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mardi 1 octobre 2024

Les liens entre arménophilie et antisémitisme chez le vichyste George Montandon et dans sa revue « L’Ethnie française »

 


George Montandon, « Racisme et Juifs », L’Ethnie française, n° 7, janvier 1943, p. 6 :

« Il est arrivé à bien des groupements historiques, au cours des temps, de subir de éclipses. Ce fut le cas des Grecs, qui, pendant près d’un demi-millénaire, ont été sous la domination turque, c’est encore le cas du groupe ethnique des Arméniens, disloqué entre trois autres pays (Russie, Turquie êt Perse). Or, quelle fut l’attitude de ces peuples et de presque tous ceux qui se sont trouvés dans le même cas et avaient une vitalité suffisante pour ne pas disparaître ? Tout en continuant à entretenir ce qui faisait de chacun d’eux une entité propre, ils ont participé à la vie des nouvelles unités nationales au sein desquelles ils étaient englobés comme des femmes qui, soit légitimement, soit de fait, sont mariées à un homme. Ainsi, pour en revenir à un peuple dont il y a lieu de comparer le comportement, sur environ 3 millions d’Arméniens existants, il n’y en a pas beaucoup plus d’un demi-million qui soient dispersés sur le .globe, où ils ne constituent aucun danger social ou politique pour les pays qui les hébergent, tandis que 2 millions ½ d’entre eux restent enracinés sur l’étendue des trois pays dont fait partie l’Arménie, et que l’ethnie arménienne met avec persévérance ses dons et ses efforts au bénéfice presque exclusif du Proche-Orient et de leur terre d’origine.

En est-il de même des Juifs ? Il existe de 16 à 20 millions de Juifs de par le monde. Une statistique de 1937, portant sur l 6 millions d’individus, donnait la répartition suivante :

10 millions de Juifs en Europe,

5 millions en Amérique,

moins d’un million dans toute l’Asie,

et un demi-million en Afrique.

Si l’on compare les pourcentages, on constate que 96 % des Arméniens vivent dans les trois· pays dont est faite l’Arménie, et 50 % dans cette Arménie même, où la majorité sont laboureurs, tandis que les Juifs ont déserté leur pays pour s’incruster chez d’autres, puis qu’il n’y a que 5 % des Juifs dans l’Asie entière.

Le fait de se réclamer de nationalismes multiples comme le font les Juifs — sans oublier de trahir pour Sion, dès qu’il leur est possible — n’est comparable qu’à la ligne de conduite de la femme publique qui se donne à tous. La communauté juive vit sur le globe en état de prostitution ethnique. »




 

Georges Mauco (membre du Parti populaire français de Jacques Doriot, collaborationniste), « La situation démographique de la France », ibid., p. 15 :

« Dans un précédent article n° 6 de L’ETHNIE FRANÇAISE consacré à l’immigration étrangère en France, nous avons été amené à faire un exposé — qui a été jugé sévère — des inconvénients de l’immigration des réfugiés arméniens. C’est que nous n’avons établi qu’un bilan imposé par 20 ans d’expérience, et non une étude détaillée de la population arménienne en France.

Une telle étude ferait apparaître des exceptions heureuses, les qualités de certaines familles laborieuses, le courage de quelques Arméniens adaptés au travail manuel dans l’industrie et même dans l’agriculture.

Elle mettrait en valeur l’origine ethnique et la formation chrétienne des Arméniens qui facilitent l’assimilation ; l’existence d’une patrie à laquelle ils restent attachés et l’absence d’une activité politique internationale agissante. Toutes choses qui distinguent nettement les réfugiés arméniens des réfugiés et apatrides juifs. »

 

Valérie de Graffenried, « L’ethnologue devenu antisémite », Le Temps, 29 décembre 2014 :

« Dès 1938, il [George Montandon] entre en contact avec Louis-Ferdinand Céline [écrivain qui appelait à une alliance avec Hitler dès 1937, collaborationniste sous l’Occupation allemande], dont Bagatelles pour un massacre semble influencé par ses travaux. Dans Féerie pour une autre fois, l’écrivain dira de lui: “Il ne savait pas rire Montandon, il était gris de figure, de col, d’imperméable, de chaussures, tout… mais quel bel esprit ! Tout gris certes ! Pas une parole plus haute que l’autre ! Mais quelles précisions admirables !”

Montandon approuve les lois raciales italiennes relatives aux Juifs, va jusqu’à publier un article, dans une revue raciste italienne, intitulé L’Etnia putana. […]

En juillet 1940, on le retrouve comme directeur de la revue L’Ethnie française. Il publie notamment Comment reconnaître le Juif ?, dont 30 pages sont consacrées aux “traits du masque juif”, et contribue à l’organisation de l’exposition de Berlitz, “Le Juif et la France”. A partir de 1941, George Montandon est attaché au Commissariat général aux questions juives en qualité d’ethnologue. Il pratique des “visites raciales”, dont les conclusions sont adressées aux autorités de la police de Vichy.

Nommé en 1943 directeur de l’Institut d’études des questions juives et ethnoraciales, qui publie Le Cahier jaune, le Neuchâtelois fait notamment distribuer, aux étudiants de médecine, une traduction du Manuel d’eugénique et d’hérédité humaine du nazi Otmar von Verschuer. Et propose, dans Le Cahier jaune, de pratiquer une “opération défigurante pour les belles juives”. »

 

Marie-Anne Matard-Bonucci, L’Italie fasciste et la persécution des Juifs, Paris, Perrin, 2007, pp. 293-294 :

« Parmi les idéologues de l’Hexagone, le professeur Montandon bénéficia d’une certaine notoriété dans les milieux racistes italiens. La Difesa della razza [revue doctrinaire du racisme fasciste, à laquelle contribuait l’arménophile Carlo Barduzzi] avait joué un rôle important dans sa promotion. C’est à la revue italienne qu’il livra la primeur de ses cogitations sur “l’ethnie putain”, l’intégration des Juifs au sein des nations étant assimilable à une “forme de prostitution”. Fier de ce qu’il considérait comme une innovation “conceptuelle”, sa publication en avant-première dans La Difesa della Razza avait contribué à sa diffusion, le concept étant depuis lors, pouvait-on lire, “couramment accepté” : la légitimation fonctionnaire à double sens. »

 

Michaël R. Marrus et Robert O. Paxton, Vichy et les Juifs, Paris, Librairie générale française, « Le livre de poche », 2004, p. 138 :

« [Xavier] Vallat [qui dirigeait alors le Commissariat général aux Questions juives, C.G.Q.J.] demanda au Dr George Montandon, ethnologue suisse raciste, charlatan, de faire partie de ses services. Montandon semble être resté plutôt isolé dans le C.G.Q.J. de Vallat, mais avec lui entraient les formes les plus sommaires de la phrénologie et des mensurations crâniennes. »


Précisons pour finir que Marc Knobel, l’un des défenseurs les plus fanatiques du nationalisme arménien dans la France contemporaine, est l’auteur d’une étude sur Montandon, publiée en 1988 (le seul travail de M. Knobel qui soit paru dans une revue à comité de lecture). Il est donc impossible qu’il soit passé à côté des textes ci-dessus, ou de l’article de R. Khérumian (lié au vichyste arménophile André Faillet) paru dans L’Ethnie française de janvier 1943. Or, quand on lui parle de l’antisémitisme du nationalisme arménien, M. Knobel choisit le déni grossier.

 

Lire aussi :

L’arménophilie du régime de Vichy

De l’anarchisme au fascisme, les alliances très variables d’Archag Tchobanian

Aram Turabian : raciste, antisémite, fasciste et référence du nationalisme arménien en 2020

Paul Chack : d’un conservatisme républicain, philosémite et turcophile à une extrême droite collaborationniste, antisémite, turcophobe et arménophile

L’arménophilie-turcophobie du pétainiste Henry Bordeaux

Camille Mauclair : tournant réactionnaire, antisémitisme, turcophobie, soutien à la cause arménienne, vichysme

Paul de Rémusat (alias Paul du Véou) : un tenant du « complot judéo-maçonnique », un agent d’influence de l’Italie fasciste et une référence pour le nationalisme arménien contemporain

L’helléniste Bertrand Bareilles : arménophilie, turcophobie et antisémitisme (ensemble connu)

Maurice Barrès : de l’antisémite arménophile au philosémite turcophile

 

Sur d’autres pays :

L’arménophilie fasciste, aryaniste et antisémite de Carlo Barduzzi

L’arménophilie fasciste de Lauro Mainardi

La précocité du rapprochement entre la Fédération révolutionnaire arménienne et l’Italie fasciste (1922-1928)

La collaboration de la Fédération révolutionnaire arménienne avec le Troisième Reich

Paul Rohrbach : militant arménophile, référence du nationalisme arménien, théoricien de l’extermination des Hereros et inspirateur d’Hitler

L’arménophilie d’Alfred Rosenberg, inspirateur et ministre d’Hitler

L’arménophilie nazie de Johann von Leers

Le Hossank, l’autre parti nazi arménien

L’arménophilie du nazi norvégien Vidkun Quisling

Arthur Tchérep-Spiridovitch : arménophile militant, antisémite professionnel, raciste aryaniste et inspirateur du nazisme

lundi 9 septembre 2024

Arthur Tchérep-Spiridovitch : arménophile militant, antisémite professionnel, raciste aryaniste et inspirateur du nazisme


 

Général Arthur Tchérep-Spiridovitch (aristocrate russe), L’Europe sans Turquie. La sécurité de la France l’exige, Paris, éditions de la Ligue franco-slave (dirigée par le même général), 1913 :

« À qui serait-il profitable que la Turquie, presque disloquée en Europe, continuât à se décomposer sur le territoire des peuples chrétiens et empoisonnât de la sorte l’air des deux continents ?

Nommez donc le pays qui perdrait quelque chose, à ce que les hordes turques quittent enfin la ville de Constantin le Grand [Istanbul, appelée Constantinople jusqu’en 1453] pour rentrer chez elles, en Asie [sic : le même considérait que les Russes étaient « chez eux » à Vladivostok, en Pologne et dans les pays baltes…] ? Toutes les puissances y gagneraient, sans exception, même la Turquie, car son état d’agonie perpétuelle ne peut lui occasionner que des souffrances. Il en est de même pour un voleur trop avide, qui serait embarrassé d’un trop lourd butin [écrit par un apologiste de l’expansion russe…].

L’Empire ottoman ne peut que voir se dérouler les soulèvements journaliers, sans pouvoir les réfréner, n’en ayant ni la force, ni les moyens [on a vu depuis qui avait les moyens de perdurer]. Si les puissances avaient liquidé ce fantôme d’empire, — en réalité depuis longtemps inexistant, — et avaient aidé ses sujets à se dégager du “nœud coulant” historique, d’une pléiade d’ennemis extérieurs et intérieurs qui se concentrent continuellement autour de Constantinople, ils auraient sauvé avant tout la Turquie elle-même. […]

Que de sang ont versé les Turcs pour tenter de retenir sous leur joug les peuples autrefois enchaînés, mais que par la suite, ils étaient incapables de garder ? N’est-il pas évident qu’ils seront obligés de libérer enfin les Grecs, les Arméniens, les Arabes, les Syriens, le Liban, etc., s’ils veulent éviter des révoltes sans fin ? 

Si les patriotes turcs s’étaient élevés au-dessus des préjugés des temps barbares, ils auraient reconnu enfin que la force de la nation réside uniquement dans l’union du peuple et non pas dans l’étendue du territoire et dans le nombre de ses habitants. » (p. 89)

« Pour accomplir l’Union des Églises, tant désirée par des centaines de millions de chrétiens, il faut avant tout épurer Constantinople de la présence du gouvernement turc et remplacer par la Croix sainte le Croissant sur Sainte-Sophia [l’ancienne église Sainte-Sophie, devenue la mosquée Ayasofya en 1453, puis un musée en 1935] ! » (p. 91)

« Passons aux fameuses “réformes turques”. Même en parlant des massacres hideux qui font dresser les cheveux, l’homme le plus triste, le plus irrité, ne peut, malgré lui, s’empêcher de rire, aussitôt qu’on prononce ces paroles “réformés turques”. Sérieusement, qui donc a connu ou vu une seule “réforme”  opérée par les Turcs, s’ils n’y étaient pas contraints par la force ou par une menace immédiate de bombardement, etc… [outre que Tchérep-Spiridovich commet là une faute de ponctuation (on ne met pas de points de suspension après « etc. »), les réformes de Mahmut II et les Tanzimat ont commencé sans aucune pression extérieure, de même que l’ouverture de l’École d’officiers aux non-musulmans, en 1909] ? L’éminent M. T. Roosevelt n’a-t-il pas dit : “Le Turc ne peut pas être changé” [le même Theodore Roosevelt, à ne pas confondre avec son neveu par alliance Franklin Roosevelt, également président des États-Unis, écrivait en 1891 que le lynchage de onze Italiens, à la Nouvelle-Orléans, était « plutôt une bonne chose » ; et en 1916, que « la grande majorité des Nègres du Sud sont indignes de voter ».]. M. Thouvenel, ancien diplomate à Constantinople déclare : “Pour réformer un Turc, il faut commencer par l’empaler !” [mort en 1866, Thouvenel ne plaçait pas les chrétiens d’Orient plus haut que les Turcs dans son estime.] » (p. 106)

« Une annexion à la Russie est, de toutes manières, avantageuse pour les Arméniens, car c’est dans ce pays qu’ils se sont créé de hautes situations, des fortunes considérables [ou comment ignorer les millionnaires arméniens d’Istanbul et d’Izmir]. C’est en Russie surtout qu’ils ont joui d’une entière liberté d’existence [pas un mot sur la restriction à leur liberté de culte entre 1903 et 1912, époque toute récente au moment où l’auteur écrit]. Par exemple, le général Loris-Melikoff qui fut créé comte et a occupé un poste équivalent à celui de Premier Ministre (et même de Chancelier d’Empire), Mantacheff qui y amassa une énorme fortune, etc. Il y a des dizaines de milliers d’Arméniens en Russie occupant une place marquante et respectée. (1)

De même, il faut prendre en considération la Russie constitutionnelle, qui, établie depuis 1905, commence à se manifester seulement aujourd’hui. Cette Russie “nouvelle” qui compte à la Douma plusieurs Arméniens mettra vite un terme à tous les abus de la bureaucratie inférieure et des petits fonctionnaires qui profiteraient de l’éloignement de la capitale pour abuser de la bonhomie et de la patience arméniennes. Aujourd’hui c’en est fait de ces abus et les Arméniens jouissent en Russie de tous leurs droits civils.

Et puis il est certain que les Arméniens de Perse peuvent profiter du chaos qui s’y est installé et demander leur annexion à la Russie. Tel fut aussi l’ancien plan de Milan de Serbie s’annexer à l’Autriche pour réunir tous les Serbes en une seule province, et plus tard se séparer des Habsbourg et redevenir le roi indépendant de tous les Serbes !

Les Arméniens des trois Empires réunis, représenteraient déjà près de trois millions d’hommes, formant un petit pays avec lequel on aurait à compter !

Qui sait si après quelques générations, en se multipliant, se fortifiant et s’enrichissant, les Arméniens ne pourraient devenir indépendants, en profitant d’un choc des Blancs et des Jaunes ?

Groupés dans un seul pays, protégés par les vingt millions de baïonnettes slaves (car telle doit devenir l’armée slave pour se défendre contre les Jaunes), les Arméniens accapareront tout le commerce et l’industrie qui va naître en Anatolie autour des mers Caspienne, Noire et du Golfe Persique.

Au nord, les Slaves préoccupés par les grands problèmes mondiaux et par leur défense contre les Jaunes, contre les Musulmans et les Teutons, au midi les Turcs paresseux, indolents et ignorants donnent toutes opportunités aux Arméniens réunis de se créer dans le même empire un joli avenir.

Laborieux, sobres, intelligents, doux, ils n’ont besoin pour le moment que de sécurité, d’une liberté constitutionnelle et d’un vaste terrain pour leur fébrile activité commerciale, industrielle et financière. La Russie, transformée en Empire Slave offrira aux Arméniens toutes les chances d’arriver à ce port heureux et tranquille et un marché de Prague à Vladivostok. » (pp. 109-110)

 

ð  Mis à part la perspective (sincère ou non) d’un État arménien à terme, ces passages (et le livre en général) collent exactement avec la politique russe de 1912-1914 : turcophobie tous azimuts, soutien au nationalisme arménien (qui passe très volontiers au service du tsar), expansionnisme mal dissimulé. D’une façon remarquable, malgré l’alliance franco-russe, Tchérep-Spiridovich, qui avait fait parler de lui dans la presse française en 1904, 1905, 1908 et 1910, ne rencontre à peu près aucun succès auprès de la critique pour son livre de 1913.

 

 Général Arthur Tchérep-Spiridovitch, Vers la débâcle, Paris, Chapelot, 1914, p. 12 :

« C’est la France qui stimule le plus grand danger menaçant le Franco-Slavisme : le Panasiatisme ! C’est elle qui le nourrit, qui lui apporte le nerf de la guerre, les 625 millions nécessaires pour attaquer la Triple-Entente !

L’emprunt des Chinois contre celle-ci [la Chine a été l’alliée de la France et du Royaume-Uni contre l’Allemagne, durant la Première Guerre mondiale], le dédain témoigné par la France à l’Alliance balkanique (son meilleur atout pour se défendre contre l’“Alliance fatale”) et l’absurde Austro-germano-sino-turcophilisme, qui se dévoile chaque jour, conduiront ce splendide pays à une fin fatale, prévue du reste par MM. Rouvier, Sembat et autres Français notoires. »

 

Général Arthur Tchérep-Spiridovitch, L’Union des Blancs et le triomphe de la France, Paris, Chapelot, 1914, p. 83 :

« L’Abattoir humain en Arménie fait toujours des victimes ! »


ð  La sécurité en Anatolie orientale (« l’Arménie ») s’est notablement accrue de 1908 à 1911. Elle s’est indéniablement détériorée de 1912 à 1913, mais seulement dans les provinces des Bitlis et de Van, avant de s’améliorer à nouveau, de façon spectaculaire, en 1913-1914.

 

« À l’Oxford Carlton Club (lettre de Londres) », La Tribune juive, n° 48, 26 novembre 1920, p. 6 :

« Une conférence a été tenue récemment à l’Oxford Carlton Club (club tory) sur le thème suivant : le Bolchevisme, Une foule considérable assista à ce meeting. Prirent la parole Mme Pollock (c’est-à-dire Mme lavorskaïa) qui continue à s’intituler, on ne sait pourquoi, “Princesse Bariantinsky”, M. Pollock et “le général-comte” Tcherep-Spiridovitch.

Le meeting fut un continuel scandale. Au lieu de parler du bolchevisme russe, les orateurs prononcèrent simplement des discours de pogrom. […]

Lorsque Tchercp-Spiridovilch commença à parler, la moitié du public quitta la salle. Le reste ne fit que rire. Ensuite, son discours pogromiste, prononcé en anglais lamentable, indigna les auditeurs. À la sortie de l’assemblée on distribuait des feuillets de propagande. L’un s’appelait The Jew-alition et invitait les Anglais à se dresser contre l’invasion juive dans leur pays. Sa conclusion était la suivante: “Qui doit être envoyé en Palestine et n’être jamais autorisé à rentrer ? Le Juif”. Un autre feuillet faisait des révélations sur les pseudonymes juifs et démontrait que de Valera [nationaliste irlandais, plusieurs fois Premier ministre à partir de 1932, et catholique pratiquant] ainsi que Kemal-Pacha [le futur Atatürk, de famille turque sunnite ; la prétendue judéité de Kemal fut inventée par Damat Ferit Pacha, de l’Entente libérale] étaient juifs !! Tout cela produisit un effet comique et les discours n’eurent aucun effet.

Il faut ajouter que le Carlton Club n’est en rien une organisation antisémite, qu’à sa tête se trouvent des hommes très honorables, que beaucoup de membres sont Juifs, et que dans la salle principale est placé un grand portrait de Beaconsfield [Benjamin Disraeli, comte de Beaconsflied, Premier ministre britannique de 1874 à 1880, Juif converti à l’anglicanisme]. Évidemment, les orateurs avaient été invités par ignorance. L’Aider Society, c’est-à-dire la société juive à l’Université, veut envoyer au Carlton-Club une protestation et demander des excuses. »

 

Général Arthur Tchérep-Spiridovitch, The Secret World Government or “the Hidden Hand”, New York, The Anti-Bolshevist Publishing Association, 1926 :

« C’est pourquoi tout ce qui concerne les affaires du monde et l’avenir de l’Amérique comme de la race aryenne m’apparaît clairement, alors que tous les hommes d’État, écrivains, prédicateurs et politiciens sont perplexes. […]

Parce que le CHRIST a dit clairement qu’il existe une “soif de Satan pour le meurtre et que les Juifs - ses fils – en commettront”. Et l’Histoire, comme nous le verrons, confirme quotidiennement cet avertissement de NOTRE SAUVEUR qui signifie : “Gentils, éloignez-vous des Juifs !” Le Talmud est aujourd’hui prêché dans toutes les synagogues ! Il enseigne : “Tu (Juif) frapperas les autres nations, que le Seigneur livre entre tes mains (juives)”… “tu tueras les meilleurs” (les gentils). [ces citations n’ont jamais existé que dans l’imagination d’auteurs antisémites.] […]

Édouard Rothschild V à Paris et les 300 judéo-mongols, qui composent le gouvernement mondial (la main cachée) ont gagné 100 milliards avec cette Première Guerre mondiale. Bien sûr, sans compter leur “soif de meurtre”, ils sont prêts à organiser une Seconde Guerre mondiale. Ils la préparent contre la riche Amérique. Contrôlant la presse mondiale, ils peuvent facilement organiser n’importe quelle guerre. […]

Nous assistons à un tremblement de terre politique en Russie, en fait sur un sixième de la surface de notre globe. Par les nouvelles de ce pays, nous recevons des informations quotidiennes selon lesquelles “de nombreuses personnes condamnées pour activité contre-révolutionnaire ont été fusillées aujourd’hui. » La raison pour laquelle tant de personnes sont tuées n’est pas à cause de leur activité contre-révolutionnaire, mais ce n’est rien de plus ni de moins que le meurtre délibéré des classes aryennes intelligentes afin de les remplacer par les Asiatiques. » (pp. 1-3)

« Même les Américains les mieux informés ignorent le fait qu’ils sont aujourd’hui confrontés simultanément à trois ennemis mongols :

(1) Le gouvernement mondial judéo-mongol – “la main cachée”, qui contrôle en 1925 : (a) trois cents milliards de dollars de capital disponible ; (b) la presse mondiale et (c) de nombreux gouvernements.

(2) Le Japon mongol, dont l’assaut est inévitable, comme l’ont prédit M. H. G. Wells et d’autres. Le Japon conspire aujourd’hui avec les Soviets judéo-mongols de Moscou [le Japon a été l’une des puissances les plus résolues à faire tomber le régime soviétique, durant la guerre civile de 1917-1922 ; il n’a retiré ses troupes de l’Extrême-Orient russe/soviétique qu’en octobre 1922, à la demande insistante des gouvernements anglo-saxons], et tous deux utilisent tous les moyens pour prendre le contrôle total de la Chine et la forcer à se joindre à eux pour écraser la race aryenne.

(3) Le bolchevisme judéo-mongol, qui, selon le défunt Samuel Gompers, est financé à coups de millions par les soi-disant banquiers internationaux (“germano-anglo-américains”), qui sont tous des judéo-mongols [Gompers, juif et sioniste, n’a évidemment rien dit de tel, et d’ailleurs, aucune source n’est donnée]. Le bolchevisme enflamme au moins cinq millions de judéo-mongols et trois ou quatre millions de “judéo-mongols secrets” en Amérique ; ainsi que les têtes de douze millions de nègres ici, et sept millions de plus de toutes sortes de “rouges“, “roses”, “radicaux”, “utopistes”, “pacifistes” et autres personnes mécontentes aux États-Unis, qui sont prêts à “améliorer”+ la situation, comme ce fut fait en Russie… (p. 7)

« Un Juif, Mustapha-Kemal, dictateur de Turquie, a chassé le patriarche œcuménique de Constantinople, où les patriarches de l’Église catholique orientale ont vécu pendant mille ans [encore une fois, Kemal Atatürk était un Turc de famille sunnite ; le patriarche œcuménique n’a pas été « chassé », mais remplacé, tardivement d’ailleurs (décembre 1923) ; l’Assemblée nationale turque était pluraliste en 1926, un constat fort difficile à concilier avec l’accusation de « dictature » ; l’expression « Église catholique orientale » est grotesque, vu l’anticatholicisme véhément de l’Église grecque-orthodoxe].

Un Juif, Masaryk, président à vie (bien que cela soit contraire à la Loi) [Masaryk n’était ni juif ni président à vie…], se prépare à chasser de Prague l’envoyé du Pape [affirmation dépourvue de fondement]. Un Juif, H. Gluck, a expulsé le métropolite russe d’Amérique.

Les Juifs de France, dirigés par E. Rothschild V, exhortent leur franc-maçonnerie “française” à provoquer la rupture de toutes les relations diplomatiques avec le Saint-Père, contre la volonté de la quasi-totalité de la nation française [la rupture des relations diplomatiques avec le Vatican figurait au programme du Cartel des gauches, que le baron Édouard de Rothschild, situé plutôt à droite, ne soutenait pas, au contraire]. La Main cachée n’est pas touchée par les discours de colombe du général Dawes et de tous les “pacifistes”. Elle souhaite “accomplir le désir du meurtre”. » (p. 26)

« Mais qu’est-ce que le bolchevisme ? C’est le masque juif du communisme !

“Le bolchevisme est un judaïsme militant, l’extermination des races blanches et la substitution des parasites asiatiques aux Aryens. C’est l’œuvre d’assassins juifs dans le but de provoquer une nouvelle domination du monde par une secte criminelle.” (Sir Patrick Hamilton). [Tchérep-Spiridovitch reprend ici le mythe du « judéo-bolchevisme », fondamental dans l’idéologie nazie comme dans celle de l’extrême droite russe (voir ci-dessous) et encore plus faux en 1926 qu’en 1917-1922. En effet, Lev Kamenev, haut dirigeant bolchevique de famille juive, a été politiquement vaincu par Staline, ancien séminariste, en 1925 ; il est finalement condamné à mort et exécuté en 1936] » (p. 27)

« Tous les efforts des Juifs et de leurs valets pour prouver que les “Protocoles” seraient un faux [les fameux Protocoles des Sages de Sion, qui sont effectivement un faux grossier, comme l’a démontré Philip Graves, correspondant du Times à Istanbul, en 1921 ; le nom même de Graves et ses articles ne sont évidemment pas cités une seule fois par Tchérep-Spiridovitch] échouent : nous les voyons tous les jours se réaliser ! » (p. 28)

« Les meilleurs auteurs et patriotes d’Europe disent la même chose des Rothschild, qui d’un seul mot peuvent provoquer la chute d’un Lloyd George [David Lloyd George est tombé en 1922, en partie à cause d’un coup monté, mais aucun de ceux décidés à le faire tomber n’était juif et la famille Rothschild n’a rien eu à voir là-dedans], sans parler des sinistres dictateurs juifs : de Russie (Trotzky) ; de France (Millerand-Kahn) ; d’Italie (Shanzer) ; d’Allemagne (Rathenau) ; de Tchécoslovaquie (Masaryk) ; de Turquie (Mustapha) ; d’Asie centrale (Enver Pacha) de Grèce (E. Venizelos) et d’autres. [Trotski ne se considérait pas comme juif et a envoyé au diable les représentants israélites qui lui demandaient d’agir contre les pogromes, durant la guerre civile ; ni Alexandre Millerand, ni Carlo Schanzer, ni Kemal Atatürk, ni Thomas Masaryk, ni Enver Pacha, ni E. Venizelos n’étaient juifs.] » (p. 46)

 




Pierre-André Taguieff, « Hitler, les Protocoles des Sages de Sion et Mein Kampf », Revue d’Histoire de la Shoah, n° 208, 2018/1, pp. 251-252 et 257 :

« En tant que spécialiste réputé de la “question juive”, Brasol faisait partie, avec son ami le comte Arthur I. Cherep-Spiridovitch (1858-1926) – idéologue conspirationniste professant un antisémitisme apocalyptique [54]–, du groupe de collaborateurs que s’était donné Henry Ford [55], conseillé par son secrétaire Ernest Gustav Liebold (1884-1956), lorsqu’il avait décidé de lancer une campagne à la fois anticommuniste et antijuive aux États-Unis [ce qui signifie que Tchérep-Spiridovitch et son ami Brasol ont coécrit, avec Henry Ford, Le Juif international, série d’articles réimprimée en volumes, signée par le seul Ford et lue avec passion par les nazis : voir ci-après]. Or Brasol entretenait des relations avec les milieux de l’émigration russe en Allemagne qui, au sein de l’organisation antisémite Aufbau (Reconstruction), préparaient la contre-révolution russe en collaboration avec les nationaux-socialistes – notamment Max von Scheubner-Richter, Max Amann, Arno Schickedanz [56]. Alfred Rosenberg [inspirateur et plus tard ministre d’Hitler] était membre d’Aufbau, et Dietrich Eckart [mentor d’Hitler] en était proche. Parmi les Russes blancs qui introduisirent en Allemagne le thème du “judéo-bolchevisme”, les plus actifs ont été le colonel Vinberg et les lieutenants Chabelski-Bork et Sergueï Taboritsky. Brasol était le représentant aux États-Unis du grand-duc Cyrille, l’un des prétendants au trône en exil, dont le général Vladimir Biskupsky, de Munich, orchestrait la propagande anticommuniste, jusqu’au putsch dit “de la brasserie” (9 novembre 1923). C’est vraisemblablement grâce à Brasol que l’émissaire du NSDAP, Kurt G. W. Lüdecke, qui lui avait rendu visite en 1921, est entré en relations avec le grand-duc Cyrille. Comme Henry Ford – auquel Lüdecke rendit visite à Détroit en 1922 –, le grand-duc Cyrille et son épouse Victoria ont largement financé le mouvement nazi à ses débuts.

Après la publication aux États-Unis, à la fin de l’été 1920, d’une première traduction des Protocoles des Sages de Sion, présentés comme la bonne grille de lecture de la révolution bolchevique, l’amalgame polémique “judéo-bolchevisme” commence à fonctionner comme un topos du discours antijuif, pour devenir rapidement le plus puissant vecteur de la haine des Juifs. La publication, entre novembre 1920 et mai 1922, des quatre tomes du recueil d’articles publiés sous l’égide de Ford, The International Jew, dans lequel sont diffusés et mis au goût du jour les thèmes conspirationnistes des Protocoles, a fortement contribué à nourrir la propagande antijuive aux États-Unis ainsi qu’à favoriser son internationalisation [57]. À la peur de la “corruption” du peuple américain par les Juifs de la finance et de la culture populaire s’ajoute chez Ford celle de la subversion des États-Unis par un ennemi intérieur, le révolutionnaire communiste, le “nomade” juif. Le “Juif international” devient la base de réduction de l’internationale financière et de l’internationale révolutionnaire, destructrice de l’ordre social [58]. […]

Entre l’été 1920 et le printemps 1923, Hitler, à la tête du NSDAP, s’impose comme le principal leader de la lutte contre le « péril juif » à deux faces, la capitaliste-ploutocratique et la révolutionnaire-bolchevique [75]. Il rejoint ainsi le combat antijuif mené par Ford depuis le printemps 1920, et s’en montre fort conscient. Hitler déclarera en 1931 à un reporter américain de Détroit : “Je considère Ford comme ma source d’inspiration [76].” Dans ses discours de 1922-1923 comme dans Mein Kampf, on trouve en effet des traces de l’influence de Ford [77] – la traduction allemande du Juif international avait été publiée par Theodor Fritsch en 1921 (t. I) et 1922 (t. II). Hitler lut non seulement Le Juif international mais aussi l’autobiographie de Ford, My Life and Work (1922). […]

Entre 1921 et 1924, la plupart des dirigeants nazis lurent la traduction allemande du Juif international, Hitler et Alfred Rosenberg en tête. »


John Roy Carlson, Under Cover, New York, E. P. Dutton, 1943, p. 133 :

« Et les publications recommandées par le Service mondial [service international de propagande créé par le régime nazi] : 

Water Flowing Eastward, par Ms. Leslie Fry [pseudonyme de Louise Chandor de Chichmarev, Américaine mariée à un aristocrate russe et rémunérée par le Troisième Reich] ;

The Secret World Government, par le général de division Tchérep-Spiridovitch. »


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lundi 19 août 2024

Août 1944 : exécution d’un criminel de guerre arménien de la Wehrmacht par les forces françaises

 


 

Jacques Robichon (journaliste, combattant de la France libre de 1942 à 1945), Le Débarquement de Provence, Paris, J’ai lu, 1970 (1re éd., Robert Laffont, 1962), pp. 523-524 :

« L’homme, de taille moyenne, avait été attaché à un tronc de pin dans la campagne, aux environs de Bormes-les-Mimosas, et les poings liés il affrontait avec arrogance le regard de mépris et de dégoût que jetait sur lui le lieutenant-colonel G. R. Bouvet. À quelques mètres de là, dix hommes des commandos n’attendaient qu’un signal de leur chef pour lui “régler son compte”. Mais ce signe, en dépit de l’horreur que lui inspirait son prisonnier, Bouvet tardait à le donner.

Le captif appartenait au bataillon de l’Ost Legion qui menait la vie dure aux commandos d’Afrique, depuis la nuit de leur débarquement. C’était un Arménien solide et trapu, noir de peau et de poil, les lèvres épaisses, coiffé de la casquette à longue visière de la Wehrmacht. Il portait un simple sous-vêtement à manches courtes, sorti de son pantalon, et sa veste d’uniforme gisait à ses pieds.

C’était cette veste qui avait attiré l’attention sur lui. Le prisonnier avait refusé de se laisser fouiller. Maîtrisé par trois gars vigoureux de la section, les poches de l’Arménien avaient livré “tout ce qu’il fallait pour prouver le vol et le meurtre” : des montres de femmes et des bagues en or — mais surtout une horrible collection de doigts humains, exclusivement des annulaires, encore chargés de leurs alliances.

Le soldat cantonnait dans une grange voisine, et un officier et quelques hommes reçurent l’ordre de passer cette grange au peigne fin. À peine eut-il franchi le seuil, le lieutenant ressortit, et regagna le P.C. de Bouvet au pas de course.

— Mon colonel ! Il faut que vous veniez voir vous-même !

Bouvet y alla et se trouva, dit-il aujourd’hui encore, “devant la plus épouvantable vision de toute ma vie”. Pareil à une chauve-souris, un bébé de quelques mois, crucifié, était cloué sur le battant de la porte.

Le colonel des commandos fit rassembler promptement les autres officiers et déclara, en allemand, que “l’armée allemande s’était déshonorée par un forfait aussi répugnant”. Le coupable ne pouvait donc être traité comme un soldat, mais bien comme un pillard et un assassin.

Écœuré, Bouvet se détourna du prisonnier. Comme il rejoignait son P.C., des rafales prolongées claquèrent derrière lui. »

 

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mercredi 15 mai 2024

L’arménophilie fasciste de Lauro Mainardi

 



 

Georges Mamoulia, « L’histoire du groupe Caucase (1934-1939) », Cahiers du monde russe, 2007/1, pp. 56-57 :

« La création de l’Union arméno-géorgienne fut officiellement annoncée dans la seconde quinzaine de mai 1936, quelques semaines après la proclamation de l’empire d’Italie  [proclamation qui faisait elle-même suite à l’invasion de l’Éthiopie par les forces fascistes]. Tout comme [le nationaliste géorgien] Vačnadzé, Archak Djamalian, ancien ministre des transports de l’Arménie indépendante et un des leaders du parti Dachnaktsoutioun [Fédération révolutionnaire arménienne, FRA] qui avait participé de la part arménienne à la création de l’Union, avait des relations dans les cercles gouvernementaux italiens.

Des contacts non-officiels avec les cercles dirigeants italiens étaient établis depuis quelque temps déjà. Selon les archives italiennes, à l’automne 1935 Isahakian, le représentant de l’Union en Italie [autre dirigeant de la FRA], avait proposé à Rome la formation d’une légion arméno-géorgienne pour participer à la guerre en Éthiopie. Les auteurs de cette initiative escomptaient que l’intervention de Rome dans les affaires de l’Afrique du Nord aboutirait à un affrontement militaire avec la Turquie en Méditerranée orientale, comme en 1911.

[…]

Ainsi en août 1937, un des experts italiens pour le Caucase, Lauro Mainardi, soulignait dans l’hebdomadaire Fronte Unico [journal qui représentait l’aile la plus extrême du Parti national fasciste]  que seule la création d’un axe Tiflis-Erevan serait en mesure de saper l’influence de la Turquie et de l’Angleterre sur le Caucase. Soulignant que l’idéologie du parti arménien révolutionnaire Dachnaktsoutioun, à l’initiative duquel fut créée l’union, était proche du fascisme italien, l’auteur remarquait que les relations tendues entre les dachnaks et l’Église nationale arménienne qui se trouvait sous l’influence de l’Église épiscopale [c’est-à-dire anglicane] et des cercles conservateurs anglais [allusion probable au milliardaire Calouste Gulbenkian, sujet britannique, opposé à la FRA et au Hintchak], était la meilleure garantie contre l’influence britannique dans la région. »

 

Lauro Mainardi, Armenia (brochure), Rome, HIM (maison d’édition du Comité arménien d’Italie), mai 1939 (réimpression d’un article paru dans Fronte Unico) :

« La défense de la civilisation pour laquelle le fascisme lutte avec tant de courage et abnégation, impose l’impérieux devoir à tous de connaître quels sont les peuples qui ont contribué et qui contribuent encore à sa création et à son développement. Cette connaissance, mettant en évidence une chaîne des peuples qui du Nord de l’Europe s’allonge en Méditerranée, en Asie-Mineure et s’étend jusqu’au berceau des Aryens, démontre l’ineffaçable formation d’une civilisation appelée à diriger le sort du monde. Une partie particulièrement importante et supérieure de cette chaîne c’est la nation arménienne, le pont culturel entre l’Occident et l’Orient. — L’Arménie a héroïquement accompli cette mission historique, elle a été la propagatrice des idées de Rome, la moelle de la civilisation, parmi les peuples avec qui elle a été en rapports constants au cours des siècles. Comme un magnifique îlot de l’esprit aryen, le plateau arménien, au cours de longs et douloureux siècles, a été le rempart du christianisme et de l’esprit indo-européen, résistant courageusement aux assauts des barbares et adoucissant, avec l’éclatante lumière de sa civilisation, le courroux des orientaux arriérés. Attachés à la merveilleuse besogne de la défense et de l’expansion de l’héritage psychique de l’aryanisme, l’Arménie a saigné et affaibli ses organes politiques en perdant finalement sa liberté et sa souveraineté nationale. L’Aryanisme a contracté une dette de profonde reconnaissance à l’égard de l’Arménie ! […]

Les projets sataniques de l’anéantissement de ce peuple, mis à exécution, avec une sauvagerie et une cruauté inouïes dans un passé bien proche, restèrent malgré des pertes immenses, sans résultats. La contribution de ce peuple à la civilisation est si grande, si précieuse que ce peuple vit réellement avec cette force psychique impérissable. Les Arméniens ne sont pas désarmés, et ne le seront jamais. L’Arménie ne reconnaît pas le désespoir. Sa prestigieuse histoire de trente siècles, ses apôtres, ses héros, ses martyrs lui donnent le droit à une vie personnelle ; l’amour inextinguible de sa patrie malheureuse le rend digne de respect. »

 




Stefano Riccioni, « Armenian Art and Culture from the Pages of the Historia Imperii Mediterranei », Venezia Arti, n° 27, décembre 2018, pp. 119-122 :

« Il existe une lacune dans l’historiographie italienne concernant l’art arménien. Il n’y a ni étude spécifique, ni même une courte mention, de l’Historia Imperii Mediterranei (appelée ci-après HIM), une collection dirigée par Lauro Mainardi et publiée à Rome entre 1939 et 19411. Ces essais sont en effet pour la plupart inconnus de la critique, bien qu’ils soient importants pour l’histoire culturelle italienne. Pour comprendre les raisons de ce silence, il faut revenir quelques pas en arrière dans l’histoire de l’Italie.

En 1915, le Comitato Armeno d’Italia (Comité arménien d’Italie) est fondé à Milan par d’anciens étudiants du collège Mourat-Raphaël de Venise qui vivaient à Milan et Turin, et certains commerçants arméniens qui travaillaient dans la région de Milan (Manoukian 2014). Il s’agit de la première mouture de l’actuelle Unione Armeni d’Italia (Union des Arméniens d’Italie), fondée dans le but de protéger le droit des Arméniens résidant et travaillant en Italie. Le gouvernement italien a officiellement reconnu le Comitato dans une lettre écrite par Achille Grandi, sous-secrétaire d’État aux Affaires étrangères, en date du 5 décembre 1927 (Manoukian 2014, pp. 73-5) [ce qui signifie que les gouvernements démocratiques des années 1915-1922 ne s’étaient guère intéressés]. En 1938, en raison du rapprochement avec le Parti national fasciste, une entreprise d’édition italo-arménienne fut lancée pour rendre la culture arménienne plus visible en Italie. Lauro Mainardi, cadre du Parti national fasciste, directeur de l’Archivio storico dei movimenti separatisti, irrédentisti e révisionisti (Archives historiques des mouvements séparatistes, irrédentistes et révisionnistes), a promu cette entreprise. Il était chargé de rechercher et de créer des alliances avec les minorités caucasiennes toujours intéressées à réoccuper les territoires tombés aux mains du régime soviétique (pp. 73-6). Mainardi, en accord avec le Comitato, a proposé de faire connaître les problèmes de l’Arménie et du Caucase au grand public, afin de “dissiper certains malentendus du peuple arménien, propagés par des personnes malveillantes, afin que les Arméniens, mieux connus et plus appréciés par ce travail de propagande, puissent être acceptés et reçus avec une bienveillance croissante par l’opinion publique italienne” (lettre citée par Manoukian 2014, p. 77). […]

Selon ses propres mots : “L’Arménie est une nation purement aryenne qui, entourée par des peuples différentes races, a combattu pour défendre la civilisation et l’aryanisme.” L’Arménie est également considérée comme “la seule nation capable de propager la romanité à l’Est”. Surtout, selon Mainardi, la perspective de l’Arménie était similaire à celle de l’Italie : elle attendait la victoire du fascisme, car le triomphe complet du fascisme représentait la seule opportunité de résoudre sa triste situation. En effet, tout comme l’Italie, l’Arménie a été “trompée par les promesses des empires hégémoniques [anglais et français]” et, “tout comme l’Italie après la Première Guerre mondiale, elle a été trahie”. Puis, Mainardi se réfère au traité de Sèvres (1920), qui reconnaissait l’indépendance de l’Arménie [en confiant la responsabilité de la délimitation des frontières au président américain Woodrow Wilson, lequel a officiellement notifié son arbitrage le 6 décembre 1920, soit après que l’Arménie eut renoncé au traité de Sèvres, et en prétendant fixer des frontières qui eussent donné à ce pays une majorité musulmane]. Toutefois, à cause de la guerre d’indépendance turque, le traité de Lausanne a remplacé le traité de Sèvres.

Entre 1938 et 1940, le Comitato finance la publication d’un certain nombre d’essais d’importance et de qualité différentes. De fait, le sigle de l’éditeur, HIM, a deux significations possibles : c’est le nom du Comitato formulé en arménien ; en latin, il fait allusion à l’histoire de l’empire méditerranéen.

L’objectif de Mainardi, en accord avec la communauté arménienne, était de démontrer à quel point les Arméniens étaient amicaux et semblables aux Italiens. La collection “visait à promouvoir la connaissance des peuples de la Méditerranée orientale et à étudier leurs relations avec l’Italie ancienne et moderne, afin de renouveler les liens anciens, de renforcer les liens actuels et d’en créer de nouveaux”, comme indiqué au dos de chaque livret.

Les accords entre Mainardi et les Arméniens prévoyaient que chaque publication devait être envoyée de Rome à toutes les adresses indiquées par le Comitato. Mainardi sélectionnait et envoyait les publications aux autorités politiques et culturelles, dont le Pape, le Roi, le Duce mais aussi Galeazzo Ciano [ministre des Affaires étrangères] (Manoukian 2014, p. 87).

Cette stratégie s’est avérée très utile après le début de la guerre. Le 29 août 1939, peu avant l’invasion de la Pologne par les Allemands, le président Arzumanian et le secrétaire Sarian, au nom du Comitato, écrivirent à Mainardi. Ils ont demandé que “les citoyens arméniens d’autres pays (comme la France, la Turquie, etc.) soient reconnus avant tout en tant qu’Arméniens (dont la loyauté spirituelle à la cause du fascisme ne peut être mise en doute)” (p. 93).

Ainsi, Mainardi est devenu un lien essentiel avec l’autorité et le pouvoir de Rome afin qu’il étendît sa protection au peuple arménien. En 1940, lorsque l’Italie déclara la guerre à la France, de nombreux Arméniens résidant en Italie et possédant un passeport français furent classés comme ennemis, soumis à des restrictions commerciales et même emprisonnés. Seule l’intervention du Comitato et sa politique adoptée pour montrer l’amitié entre l’Italie et l’Arménie ont réussi à faire révoquer les mesures et à persuader Mussolini de promulguer un décret qui libérait les Arméniens des restrictions (pp. 95-100). »

 

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