukh-Giune, Oulalik de la société Taishouroukh, Agveren, Dalelar, Pourpous, Alibek Arzakend, Djan-Fida, Kerim-Arch, Agdjar, Igdalou, Karkhoun, Kelani-Aroltkh du district d'Echmiadzin, de même qu’une série d'autres villages ont été purgés de la population tatare [azérie] et ont été par visés par vols et des massacres ? Est informé que la police locale, non seulement n'a pas empêché, mais a même participé à ces vols et à ces massacres, que ces événements ont laissé une très mauvaise impression sur la population locale qui est dégoûtée de ces vols et désordres et qui souhaite vivre en paix avec ses voisins et demander que les coupables soient jugés et punis en conséquence, car ils sont à ce jour impunis ?” »

Il va sans dire que cette protestation est restée sans effet.

 

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mercredi 14 avril 2021

Les massacres de Juifs par les dachnaks en Azerbaïdjan (1918-1919)

 


 

Anar Isgenderli, Realities of Azerbaijan. 1917-1920, XLibris, 2011, p. 119 :

« Les bandes arméniennes [organisées par la Fédération révolutionnaire arménienne, FRA-Dachnak] ne limitèrent pas leurs crimes aux seuls musulmans : les Juifs de Guba furent aussi leurs victimes. Des enquêtes ont révélé que les Arméniens [engagés dans ces bandes] ont massacré jusqu’à trois mille Juifs dans cette ville, en 1918 et 1919. Des études récentes ont permis d’identifier 81 noms parmi ces victimes. »

 

Mehsati Aliyeva et Arye Gut, « The first massacre of innocent Jews before the Holocaust », The Jerusalem Post, 7 mai 2018 :

« En raison de l'attaque armée menée par les Arméniens [plus exactement la Fédération révolutionnaire arménienne : une partie des Arméniens de Bakou et d’Arménie même, pour ne citer qu’eux, lui étaient opposée ; nous y reviendrons] au cours des cinq premiers mois de 1918, plus de 16 000 personnes ont été brutalement tuées à Guba, 167 villages ont été complètement détruits et quelque 35 d'entre eux n'existent plus. Ce n'est que dans les deux premiers jours de mai 1918 que les brutes de Hamazasp [Vrantsyan] ont tué jusqu'à 1 700 Turciques Azerbaïdjanais, 1 200 Lezgins [minorité ethnique de l’Azerbaïdjan] et plus de 300 Tats [autre minorité musulmane du même pays] à Guba et dans les villages voisins. Selon divers documents officiels et des témoignages de témoins oculaires, jusqu'à 3 000 Juifs des montagnes ont été tués par les bandes [de la FRA-Dachnak], en même temps les musulmans. […]

Dans ses recherches, le professeur Rovshan Mustafayev a écrit sur ces atrocités, soulignant les documents recueillis par la Commission d'enquête extraordinaire, présidée par A. Khasmamedov ne sont pas les seuls à attester de la découverte des noms de Juifs innocents assassinés. Des documents factuels fiables conservés dans les archives personnelles des Juifs qui avaient survécu aux événements tragiques du début du XXe siècle témoignent eux aussi des crimes des bandes de la FRA-Dachnak contre les Juifs des montagnes. Yakov Ilich Abramov conserve des documents précieux qui témoignent des atrocités criminelles commises par les collaborateurs criminels de Hamazasp contre les Juifs de la région de Guba en mai 1918, afin de réaliser […] la formation de la “Grande Arménie”, qui n'a jamais existé dans le Caucase. »

 

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mardi 13 avril 2021

L’antisémitisme arménien à l’époque ottomane dans le contexte de l’antisémitisme chrétien


 

 

Paul Dumont, « Jewish Communities in Turkey during the Last Decades of the Nineteenth Century in the Light of the Archives of the Alliance israélite universelle », dans Benjamin Braude et Bernard Lewis (dir.), Christians and Jews in the Ottoman Empire, New York-Londres, Holmes & Meier, 1982, tome I, pp. 222-223 :

« Néanmoins, à y regarder de plus près, l’augmentation des évènements antisémites en Turquie au cours de la seconde moitié du XIXe siècle est frappante. Bien que le gouvernement ottoman n’ait jamais manqué de punir les coupables, l’antagonisme entre les communautés est resté intense. Dans la plupart des villes de Roumanie, ainsi qu’en Anatolie, musulmans, juifs et chrétiens vivaient en apparente harmonie, souvent mêlés dans le même quartier. Mais la moindre étincelle suffisait pour mettre le feu aux poudres. Chaque fois qu’un jeune chrétien disparaissait à l’approche de la Pâque, les Juifs étaient immédiatement accusés de l’avoir kidnappé pour obtenir le sang nécessaire à la fabrication du pain sans levain [nécessaire selon une calomnie délirante, propagée par des antisémites chrétiens et plus tard islamistes]. Les menaces et la violence ont suivi de près les soupçons et, généralement, les choses se sont terminées par un boycott des magasins et des colporteurs juifs.

C’est surtout avec les Grecs que les communautés juives rencontraient des problèmes. Mais les préjugés antisémites étaient également fréquents parmi les Arméniens et les Bulgares. De plus, en règle générale, lorsqu’un incident se produisait, les chrétiens, sans penser à leur appartenance ethnique ou religieuse, oubliaient leurs propres querelles et formaient un bloc contre les juifs. Dans la région d’İzmir, où la population grecque était particulièrement soudée, les correspondants de l’Alliance, à partir des années 1870, rapportaient pratiquement chaque année des soulèvements antijuifs. Ces soulèvements étaient généralement par l’accusation calomnieuse de crimes rituels. Des troubles similaires étaient fréquents dans certaines villes de Roumélie [Balkans], dans les îles (Crète et Rhodes) et même à Istanbul malgré la présence du gouvernement central.

Souvent, les troubles ne duraient pas plus d’un jour ou deux, mais cela seulement ne faisait qu’ajouter à la violence soudaine de la conflagration. Ainsi, à Haydarpaşa, lors des émeutes d’avril 1885, provoquées par la découverte d’une croix souillée sur le seuil d’un épicier grec, les fenêtres de la plupart des maisons juives furent brisées et les passants furent lapidés dans les rues. Le ministre de la guerre, Osman Paşa, a dû intervenir en personne et ordonner l’arrestation d’une centaine de chrétiens afin de mettre fin aux troubles. Dans certains cas, il a fallu plusieurs semaines pour que la situation redevînt normale. Par exemple, en avril 1872, la découverte du corps d’un enfant chrétien dans un égout a provoqué une telle fureur parmi les Grecs d’İzmir que le vali était obligé de protéger le quartier juif avec la police. Les troubles ont duré plus d’un mois et, par conséquent, plusieurs Juifs ont été tués et d’autres, bien plus nombreux, blessés. […]

Il est frappant de constater que de nombreuses émeutes antijuives se sont accompagnées d’un boycott. Dès qu’un problème survenait, les chrétiens interdisaient aux juifs d’accéder à leurs quartiers et cessaient de faire du commerce avec les marchands juifs du bazar. Un simple phénomène ? Ces “sanctions” étaient, en fait, l’expression directe d’une anxiété croissante chez les Grecs et les Arméniens face à une concurrence permanente. Il serait exagéré de ne voir dans les conflits intercommunautaires de la fin du XIXe siècle que le reflet de rivalités économiques, mais cet aspect de la question doit néanmoins être souligné. »

 

Stanford Jay Shaw, The Jews of the Ottoman Empire and the Turkish Republic, Londres, MacMillan, 1991, p. 203 :

« Les Juifs avaient constamment peur des attaques par des Arméniens ou des Grecs dans les rues de la plupart des villes ottomanes. En Égypte et en Syrie, ce sont généralement les Grecs qui ont ouvert la voie, dans de nombreux cas avec l’aide des Arméniens locaux et des Syriens chrétiens, dont les journaux en grec, en arabes et en français ont souvent publié toutes les rumeurs qu’ils pouvaient trouver sur les juifs, évidemment avec le désir d’inciter à la violence. […]

Le 20 juin 1890, ainsi, Sir Evelyn Baring (devenu plus tard Lord Cromer), Haut-Commissaire britannique en Égypte, a reçu le rapport suivant de David et Nissim Ades, du Caire:

“Monsieur,

Je prie monsieur d’attirer votre attention sur les articles violents qui est (sic) apparu dans un journal arabe appelé El Mahroussa et qui ne contenait que des mensonges et de fausses accusations contre les Juifs, en particulier ceux [les numéros] des 14, 17 et 19 de ce mois. Maintenant, Monsieur, devons-nous avoir ici un parti antisémite au milieu du fanatisme grec, arménien, etc. ? Doit-on lui permettre de continuer à empoisonner l’esprit des gens avec des exagérations et des affabulations ? Dans un article, ce journal a affirmé que les Juifs utilisent du sang chrétien pour la Pâque, bien sûr cela a causé beaucoup d’excitation.” »

 

Leon Kontente, L’Antisémitisme grec en Asie mineure. Smyrne, 1774-1924, İstanbul, Libra, 2015, p. 122 :

« Les mouvements provoqués par ces accusations [de « crimes rituels »] peuvent quelquefois prendre des proportions dramatiques, souvent contenues grâce à l’intervention énergique des autorités [ottomanes]. Par exemple, en 1888, à Bayındır, suite à une calomnie de crime rituel, la population grecque marche sur la maison d’un notable juif, Joseph Uziyel ; le kaymakan (sous-préfet), qui n’a pas assez de troupes pour contenir la foule, s’enferme à son tour chez Joseph Uziyel, en attendant les renforts de Smyrne. La foule grecque n’ose pas attaquer une maison dans laquelle le kaymakan s’est barricadé. En 1893, à Magnésie [Manisa], la disparition d’un confiseur grec provoque de violentes émeutes. Kâmil Bey gouverneur de la ville, doit déployer des troupes pour protéger le quartier juif et arrêter les meneurs ; c’est lorsque le soi-disant disparu réapparaît que le calme revient à Magnésie. »

 

Henri Nahum, « Portrait d’une famille juive de Smyrne vers 1900 », dans Paul Dumont et François Georgeon (dir.), Vivre dans l’Empire ottoman : Sociabilités et relations intercommunautaires (XVIIIe-XXe siècles), Paris, L’Harmattan, 1997, p. 166-167 :

« Périodiquement, aux alentours de la Pâque juive, la communauté juive est accusée d’avoir assassiné un enfant chrétien pour mêler son sang au pain azyme. Des émeutiers grecs et arméniens font irruption dans le quartier juif, molestent les passants, cassent les devantures des magasins, pillent les marchandises. On a beau retrouver quelques jours plus tard l’enfant disparu qui en général a fait une fugue, rien n’y fait : la calomnie de meurtre rituel renaît l’année suivante. À Smyrne, il y a eu des incidents analogues en 1888, 1890, 1896. Quelques mois après la photographie qui fait l’objet de cet article, en mars 1901, un jeune Grec disparaît. La foule envahit le quartier juif, conspue l’archevêque orthodoxe qui essaye de calmer les émeutiers, monte au clocher de l’église et sonne le tocsin. Le vali (gouverneur) rétablit le calme et ordonne un procès. On retrouve le jeune garçon disparu qui était allé passer quelques jours à Tchechmé chez des amis. »

 

Ömer Turan, « Sharing the Same Fate: Muslims and Jews of the Balkans », dans Michael Laskier et Yaacov Lev (dir.), The Divergence of Judaism and Islam, Gainesville, University Press of Florida, 2011, pp. 51-73 :

« Le XIXe siècle a été défini comme l’âge du nationalisme dans l’histoire européenne. L’idée du nationalisme est née en Europe occidentale et s’est transportée vers l’Orient. Dans la conception balkanique du nationalisme, “l’autre” avait un rôle important. Dans le nationalisme balkanique, “l’autre” était l’Ottoman, et les Juifs étaient leurs partenaires et ennemis historiques. Les révolutionnaires chrétiens des Balkans percevaient les musulmans et les juifs comme des menaces contre leur existence. De leur point de vue, les musulmans représentaient la domination ottomane. Puisque les Juifs étaient volontairement devenus des sujets de l’Empire ottoman et qu’ils étaient, en conséquence, protégés par les autorités, les nations chrétiennes des Balkans ont généralement adopté une politique négative à leur égard. Ils ont associé les Juifs aux Ottomans [turcs]. Lorsque les révoltés serbes détruisirent les villes ottomanes en 1804, ils ne distinguaient pas les juifs des musulmans. Ils ont qualifié les Juifs de protégés des Turcs et d’espions au service de ces derniers. Pendant la Révolution grecque [1821-1830], les révolutionnaires ont placé les Juifs dans la même catégorie que les Turcs, à savoir les étrangers. Par conséquent, être juif était encore plus dangereux qu’être turc. » (p. 53)

« Pendant la révolte grecque [toujours en 1821-1830], dans de nombreux endroits, tels que Chios et Épire, les Juifs et les Turcs ont coopéré contre les Grecs. Au début de la révolution, en Moldavie, les Juifs étaient aux côtés des Turcs contre les Grecs. Parce que les Turcs et les Juifs étaient la cible des chrétiens, Antonios Miaoulis, l’un des révolutionnaires grecs, a noté que trois à quatre mille Turcs et Juifs dans la ville assiégée de Nauplie ont été tués par les Grecs. Les révolutionnaires ont tué environ dix Juifs et Turcs lorsqu’ils sont entrés dans la capitale de la péninsule de Morée [Péloponnèse], Tripoli. Certaines sources affirment que les Grecs détestaient les Juifs plus qu’ils ne détestaient les Turcs. Lors de l’attaque de Tripoli, certains Juifs ont offert une grosse somme d’argent à l’armée grecque pour être libérés. Cependant, comme l’a expliqué le colonel Voutier, “tout l’argent du monde n’a pas pu les sauver de la colère des Grecs, qui les détestent plus que les Turcs”. En raison du soutien juif aux Ottomans, les Grecs d’Odessa ont réagi de la même manière et ont agressé les Juifs locaux. Par conséquent, de nombreux Juifs, comme les Turcs, se sont échappés vers les territoires ottomans pour se sauver. […]

Pendant les révoltes bulgares et la guerre ottomano-russe de 1877-1878, les musulmans et les juifs étaient considérés comme des ennemis à exterminer. Surtout pendant la guerre, les Russes et les Bulgares ont commis des atrocités contre les musulmans et les juifs de Vidin, Nikopol, Ruse, Kazanlik, Stara Zagora, Kiustendil et Plovdiv. Leurs maisons ont été incendiées et ils ont été forcés de quitter ce qui était leur patrie depuis des siècles » (p. 55)

 

Kara Schemsi (Reşit Safvet Atabinen), Turcs et Arméniens devant l’histoire, Genève, Imprimerie nationale, 1919, pp. 58-59 et 63 :

« Rapport du commandant de gendarmerie de Van

Lorsque les Russes passèrent la frontière ottomane, les Arméniens de Van, persuadés que l’occasion qu’ils attendaient depuis si longtemps se enfin, commencèrent à se soulever et à se livrer à des actes révolutionnaires [dans les premiers mois de 1915]. Exécutant un plan préparé de longue date, ils attaquèrent les courriers, les voyageurs et les villages musulmans sans défense, refusèrent les réquisitions et se mirent en embuscade pour piller les convois de ravitaillement militaires. […]

À Tcharpik-Ser, plusieurs personnes ont affirmé sous serment avoir vu un enfant [de famille musulmane] que les révolutionnaires [arméniens] firent rôtir et attacher ensuite à un poteau, à la pointe d’une baïonnette. Les restes de cette créature infortunée nous furent montrés. […]

[…]

Plus de 300 habitants des cazas de Kévache et de Vostan furent exterminés dans la montagne d’Aguiro par le comité de Meksse. Pas un n’échappa.

Près de 300 Israélites qui avaient voulu s’échapper de Hekkiari [Hakkari], furent massacrés [par les nationalistes-révolutionnaires arméniens] au village de Sis et leurs corps entassés les uns sur les autres. Des témoins ayant vu les restes de ces victimes, l’ont affirmé sous serment.

Toutes les mosquées de Van furent détruites et les quartiers musulmans brûlés au point que le centre de la ville et ses environs ne présentent plus qu’un monceau de cendres et de ruines. Quatre-vingt malades que l’on n’avait pu transporter à temps de l’hôpital, ont été brûlés vifs. »

 

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lundi 12 avril 2021

L’antijudéomaçonnisme de Jean Naslian, référence du nationalisme arménien contemporain



 Jean Naslian, Les Mémoires de Mgr Jean Naslian, évêque de Trébizonde, sur les événements politico-religieux en Proche-Orient, de 1914 à 1928, Vienne (Autriche), Imprimerie Méchithariste, 1955, tome II :

« […] Kémal qui, prenant conscience de cette nouvelle force et de la politique soviétique contre les Alliés, entreprit vigoureusement la lutte dite de «Libération nationale», qui n’était au fond que la lutte pour l’élimination du chrétien, sous le couvert d’abord d’une insurrection contre l’autorité du Sultan “emprisonné” (?) par les Alliés [évidemment, pas un mot sur le débarquement grec à İzmir, le 15 mai 1919, et sur les massacres de Turcs qui commencèrent tout de suite ; ni les négociations menées avec succès par Naslian lui-même avec les kémalistes, en 1922].

Aussi, c’est d’abord en Arménie turque [Anatolie orientale, où les Arméniens étaient minoritaires depuis le XVIe siècle au moins] que les fonctionnaires et officiers francs-maçons de la nouvelle Turquie commencèrent [en 1919] à résister aux ordres du gouvernement central [du sultan, aux mains des Britanniques]] et à faire leurs essais. […]

L’appui des Francs-maçons d’Europe était d’avance acquis aux Unionistes [membres du Comité Union et progrès, au pouvoir dans l’Empire ottoman de 1913 à 1918, ici confondu, de façon tendancieuse, avec le mouvement national turc mené par Mustafa Kemal (Atatürk)] et le franc-maçon Ahmed Riza s’établissait tranquillement et royalement à Paris avec trois millions de budget de presse [affirmation portée sans preuve, et dont aucune trace ne se trouve aux Archives nationales, dans les cartons contenant les rapports de police parlant d’Ahmet Rıza[1]], ayant derrière lui toutes ces organisations Unionistes et les Francs-maçons d’Europe, qui dominaient tous les partis de gauche [rappelons ici que la double appartenance à la franc-maçonnerie et à un parti communiste était alors interdite]

[…] La grande Loge d’Italie faisait parvenir 750.000 lires à la Grande Assemblée pour la continuation de la guerre contre ses propres alliés [contrevérité plagiée, comme celle concernant Ahmet Rıza, d’un livre de Paul de Rémusat, agent d’influence de l’Italie fasciste]. » (pp. 17-18)

« Kémal Moustafa [Atatürk], d’après Damad Férid [grand vizir aux mains des Britanniques, démissionnaire en octobre 1920], d’origine juive [affirmation délirante : il venait d’une famille de Türkmènes yörürk ; du reste, judaïser et diaboliser un adversaire est typiquement antisémite] ; il avait commencé ses études à l’école militaire de Pancaldi et les avait terminées en Allemagne [faux]. Ancien attaché militaire à Sofia, il se faisait passer pour germanophile [c’est le contraire qui est vrai], comme presque tous les officiers ottomans [affirmation très exagérée]. » (p. 596)

« Au moment où le Patriarche grec luttait contre le révolté “Papa Eftim” [fondateur du patriarcat turc orthodoxe] pour maintenir la position séculaire de son Patriarcat, que de notre côté, nous tâchions de consolider les bases juridiques de la position de notre Patriarcat [arménien catholique], et que le Patriarcat [arménien] grégorien s’efforçait de se réorganiser par l’élection de son Patriarche, la communauté israélite, par instigation du club judaïque Béné-bérith (Loge maçonnique) et sous la pression et direction d’un certain Moustafa Fevzi, député à Ankara et président de la commission pour les droits minoritaires des Israélites, renonça la première et avec ostentation à ses droits minoritaires. [Ce qui revient à dire que les francs-maçons juifs ont puissamment aidé le gouvernement kémaliste à imposer la laïcisation du droit de la famille aux communautés non-musulmanes, préalable à l’adoption du Code civil suisse en 1926 ; or, Naslian consacre des pages entières, dans ses Mémoires, à dire tout le mal possible de cette mesure de laïcisation.] » (pp. 773-774)

 

Jean Naslian demeure une référence appréciée dans l’historiographie arménienne. Raymond Kévorkian le cite volontiers dans Le Génocide des Arméniens, Paris, Odile Jacob, 2006, p. 466 (en se trompant, soit dit en passant, sur la date de publication : M. Kévorkian n’est pas à une erreur près). Vahakn Dadrian, « historien » par excellence de l’Arménie comme de la diaspora, sur la question de 1915, décoré par la République d’Arménie, s’appuie également sur Naslian (« Children as Victims of Genocide: The Armenian Case », Journal of Genocide Research, V-3, septembre 2003, p. 437, n. 31), ce qui n’est pas étonnant, puisque feu Dadrian croyait lui aussi à la théorie du « complot judéo-maçonnico-dönme » derrière le Comité Union et progrès. Burçin Gerçek et Taner Akçam (élève de feu Dadrian) citent Naslian pas moins de quatre fois dans leur livret Turkish Rescuers, publié en 2015 (pp. 18, 45, 50 et 66).

De même, c’est sans aucun avertissement que l’Association pour la recherche l’archivage de la mémoire arménienne (ARAM, Marseille) a mis en ligne les Mémoires de Naslian. Le seul commentaire qui figure dans la présentation de cet ouvrage par l’Association culturelle arménienne de Marne-la-Vallée est apologétique : « Au milieu des années 1950, où les études d’historiens étaient encore très rares sur l’extermination des Arméniens en 1914-1918, Jean NASLIAN a accompli un véritable travail d’historien d’investigation […]. »

Quant à l’urologue Yves Ternon, il est certes beaucoup plus critique, mais ne voit pas la nécessité de citer l’antijudéomaçonnisme de Naslian : « Cet ouvrage contient trop d’erreurs flagrantes pour être retenu, à l’exception des mémoires personnels de l’évêque […] » (Yves Ternon, Les Arméniens, histoire d’un génocide, Paris, Le Seuil, 1996, p. 397, n. 42). Donc, croire au « complot judéo-maçonnique » est une « erreur » selon lui (à condition, bien entendu, de porter un nom en -ian).

 

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L’arménophilie de Johann von Leers

Non, il n’y a pas eu de « massacre d’Arméniens » à Kars en 1920 (ce fut le contraire)

Cinq témoignages américains contredisant la prétendue « extermination des chrétiens du Pont-Euxin » en 1921

Les catholiques (y compris les Arméniens catholiques) et la guerre d’indépendance turque



[1] Archives nationales, Pierrefitte, F7 13467 ; F7 13786.

dimanche 11 avril 2021

La collaboration de la Fédération révolutionnaire arménienne avec le Troisième Reich


 

 

Béatrice Penati, « “C’est l’Italie qui est prédestinée par l’histoire” : la Rome fasciste et les nationalistes caucasiens en exil (1928-1939) », Oriente Moderno, LXXXVIII-1, 2008, p. 67 :

« [Carlo] Enderle [chargé des relations entre le régime mussolinien et la diaspora arménienne] noue, on ne sait pas comment, des relations avec l’Union arméno-géorgienne [organisation commune à la Fédération révolutionnaire arménienne et aux fascistes géorgiens de Thetri Guiorgi] et entretient une correspondance avec son représentant, qui signe Issahakian [Archak Issahakian, alias Archak Djamalian, ancien ambassadeur d’Arménie en Géorgie, puis ministre arménien des Communications, pendant la brève indépendance de ces républiques]. Les archives nous restituent un fragment de cette correspondance, relatif à l’automne 1935. Elle nous apprend qu’Issahakian avait proposé la constitution d’une légion arméno-géorgienne pour l’expédition en Abyssinie. Il aurait spécifié, dans une conversation personnelle avec Enderle à Rome, qu’il fallait que l’Italie se dépêche d’activer cette proposition d’une légion géorgienne, arménienne et cosaque faute de quoi “les éléments aptes à cela iraient augmenter les rangs allemands”. De plus, l’Union avait promis, sur demande italienne, de soutenir la cause de Rome dans la guerre d’Ethiopie en mobilisant les communautés en exil pour “créer des complications à l’intérieur de la Turquie”, en supposant que celle-ci entrerait en guerre avec l’Italie. »

 

John Roy Carlson (Arthur Derounian), Under Cover, New York, E. P. Dutton, 1943, pp. 81-82 :

« Pour mon grand dégoût pendant que j’étais [infiltré] parmi les Mobilisateurs [organisation américaine d’extrême droite, favorable au Troisième Reich et hostile à toute intervention des États-Unis contre l’Axe], j’ai rencontré deux dachnaks [membres de la Fédération révolutionnaire arménienne], qui, l’un comme l’autre, jouaient un rôle éminent dans le mouvement des Mobilisateurs. […] L’un était un agent immobilier nommé Richard Koolian ; l’autre était un jeune homme qui se faisait appeler Edward C. Adrian, mais dont le véritable nom était Eduard Masgalajian. Sous ces deux noms, il contribuait à l’Hairenik Weekly, organe dachnak. Mon personnage d’Italien était si réussi qu’ils ne soupçonnèrent jamais ma véritable identité.

Adrian m’a parlé de la branche de jeunesse de la FRA, le Tzeghagron [littéralement « Religion de la race », ou Union des adorateurs de la race, l’organisation a été rebaptisée plus sobrement Armenian Youth Federation en 1943], nom formé à parti des mots arméniens tzegh (race) et gron (religion). Le programme et la philosophie de ces “adorateurs de la race” à la mode fasciste étaient similaires à ceux des Jeunesses hitlériennes, me dit Adrian avec fierté. »

 

« Document Reveals Dashnag Collaboration with Nazis », The Armenian Mirror-Spectator, 1er septembre 1945, reproduit dans Congressional Record, 1er novembre 1945, p. A4840 :

« (NOTE DE LA RÉDACTION - Le document suivant, traduit en arménien à partir du texte allemand original et publié dans une brochure en France, est arrivé récemment dans ce pays [les États-Unis]. Comme le révèle le document, le soi-disant Conseil national arménien (à ne pas confondre avec le Conseil national arménien organisé et fonctionnant actuellement en Amérique) a appelé Alfred Rosenberg, ministre nazi des zones occupées de l’est (russe) à transformer l’Arménie soviétique en une colonie allemande. Le conseil était composé des dirigeants des dachnaks suivants: Président, Professeur Ardashes Abeghian [membre de la Fédération révolutionnaire arménienne, FRA] ; vice-président, Abraham Gulkhandanian [dirigeant de la FRA, ancien ministre de l’Intérieur de la République d’Arménie pendant sa brève indépendance] ; secrétaire, Hairoutune Baghdasarlan ; membres, David Davidkhanian, Garegin Nezhdeh [Nejdeh] (père de Tzeghagron [l’Union des adorateurs de la race, déjà vue ci-dessus]), Vahan Papazian (trésorier), [Drastamat] Dro Ganayan [ancien ministre de la Défense, principal dirigeant de la FRA jusqu’à sa mort, en 1956] et Der-Tovmasian.)

1. Le Conseil national arménien a été constitué à Berlin, le 15 décembre 1942, sous le patronage du ministère des zones occupées de l’est. Le premier s’efforcera de mener à bien son programme en maintenant des liens permanents avec le bureau de l’Est ainsi qu’avec d’autres départements juridictionnels (autorités). Ainsi, le Conseil national arménien s’engage à être un agent entre l’Allemagne et les Arméniens, et à cette fin, il est prêt à servir le peuple et, bien entendu, en harmonie avec les autres peuples européens.

2. D’une part, le Conseil national arménien s’efforce de libérer l’Arménie du joug bolchevique et de la domination russe ; et d’autre part, il encourage les efforts de la nation arménienne pour la liberté et l’autonomie politique de l’Arménie.

3. Afin de réaliser librement ces buts et ces objectifs, de les atteindre et de les établir fermement, le Conseil national arménien considère la protection politique du Reich allemand sur l’Arménie comme la garantie la plus sûre. À cet égard, le Conseil national arménien est animé par l’idée que, de cette manière, la politique suivie par les dirigeants arméniens du Moyen Âge peut être relancée et établie ; selon cette politique, le puissant Reich allemand était considéré comme le libérateur de l’Arménie et du peuple arménien.

4. Pour la bonne exécution de son programme, le Conseil national arménien juge impératif de rassembler toutes les forces vives nationales arméniennes [allusion possible au mouvement Hossank, distinct de la Fédération révolutionnaire arménienne, mais tout aussi nazi]. Il s’efforcera d’atteindre cet objectif par des méthodes orales ou écrites.

5. Le Conseil national arménien juge impératif le retour progressif dans la patrie de ses ressortissants qui, dans des conditions historiques ou politiques déterminées, contre leur gré, ont été contraints d’émigrer et de vivre désormais dans divers pays. Dans cette catégorie se trouvent d’abord les artisans, les ouvriers qualifiés, les agriculteurs, ainsi que les médecins, les infirmières, les écrivains et l’intelligentsia, etc. et le progrès du pays — et c’est cette force qui a été acceptée et appréciée par les voyageurs et les scientifiques renommés d’Europe.

6. Le Conseil national arménien, pour le seconder dans son programme, appellera l’attention de son gouvernement patron [le Troisième Reich] sur les besoins territoriaux de l’Arménie actuelle. Le Conseil national arménien, dans la mesure de ses capacités, tentera de résoudre ce problème avec justice en Transcaucasie [allusion aux revendications territoriales contre la Géorgie et surtout l’Azerbaïdjan] et, si nécessaire, fera appel au jugement du Reich.

7. Le Conseil national arménien est convaincu que les efforts de son peuple doivent être couronnés de succès car l’Arménie, grâce à l’aide puissante du Reich allemand, deviendra un pays autonome et, en tant que tel, se développera. Ce n’est qu’ainsi que le peuple arménien pourra développer librement sa culture natale et sa vie nationale dans toutes ses aspects : langue, littérature, industrie, économie, administration, justice, etc., et, bien sûr, de nouvelles manières et de nouvelles directions.

8. Le Conseil national arménien fera tout pour faciliter le travail de son gouvernement patron, y compris la richesse nationale qu’est la terre, en tenant compte de la reconstruction économique de l’Arménie et des intérêts des deux peuples.

9. Sous la protection du Reich allemand, l’Arménie s’efforcera, autant qu’elle le pourra, de renforcer l’influence allemande au Proche-Orient. A cet égard, le Conseil national arménien juge impératif d’évaluer les amères déceptions et la terrible misère que la Russie, ainsi que l’Angleterre, ont causé aux Arméniens au cours de l’histoire. C’est une bonne raison pour le peuple arménien de se détourner gouvernements susmentionnés, de les abandonner pour toujours. À cet égard, le Conseil national arménien voudrait évoquer le combat de longue date que le peuple arménien a mené contre la tyrannie russe, qu’elle fût bolchevique ou tzariste. À cette occasion, il faut se souvenir de la révolte générale du peuple du 18 février 1921, à la suite de laquelle le despotisme bolchevique a été renversé et un gouvernement national a été établi [après une première bolchevisation, de décembre 1920 à février 1921], même si ce n’est que pour une courte période [ironie, cet éphémère gouvernement de la Fédération révolutionnaire arménienne a demandé l’aide de la Turquie].

10. En outre, le Conseil national arménien s’efforcera de cultiver des relations avec tous les peuples voisins, et en particulier avec les peuples du Caucase et leurs organes nationaux, et, bien entendu, sur la base d’une compréhension mutuelle et d’intérêts communs.

11. Conscient de l’intimité des liens historiques, politiques, économiques et culturels entre la grande Allemagne et son protectorat, l’Arménie, le Conseil national arménien considèrera qu’il est de son devoir de renforcer ces liens et de les rendre indissociables. À cette fin sont déjà appelées, et seront appelées par la suite, ces forces arméniennes auxiliaires qui sont maintenant actives et combattent avec les Allemands pour la victoire finale et la libération [unités arméniennes de la Wehrmacht et de la Waffen-SS].

12. Le Conseil national arménien est un agent de la période de transition actuelle. Sa juridiction et son activité cesseront au moment où, sous la direction de l’Allemagne et avec l’aide du Conseil national arménien, un nouveau gouvernement est créé en Arménie. »

 



[Arthur Derounian], « Document Shows Dashnags as Nazi Collaborators », The Propaganda Battlefront, septembre 1945, reproduit idib. :

« Une preuve concluante du caractère fasciste de la Fédération révolutionnaire américaine (Dashnag) a été fournie récemment par la découverte d’un document allemand montrant que huit hauts responsables de la FRA ont conclu un accord avec Alfred Rosenberg pour servir de dirigeants, comme [le nazi norvégien Vidkund] Quisling lors de la conquête du Caucase par l’Allemagne [rappelons au passage que Quisling était arménophile].

Le document et les photographies supplémentaires montrent que le 12 décembre 1942, les dirigeants de l’ARF à Berlin, dirigés par le notoire général Dro Ganayan, ont formé un comité national arménien pour servir d’agent entre l’Allemagne et les Arméniens. Les traîtres du Dashnag considéraient “la protection politique du Reich allemand sur l’Arménie comme la garantie la plus sûre“ et considéraient les nazis comme des “libérateurs de l’Arménie”.

Les dirigeants de la FRA à Boston, Douben Dasbinian et Simon Vratzian, ont, dans un premier temps, nié frénétiquement l’authenticité du document, mais finalement admis dans l’organe du parti, Hairenik, qu’il était authentique. »

 

Houri Berberian, « From Nationalist-Socialist to National Socialist? The Shifting Politics of Abraham Giulkhandanian », dans Bedross Der Matossian (dir.), The First Republic of Armenia (1918-1920) on Its Centenary: Politics, Gender, and Diplomacy, Fresno, California State University, 2020 :

« Beaucoup a été écrit sur [Drastamat « Dro »] Kanayan et Nzhdeh [les deux dirigeants de la Fédération révolutionnaire arménienne les plus compromis avec le Troisième Reich], mais principalement dans une perspective nationaliste et même apologétique. Une contribution critique et scientifique concernant les deux hommes serait une intervention bienvenue qui pourrait informer et améliorer notre compréhension du contexte général de la Seconde Guerre mondiale. » (p. 62)

« En 1924, quelques années seulement après la défaite écrasante subie par la Première République arménienne [en 1920] et la signature du traité d’Alexandropol et dans une tentative d’expliquer la nécessité de maintenir vivante la question arménienne par la lutte, Giulkhandanian [futur vice-président du Conseil national arménien créé à Berlin en 1942, et décrit ci-dessus] a trahi à la fois ses craintes et ses préjugés. En avril de cette année-là, il a dit dans le mensuel Hayrenik : “C’est le combat qui maintiendra notre question vivante […] C’est ce combat qui sauvera le peuple arménien face au danger de judaïsation [hrēanalu vtangits’] ; enfin, c’est ce combat qui sauvera au jour le jour, les Arméniens de Turquie, subjugués.” La crainte exprimée par Giulkhandanian est claire. Son inquiétude en 1924 était que les Arméniens fussent “judaïsés”, et par là il entendait devenir lâche et faible — un lieu commun de l’antisémitisme —, ce qui trahit ses vues sur les Juifs et peut expliquer, au moins en partie, sa décision, prise moins de deux décennies plus tard, de collaborer avec l’Allemagne nazie. » (pp. 65-66)

Remarque : pour sa thèse de doctorat, qui portait sur les Arméniens d’Iran entre 1905 et 1911, Mme Berberian a eu accès aux archives de la FRA ; pour cet article, non. Pourquoi ?

 

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samedi 10 avril 2021

L’antisémitisme ordinaire chez les nationalistes arméniens, en 2021

 https://twitter.com/ArmenTerzian/status/1380713243740663811


En moins de 280 signes : l’antisémitisme économique (les Juifs tiennent la plus grande puissance mondiale par la finance, et tant pis si le PIB d’Israël est inférieur à quatre cents milliards de dollars, alors que celui des États-Unis est supérieur à vingt mille milliards) ; l’assimilation des Juifs aux nazis ; l’antisémitisme de jalousie (la preuve judiciaire de la Shoah et son caractère unique deviennent la prétention des Juifs à faire de ce génocide « la seule souffrance humaine »). Ce troll est un récidiviste.


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jeudi 8 avril 2021

Le racisme aryaniste, substrat idéologique du nationalisme arménien

 


Statue du criminel nazi Garéguine Nejdeh à Erevan

 

Augustus W. Williams (arménophile américain) et Mgrditch Simbad Gabriel (né Gabrielian, fondateur du nationalisme arménien aux États-Unis), Bleeding Armenia: Its History and Horrors, Chicago, Publishers’ Union, 1896, p. 425 :

« Le Turc n’est pas membre de la meilleure race humaine — la race indo-européenne ou aryenne, dont font partie les Arméniens. […] Il forme une branche de la race mongole, et, à ce titre, il est incapable d’assimiler des idées complexes et des formes supérieures de civilisation.

L’infériorité mentale du Turc, malheureusement assortie d’une religion d’un très bas niveau, a fait de lui ce qu’il est, pire que des sauvages. »

 

Éditorial du journal Haïastan, organe de la Fédération révolutionnaire arménienne en Bulgarie, paraissant à Sofia, n° 56, 19 août 1914, cité dans Aspirations et agissements révolutionnaires des comités arméniens, avant et après la proclamation de la Constitution ottomane, 1917, p. 155 :

« La race mongole, funeste et traîtresse, attaque une fois encore, mais avec plus de violence, un des peuples les plus purs et les meilleurs de la race arienne. Ces luttes qui continuent depuis des siècles sous différentes formes ne sont autre que l’assaut d’une nation restée dans les ténèbres contre une autre qui ayant déjà parcouru le cycle des progrès sociaux, s’avance vers la lumière. […]

Ou nous, ou eux ! Cette lutte ne date ni d’une année ni d’un siècle. La nation arménienne a toujours bravement résisté à cette race qui a eu comme ligne de conduite la trahison et le crime.

Le monde doit être débarrassé de ce fléau et, pour le repos et la tranquillité de l’univers, la nation turque doit être supprimée. Nous attendons la tête haute et armés de la foi en la victoire. »

ð  Pour mesurer tout à fait le caractère délirant de cet éditorial, il est nécessaire de savoir qu’en août 1914, l’Empire ottoman n’est pas encore entré dans la guerre mondiale, que les provinces, même orientales, ne souffrent plus du banditisme, et que les Arméniens loyalistes sont intégrés à tous les échelons : Bedros Hallaçyan siège au comité central du Comité Union et progrès (CUP, au pouvoir), Artin Boşgezenyan est député d’Alep, membre du CUP, Onnik Ihsan est député sans étiquette d’İzmir, Dikran Barsamian est député sans étiquette de Sivas, Manuk Azaryan est sénateur, ami personnel de plusieurs ministres en exercice, Aram Efendi est sénateur lui aussi, Berberian Efendi est directeur de la Comptabilité publique, Ohannes Kuyumciyan est gouverneur du Liban, etc.

 

Mikaël Varandian (idéologue de la Fédération révolutionnaire arménienne de 1905 à sa mort, en 1934), L’Arménie et la question arménienne, Laval, G. Kavanagh & Cie, 1917 :

« De toute façon, le peuple arménien est une branche de la race indo-européenne, de la grande famille Aryenne. » (pp. 14-15)

« Le contraste est absolu entre l’élément arménien et son milieu ethnographique. Un petit fragment de race indo-européenne, placé entre des peuplades primitives et nomades appartenant à la race touranienne et professant une religion toute différente :

De là la grande tragédie de l’histoire arménienne. Les envahisseurs turcs, seldjoukides, mongols, osmanlis, se sont successivement établis sur le sol arménien, en hordes guerrières, qui ne savaient manier que l’épée et le cheval ; ils ont campé durant des siècles en Arménie, comme des corps étrangers, incapables de produire, d’assimiler et de gouverner, uniquement fort dans l’art de consommer, d’asservir et de détruire.

Le plus frappant exemple de cette mentalité de toute une race nous est donné par les Turcs ottomans, qui furent maîtres de la plus grande partie de l’Arménie pendant six siècles.

N’ont-ils pas été, dès le début, réfractaires à toute culture, ne sont-ils pas malheureusement restés depuis cinq siècles, campés sur le vaste territoire, comme un parasite gigantesque, vivant de l’exploitation des peuples assujettis ? N’ont-ils pas détruit, paralysé les modestes cultures grecque, arménienne, slave, sous le poids de leur militarisme, orgueilleux et paresseux ? » (pp. 29-30)

 

Anna Yervant Azarian, L’Arménie, Paris, Imprimerie H. et H. Durville/Comité France-Arménie, 1917, p. 5 :

« La Race. — Considérés d’une manière générale, les Arméniens sont des Aryens. »

 

Vartan Malcolm (nationaliste arménien qui n’était même pas le plus radical de son temps), The Armenians in America, Boston-Chicago, The Pilgrim Press, 1919, p. 7 :

« Cependant, le témoignage des plus grands historiens, philologues et anthropologues du monde prouve, hors de tout doute, que les Arméniens sont aryens et appartiennent à la même souche raciale que tous les peuples européens. Tout comme l’homme blanc a supplanté l’Indien en Amérique, les Arméniens, des siècles avant l’ère chrétienne, ont émigré du sud-est de l’Europe vers l’Asie mineure et y ont établi l’ancien État d’Arménie. »

 

Vahan Cardahsian (principale figure de la Fédération révolutionnaire arménienne aux États-Unis de 1919 à 1923), « Should America Accept a Mandate for Armenia ? », reproduit dans America as Mandatary for Armenia, New York, The American Committee for the Independence of Armenia, 1919, p. 27 :

« Par la race, les Arméniens sont des Européens alpins, ils appartiennent à l’une des trois principales branches de la famille aryenne ; ils ont quitté leur foyer du sud-est européen vers 1 300 ans avant Jésus-Christ et ont émigré en Asie mineure […]. »

 

Lettre d’Avétis Aharonian (président de la Délégation de la République d’Arménie) à Raymond Poincaré, 9 février 1922, Archives du ministère des Affaires étrangères, La Courneuve, P 16676 :

« La suppression de la domination turque conduirait sûrement à un rapprochement marqué des Arméniens et des Kurdes, tous deux d’origine aryenne, et rendrait possible la vie en commun et l’étroite collaboration de ces deux peuples dans un État arménien indépendant. »




 

Jordi Tejel Gorgas, Le Mouvement kurde de Turquie en exil. Continuités et discontinuités du nationalisme kurde sous le mandat français en Syrie et au Liban (1925-1946), Berne, Peter Lang, 2007, p. 227 :

« Les dirigeants kurdes [du Hoyboun, créé en 1927] et arméniens [Fédération révolutionnaire arménienne] tentent par ailleurs de convaincre le gouvernement iranien de soutenir la cause kurdo-arménienne au nom de la fraternité aryenne. Les plus grands défenseurs de cette « fraternité aryenne » sont les frères Bedir Khan, du côté kurde, et Roupen Ter Minassian, du côté arménien. L’idée d’une origine commune entre Kurdes et Arméniens n’était pas nouvelle. De même, l’idée de l’origine aryenne des Kurdes avait déjà été émise auparavant. En revanche, le projet d’union politique kurdo-arménienne justifiée par la filiation aryenne commune est un élément idéologique nouveau. En effet, l’objectif final de ces intellectuels est la création d’une “Confédération aryenne” formée par Arméniens et Kurdes. Pour assurer la survie de cette union des membres de la famille aryenne, la Perse est invitée à présider cette confédération. »

 

Garéguine Nejdeh (créateur, en 1933, de l’organisation de jeunesse de la Fédération révolutionnaire arménienne aux États-Unis), déclaration à l’Hairenik Weekly, 10 avril 1936, citée dans [Arthur Derounian], « John T. Flynn and the Dashnags », The Propaganda Battlefront, 31 mai 1944 :

« Aujourd’hui, l’Allemagne et l’Italie sont fortes car, comme nations, elles vivent et respirent en termes de race. »

 

Houri Berberian, « From Nationalist-Socialist to National Socialist? The Shifting Politics of Abraham Giulkhandanian », dans Bedross Der Matossian (dir.), The First Republic of Armenia (1918-1920) on Its Centenary: Politics, Gender, and Diplomacy, Fresno, California State University, 2020, p. 71 :

« Dans cette lettre, [Ardaches] Abeghian [membre de la Fédération révolutionnaire arménienne, ancien député au Parlement arménien de 1918 à 1920, alors professeur à l’université de Berlin, futur président du Conseil national arménien créé à Berlin en 1942] se plaint que, à l’occasion, des informations parues dans Hayrenik Amsagir sur l’Allemagne (lire l’Allemagne nazie) et la situation actuelles étaient “exagérées et fausses”. Après avoir porté cette appréciation assez apologétique, il passe à la confrontation des Arméniens avec les Juifs dans les médias allemands, qui “les mettent dans le même panier” [affirmation au moins exagérée : les Arméniens étaient classés aryens par l’Allemagne nazie depuis 1933, et le très officiel Völkischer Beobachter parlait même d’une aryanisation partielle des Arabes dans l’histoire, par les mariages mixtes avec des Arméniens]. Il ajoute que lui et d’autres s’efforcent de montrer la nature fallacieuse de telles affirmation, que les Arméniens “ont des liens culturels et autres importants avec l’Allemagne et que l’Allemagne a intérêt à préserver ces liens”, et qu’ils prennent des mesures — allant des réunions individuelles à des publications — pour “prouver” que “nous sommes aryens et que nous n’avons aucun lien avec les juifs.” »

 

Rouben Khérumian (lié au vichyste arménophile André Faillet), Les Arméniens. Race, origines ethno-raciales, Paris, Vigot, 1941, p. 15 :

« Si la famille aryenne est composée, à l’heure actuelle, par des peuples très différents du point de vue somatique, il paraît certain qu’à l’origine il existait un seul peuple, leur ancêtre commun, auquel ses descendants se rattachent encore, non seulement par les racines linguistiques communes, mais aussi par des réminiscences profondes et des liens ethniques, dont l’action s’est manifestée souvent au cours de l’histoire. L’étude ddes ancêtres ethniques des Arméniens modernes — les Hittites [cet apparentement est une ineptie, une de plus] — en fournit un exemple frappant, par son antagonisme à l’ethnie sémite des Assyriens. »

 

Kricor Tellalian (ancien représentant des Arméniens catholiques à l’Union nationale arménienne d’Adana, lié à Boghos Nubar, alors président du parti Ramkavar), Histoire arméno-européenne, Paris, Araxes, 1943, p. 11 :

« Les Arméniens appartiennent à la branche européenne (Aryenne) de la grande race indo-européenne. »

 

Laurent Leylekian (dirigeant de la Fédération révolutionnaire arménienne de 2001 à 2011), éditorial paru en octobre 2009 et publié à nouveau le 26 mars 2012 :

« Alors oui, les “maudits Turcs” restent coupables ; ils restent tous coupables quelle que soient leur bonne volonté, leurs intentions ou leurs actions. Tous, de l’enfant qui vient de naître au vieillard qui va mourir, l’islamiste comme le kémaliste, celui de Sivas comme celui de Konya, le croyant comme l’athée, le membre d’Ergenekon comme Orhan Kemal Cengiz qui est “défenseur des droits de l’homme, avocat et écrivain” et qui travaille pour “le Projet kurde des droits de l’homme”. Aussi irrémédiablement coupables que Caïn, coupables devant les Arméniens, devant eux-mêmes, devant le tribunal de l’Histoire et devant toute l’Humanité. »

 

Lev Golinkin, « Nazi collaborator monuments in Armenia », Forward, 26 janvier 2021 :

« En 2016, la capitale arménienne a fait la une des journaux internationaux [sauf en France, on se demande bien pourquoi] après avoir érigé ce monument géant au nationaliste Garegin Nzhdeh (1886–1955) [Nejdeh ; idéologue du nazisme à l’arménienne, cité ci-dessus, et plus longuement ailleurs sur ce blog] dans le centre d’Erevan, où Nzhdeh possède également une rue et une place centrale à son nom.

[…]

Gyumri, Kapan et dix-sept autres localités [sont dans le même cas] — Gyumri, la deuxième plus grande ville d’Arménie, rend hommage à Nzhdeh avec une rue et une statue bien en vue, en haut à gauche. Kapan, en haut à droite, a également une rue Nzhdeh et un mémorial, érigé en 2003. 

Des rues Nzhdeh se trouvent également à Agarak, Aparan, Artik, Ashtarak, Burastan, Byuravan, Dvin, Goris, Mrgavan, Mrgavet, Nshavan, Sisian, Stepanavan, Vanadzor, Verin Artashat et Yeghvard. Un village porte lui aussi son nom. »

 

« Garegin Nzhdeh’s Statue to Be Erected in Bulgaria », The Armenian Weekly (Boston), 26 janvier 2018 :

« PLISKA, Bulgarie (A.W.) - Une statue du vénéré homme d’État arménien et stratège militaire Garegin Nzhdeh (également orthographié Karekin Nejdeh et Njdeh) sera érigée dans la cour cyrillique de Pliska [elle a été retirée depuis, en raison du nazisme de la personne ainsi représentée]. »

 

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