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jeudi 24 avril 2025

L’évolution et les remords d’Arnold Toynbee

 


Résumé : universitaire de formation et de profession, Arnold Toynbee (1889-1975) a passé la guerre comme propagandiste, produisant des textes de propagande contre l’Allemagne et l’Empire ottoman, en particulier deux brochures qu’il a rédigées seul (Armenia. The Murder of a Nation en 1915, puis The Murderous Tyranny of the Turk en 1917), et un recueil de textes dont il est le principal commentateur et compilateur (The Treatment of Armenians in the Ottoman Empire, 1916). Le recueil de 1916 contient — entre autres — des falsifications et des textes d’origine plus que douteuse. 

Après la Première Guerre mondiale, a renié publiquement plusieurs affirmations essentielles de ses publications propagandistes (publications qu’il n’a jamais fait rééditer), notamment le racisme explicite de sa brochure de 1917, l’affirmation selon laquelle le déplacement forcé d’Arméniens, en 1915-1916, était un acte injustifié, et le déni des massacres de Turcs. Il semble qu’en privé il soit allé encore plus loin.

 

Arnold Toynbee, Armenia. The Murder of a Nation, Londres-New York-Toronto, Hodder & Stoughton, 1915, p. 69 :

« Toutes ces horreurs, aussi bien le crime concerté que les raffinements locaux, ont été infligées aux Arméniens sans qu’il y ait eu l’ombre d’une provocation. »

 

Arnold Toynbee, The Treatment of Armenians in the Ottoman Empire (aussi appelé « Livre bleu »), Londres, G. P. Putnam’s Sons, 1916, p. 639 :

« Les habitants arméniens de Van, alertés par le sort des villageois et par ce dernier crime des plus sinistres, se préparèrent, en cas de besoin, à l'autodéfense [affirmation dépourvue de tout rapport avec la réalité]. Leur action fut justifiée par Djevdet Bey lui-même, car il avait établi un cordon autour des faubourgs de Van, où vivait la majorité de la population arménienne, et, le 20 avril, il déchaîna ses troupes sur eux sans provocation. »

 

Lettre d’un Arménien des Pays-Bas à Boghos Nubar, via Genève, mai 1917, copiée par le ministère français des Affaires étrangères et reproduite dans Hasan Dilan (éd.), Les Événements arméniens dans les documents diplomatiques français. 1914-1918, Ankara, TTK, 2005, tome III, pp. 8-9 (les passages soulignés le sont dans l’original) :

« RECTIFICATION À APPORTER AU LIVRE DE LORD BRYCE SUR LES ARMÉNIENS

Lord Bryce m’a envoyé directement son livre [livre cité ci-dessus, et en fait rédigé pour l’essentiel par Toynbee] et je continue à correspondre avec lui, afin de corriger les erreurs éventuelles dans les rapports, et pour rester en relations avec lui à cause du sort futur des Arméniens.

Malheureusement, il se trouve parmi les rapports venant d’Ourfa recueillis dans le livre de Bryce un rapport n° 134, p. 530, qui est inventé de toutes pièces. On y accuse à tort M. Eckart (par erreur écrit Eckhard) d’avoir pris une part active au massacre. D’après ce rapport, Eckart serait venu à Ourfa comme missionnaire et espion, et c’est lui qui serait responsable de la triple répétition des massacres. Il serait capitaine d’artillerie allemand et aurait saccagé le quartier arménien et annihilé la population arménienne d’Ourfa.

Sur sa demande, on aurait emprisonné Messieurs Abraham Attarian, Salomon Effendi Kenadjian, A. Abouhayatian et Hagopian. Tout cela est des mensonges inventés, dans le but évident de rendre les Allemands responsables des massacres. M. Eckart est depuis 20 ans mon ami et collaborateur ; il était pendant 20 ans directeur de son orphelinat arménien et de l’industrie qui s’y rattache. Il a voué toute son activité au peuple arménien. Il est instituteur de son métier et n’a jamais fait de service militaire. Il n’a jamais tiré un coup de canon et ne connaît pas l’odeur de la poudre. […]

M. [Jakob] Künzler, qu’on donne à tort comme source d’information est au service de ma mission et un ami de M. Eckart. »

Commentaire : ce faux, publié dans un journal nationaliste arménien de New York, est maintenu, moyennant une correction très partielle dans une note de bas de page, dans l’édition française du Livre bleu, parue en 1917 (pp. 463-464).







James Morgan Read, Atrocity Propaganda, New Haven-Londres, Yale University Press/Oxford University Press, 1941, p. 221 :

« Il est aussi nécessaire d’ajouter que l’impression générale, après avoir lu ces pages de détails poignants concernant des actes aussi énormes, telles que recueillies dans le Livre bleu, est que la plus grande part repose sur des on-dit. »

 

Justin McCarthy, The Turk in America. The Creation of an Enduring Prejudice, Salt Lake City, University of Utah Press, 2010, p. 426, n. 214 :

« Barton [responsable missionnaire américain et fournisseur de documents pour le Livre bleu] a admis son ignorance dans plusieurs lettres (par exemple, FO 96/205, Barton à Toynbee, Boston, 1er mai 1916) :

“Mon cher Monsieur Toynbee,

Je regrette vivement que nous ne soyons pas en mesure de compléter les documents que notre comité a publiés sous forme d'épreuves pour la presse, datés du 4 octobre 1915. La plupart de ces documents ne sont pas ici ; en fait, beaucoup d'entre eux ne nous sont pas accessibles. Je doute que les noms de nombreux lieux soient particulièrement significatifs.

Dans les notes de Mme Christie, les noms ne nous ont pas été fournis.

Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'expression de mes sentiments distingués.

James L. Barton” »

Commentaire : malgré cet aveu, ces textes ont été publiés…

 

William H. McNeill, Arnold Toynbee. A Life, Oxford-New York, Oxford University Press, 1989, p. 74 :

« Plus tard, Toynbee a senti que cette présentation déséquilibrée trahissait la vérité historique. Ses sympathies, de fait, s’inversèrent, en partie du moins, parce qu’il sentait qu’il avait été injuste envers les Turcs et qu’il devait expier cette faute. »

 

Arnold Toynbee, The Western Question in Greece and Turkey, Londres-Bombay-Sydney, Constable & C°, 1922 :

« Or, au moment même où l'accord [sur le partage de l’Empire ottoman] était en cours de conclusion, j'étais employé par le gouvernement de Sa Majesté pour compiler tous les documents disponibles sur le traitement récent des Arméniens par le gouvernement turc dans un “Livre bleu” qui a été dûment publié et distribué comme propagande de guerre ! » (p. 50)

« Mon épouse et moi sommes également témoins des atrocités commises par les Grecs dans les régions de Yalova, Gemlik et Ismid, sur lesquelles portent en grande partie les rapports de ces derniers enquêteurs [Maurice Gehri et une commission anglo-franco-italienne]. Nous n’avons pas seulement recueilli de nombreuses preuves matérielles : maisons incendiées et pillées, cadavres récents et survivants terrorisés. Nous avons également été témoins de vols commis par des civils grecs et d’incendies criminels commis par des soldats grecs en uniforme. Nous avons également obtenu des preuves convaincantes que des atrocités similaires à celles que nous avions observées dans les environs de la Marmara en mai et juin 1921 avaient été commises depuis la même date dans de vastes zones du reste des territoires grecs occupés. » (pp. 259-260)

 « […] il est bien possible que, comme l’affirment les Turcs, les atrocités contre les Arméniens en 1915 aient été précédées d’une provocation similaire. » (p. 276)

Commentaire : Toynbee renie par cette phrase une des affirmations principales de ses publications propagandistes de la Première Guerre mondiale (voir ci-dessus).

« Préjugés occidentaux (passim)

Toynbee, Arnold J. : “The Murderous Tyranny of the Turks”. (Londres, 1917, Hodder & Stoughton.) [Un exemple — pas pire, peut-être, que la moyenne — de l’attitude erronée envers la “question d’Orient”.] » (p. 282)

Commentaire : Toynbee renie ici nommément et entièrement une des brochures qu’il a publiées durant la guerre.

« Pendant la guerre européenne [1914-1918], alors qu’en Angleterre, certains invoquaient l'ascendance nomade des Turcs ottomans afin de rendre compte du meurtre de 600 000 Arméniens, 500 000 nomades turcophones d’Asie centrale, appartenant à la Confédération kirghizo-kazake, étaient exterminés — également en exécution d’ordres supérieurs — par ce “le plus juste de l'humanité”, le muzhik russe. Des hommes, des femmes et des enfants ont été abattus ou ont été mis à mort de la façon la plus horrible, en se faisant voler leurs animaux et leur équipement, puis en étant chassés en plein hiver pour périr dans la montagne ou dans le désert. Quelques chanceux se sont échappés en passant de l'autre côté de la frontière chinoise. Ces atrocités ont été courageusement dénoncées et dénoncées par M. Kerensky à la Douma avant la première révolution russe, mais qui a écouté ou s'en est soucié ? Ni le gouvernement du tsar, ni le grand public occidental. » (p. 342)

« Leurs crimes [ceux des Turcs] sont indéniablement exagérés dans les dénonciations populaires publiées en Occident, et les crimes similaires commis par des chrétiens d’Orient sont presque toujours passés sous silence. » (p. 354)

Commentaire : l’omission des crimes commis par des Arméniens, des Assyriens et des Grecs est justement une caractéristique des trois publications de Toynbee durant la guerre ; il le savait mieux que personne. Il admet par ailleurs qu’une « part d’exagération » est à défalquer du Livre bleu (« The Truth about Near East Atrocities », Current History, XVIII-4, juillet 1923, p. 546).

 

Arnold Toynbee, « The Dénouement in the Near East », Contemporary Review, octobre 1922, p. 414 :

« En second lieu, les Grecs, au moment de leur sortie, ont manifestement répété à grande échelle ces crimes de massacre, d'incendie criminel et de pillage dont ils ont donné un exemple local lors de l'évacuation de la ville d'Ismid en juin 1921. Voici le récit de ces horreurs par un témoin oculaire américain* :

“Sans livrer bataille à aucun moment après la chute d'Ushak, l'armée grecque a ravagé la campagne, incendiant villages, détruisant ponts, laissant derrière elle une confusion sans issue.

Ushak est rasée. Alashehr n'est plus qu'un amas de ruines fumantes. Aïdin est plus qu'à moitié détruite. Du sommet du col de montagne au-dessus de Magnésie, j'ai vu cette ville s'élever en fumée.

Partout où les troupes grecques passaient, villages et villes étaient incendiés. De Panderma vers Brusa, à perte de vue, s'étendaient les hameaux en flammes. L'armée grecque a évacué — certes, mais elle a laissé l'Anatolie occidentale en ruines.

Des récits d'horreur indescriptible ont été rapportés au quartier général de l'armée grecque par des réfugiés chrétiens et des hommes d'affaires américains de retour de l'intérieur. Un Américain de renom m'a rapporté que les Grecs d'Aïd al-Adha avaient rassemblé un grand nombre de musulmans dans la mosquée, avaient jeté des bombes sur eux, puis avaient incendié le bâtiment. Une autre histoire provient des villages plus éloignés, où des femmes et des enfants ont été brûlés lorsque la mosquée a été incendiée. Ce ne sont là que deux des nombreuses histoires racontées, non par des propagandistes, mais par des chrétiens et des Américains témoins de ces actes.

Une armée incontrôlable, une armée orientale, est capable de choses terribles.”

Avant la publication de ce télégramme, l'auteur avait déjà reçu d'un ami britannique à Smyrne une lettre privée datée du 31 août 1922, dans laquelle figure le passage suivant :

“Un de nos Arméniens, descendu hier de Nazli, nous raconte avec une satisfaction apparente que, lorsque les Grecs ont réoccupé Ortakeui l'autre jour, le commandant a donné l'ordre de détruire quinze villages turcs de la région avec leurs habitants, et que cet ordre a été immédiatement exécuté. À quoi pouvons-nous nous attendre lorsque les Turcs en auront l'occasion ?”

* M. John Clayton, correspondant du Chicago Tribune (télégramme publié dans le Daily Telegraph du 12 septembre 1922). »

 

Stanford Jay Shaw, From Empire to Republic. The Turkish War of National Liberation, 1918-1923, Ankara, TTK, 2000, tome I, p. 62, n. 21 :

« Toynbee a admis devant Robert Zeidner en juin 1957 et devant l’auteur de ce livre, quand il a visité Harvard, en 1959, que les volumes qu’il a publiés durant la Première Guerre mondiale étaient “de la pure propagande de guerre”, contrairement aux livres qu’ils a rédigés ultérieurement : Zeidner, The Tricolor over the Taurus, p. 112. »

 

Arnold Toynbee, Acquaintances, Londres-New York-Toronto, Oxford University Press, 1967, pp. 241-242 :

« Depuis la guerre russo-turque de 1877-1878, la diaspora arménienne vivant dans le nord-est de l’Empire ottoman nourrissait des ambitions politiques. Comme la diaspora grecque plus à l’ouest de l’Anatolie, les Arméniens espéraient pouvoir, un jour, se tailler un État successeur sur des territoires ottomans. Ces aspirations politiques, arméniennes et grecques, n’étaient pas justifiées ; elles étaient le fait de minorités dispersées dans une majorité turque. Leurs aspirations ne menaçaient pas seulement de briser l’Empire turc ; elles ne pouvaient être mises en œuvre sans causer une grave injustice au peuple turc lui-même. Pour la Turquie, la question arménienne en était arrivée à un point critique lorsque le pays est intervenu dans la Première Guerre mondiale, quand les Russes ont battu les forces turques qui tentaient d’envahir le Caucase et quand ils ont envahi le nord-est de la Turquie. Les autorités turques sont arrivées à la conclusion que la population arménienne pouvait servir aux envahisseurs de ce qui s’appelle aujourd’hui une cinquième colonne. Elles ont donc décidé de déporter les Arméniens des zones concernées par la guerre, et cela, en soi, peut passer pour une mesure légitime de sécurité. »

 

Lire aussi, sur Arnold Toynbee et la manipulation de ce qu’il a réellement écrit :

L’urologue Yves Ternon : menteur sous serment

 

Sur une autre évolution de ce genre :

L’évolution et les remords de James Barton

 

Sur les missionnaires :

L’ingratitude de Vahan Cardashian envers les missionnaires américains

 

Sur l’usage récurrent de faux et de sources plus que douteuses par le nationalisme arménien et ses perroquets :

Le mensonge selon lequel cinq des « documents Andonian » auraient été « authentifiés » au procès Tehlirian (1921)

Florilège des manipulations de sources dont s’est rendu coupable Taner Akçam

Paul de Rémusat (alias Paul du Véou) : un tenant du « complot judéo-maçonnique », un agent d’influence de l’Italie fasciste et une référence pour le nationalisme arménien contemporain

Le soutien d’Arthur Beylerian à la thèse du « complot judéo-maçonnico-dönme » derrière le Comité Union et progrès

 

Sur le rôle de cinquième colonne joué par les nationalistes arméniens :

La nature contre-insurrectionnelle du déplacement forcé d’Arméniens ottomans en 1915

1914-1915 : la mobilisation du nationalisme arménien au service de l’expansionnisme russe

Le caractère mûrement prémédité de la révolte arménienne de Van (avril 1915)

Le 24 avril 1915 : mythe, réalités, contexte

 

Sur les massacres de Turcs :

Les massacres de musulmans et de juifs anatoliens par les nationalistes arméniens (1914-1918)

Turcs, Arméniens : les violences et souffrances de guerre vues par des Français

Le « négationnisme » d’Yves Ternon et Pierre Tévanian

La Légion arménienne, ses soutiens civils, leurs crimes et la dissolution de la légion par les autorités françaises (1919-1920)

 

Sur la politique arménienne des Jeunes-Turcs :

Talat Pacha et les Arméniens

Le grand vizir Sait Halim Pacha et les Arméniens

Le rôle des Arméniens loyalistes dans l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale

Artin Boşgezenyan : un Jeune-Turc à la Chambre des députés ottomane

Zareh Dilber Efendi : conseiller d’État sous Abdülhamit II, sénateur jeune-turc et admirateur de Pierre Loti

 

Sur la guerre gréco-turque :

Le soutien nationaliste arménien à l’irrédentisme grec-constantinien, massacreur de marins français et de civils turcs

Les volontaires arméniens dans l’armée de la Grèce de Constantin Ier, massacreur de Français et de Turcs (1921-1922)

Aram Effendi et Süleyman al-Boustani contre les crimes de guerre grecs (1922)

lundi 21 avril 2025

Mort du pape François : la Russie et ses alliés arméniens perdent un soutien de poids


 


Jean-François Bouthors, « François,la Russie et la Chine : un désastre obstiné », Desk Russie, 16 septembre 2023 :

« Vladimir Poutine n’en attendait pas tant. En quelques mots, adressés en visioconférence à des jeunes rassemblés dans l’église Sainte-Catherine de Saint-Pétersbourg à l’occasion de la Journée de la jeunesse catholique russe, le 25 août dernier, le pape François a une nouvelle fois perdu une occasion de se taire. “Vous êtes les enfants de la grande Russie, celle des grands saints et des tsars, de Pierre le Grand, de Catherine II, d’un peuple russe de grande culture et de grande humanité, a-t-il déclaré. […] N’oubliez jamais ce grand héritage. Vous êtes les héritiers de la grande mère Russie, allez de l’avant avec cela.” […]

Rappelons que François, contrairement aux principaux responsables politiques occidentaux, ne s’est pas rendu à Kyïv pour s’entretenir avec Volodymyr Zelensky et, surtout, manifester personnellement son soutien au peuple ukrainien. Il n’a rencontré en tête à tête le président ukrainien qu’en mai dernier lorsque celui-ci est venu plaider la cause de l’Ukraine au Vatican. Un an plus tôt, le pape avait déclaré qu’il viendrait volontiers à Kyïv, mais qu’il devait commencer par se rendre à Moscou. Ce qui revenait à dire qu’il n’irait nulle part ! »

 

« "Hisser le drapeau blanc" : on vous résume les tensions entre le pape et l’Ukraine », Lexpress.fr, 12 mars 2024 :

« Tout part de la déclaration du pape François, diffusée samedi 9 mars. Dans une interview à la télévision suisse, le pontife appelle à "avoir le courage de hisser un drapeau blanc et à négocier" pour mettre un terme à la guerre en Ukraine "avant que les choses ne s’aggravent". Dans une allusion apparente à Kiev, il ajoute : "Négocier est un mot courageux. Quand vous voyez que vous êtes vaincu, que les choses ne marchent pas, ayez le courage de négocier." »

 

« Massacre des Arméniens : pour la première fois, un pape prononce le terme "génocide" », France24.com, 12 avril 2015 :

« Le pape François a utilisé, dimanche 12 avril, dans le cadre solennel de la basilique Saint-Pierre de Rome, le terme de "génocide" pour décrire le massacre des Arméniens il y a cent ans, au risque de fortement perturber ses relations diplomatiques avec la Turquie.

"Au siècle dernier, notre famille humaine a traversé trois tragédies massives et sans précédent. La première, qui est largement considérée comme 'le premier génocide du XXe siècle' a frappé votre peuple arménien", a déclaré le pontife en citant un document signé en 2001 par le pape Jean Paul II et le patriarche arménien. »

 

Commentaires :

1)      François a utilisé (à tort) le terme « génocide » pour parler de la tragédie arménienne de 1915-1916, faisant fi des conclusions inverses auxquelles était arrivé son prédécesseur Benoît XV (1914-1922), dont la politique a été constamment turcophile, comme du refus de Paul VI de parler de « génocide », refus qui a entraîné l’assassinat de l’ambassadeur turc au Vatican, Taha Carim, le 9 juin 1977, assassinat que François s’est montré peu enclin à commémorer ;

2)      Il l’a fait quand l’Arménie était encore un protectorat russe, qui votait systématiquement contre les résolutions de l’ONU demandant la fin de l’occupation de la Crimée ;

3)      Sa déclaration de 2015 n’est pas seulement turcophobe (usage polémique du terme « génocide » et omission des victimes turques) :elle est aussi profondément méprisante pour les Hereros exterminés en 1905, par les forces allemandes de Namibie, elles-mêmes directement inspirées par le militant arménophile Paul Rohrbach, théoricien du génocide des ethnies noires, dès lors qu’elles contestent leur exploitation par le colonisateur blanc.

 

Lire aussi, sur la dimension russe de la question arménienne :

La crise arménienne de 1895 vue par la presse française

Arthur Tchérep-Spiridovitch : arménophile militant, antisémite professionnel, raciste aryaniste et inspirateur du nazisme

1914-1915 : la mobilisation du nationalisme arménien au service de l’expansionnisme russe

Le caractère mûrement prémédité de la révolte arménienne de Van (avril 1915)

Le consensus poutiniste chez les nationalistes arméniens

Jean-Marc « Ara » Toranian relaie la désinformation russe contre l’Ukraine et la Turquie

Jean-Marc « Ara » Toranian déplore l’orientation européenne et occidentale du Premier ministre arménien Nikol Pachinyan et préfère la Russie

L’hostilité intangible des nationalistes arméniens à l’égard de l’Ukraine

 

Sur les Arméniens catholiques :

L’Empire ottoman tardif et ses catholiques (y compris les Arméniens catholiques)

Les catholiques (y compris les Arméniens catholiques) et la guerre d’indépendance turque

Aram Effendi et Süleyman al-Boustani contre les crimes de guerre grecs (1922)

 

Sur la tragédie de 1915-1916 :

Talat Pacha et les Arméniens

Le mensonge selon lequel cinq des « documents Andonian » auraient été « authentifiés » au procès Tehlirian (1921)

La nature contre-insurrectionnelle du déplacement forcé d’Arméniens ottomans en 1915

Le grand vizir Sait Halim Pacha et les Arméniens

Hamit (Kapancı) Bey et les Arméniens

L’augmentation de la population arménienne à Istanbul entre 1914 et juillet 1922

L’urologue Yves Ternon : menteur sous serment

Florilège des manipulations de sources dont s’est rendu coupable Taner Akçam

Le rôle des Arméniens loyalistes dans l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale

Le « négationnisme » d’Yves Ternon et Pierre Tévanian

Turcs, Arméniens : les violences et souffrances de guerre vues par des Français

 

Sur les patriotes ukrainiens et ottomans :

Les destins parallèles de Simon Petlioura et Talat Pacha

dimanche 8 décembre 2024

Le régime baasiste s’effondre en Syrie : la Fédération révolutionnaire arménienne perd un allié historique

 


Logo du parti baasiste syrien

 

Gaïdz Minassian, Guerre et terrorisme arméniens. 1972-1998, Paris, PUF, 2002 :

« En Syrie, après plus de dix ans d’interdiction pour espionnage anticommuniste au service des États-Unis [un réseau avait été découvert par la police syrienne en 1961], la FRA [Fédération révolutionnaire arménienne] doit son existence formelle à la bonne volonté du nouveau leader, Hafez el-Assad, soucieux de préserver un équilibre ethnique dans le pays, en favorisant les minorités les plus dociles à son égard [ce à quoi il faut ajouter que la FRA est passée, après 1965, de l’alliance américaine à l’alliance soviétique, or la Syrie baasiste est elle aussi l’alliée de Moscou]. » (p. 23)

« Du côté de la Syrie, Damas reconnaît, après s’en être méfié, que la stratégie autonomiste et neutraliste des Arméniens du Liban constitue l’un des principaux maillons de la chaîne des minorités favorables à la Syrie qu’elle cherche à fabriquer. Sur l’échiquier arménien, la Syrie occupe une place centrale pour orchestrer les négociations sur le plan politique et militaire. Soutenu par les dachnaks [la FRA] syriens, qui renforcent l’autorité du régime alaouite à Alep, ville syrienne à forte composante arménienne, contre la contestation sunnite, le président Assad sait qu’il peut désormais compter sur les Arméniens de Beyrouth pour orienter à sa guise la politique du Liban. » (pp. 63-64)

« Pour la FRA, la guerre contre la Syrie du général Aoun, en mars 1989, avec le soutien de l’Irak et le ralliement de S. Geaega, est un acte insensé car dangereux pour la région. » (p. 165)

« La FRA [Fédération révolutionnaire arménienne] se rapproche de la Syrie et du Hezbollah, hostile à Israël et à la Turquie, qualifiant “le panturquisme et le sionisme d'idéologie raciste qui constituent les deux faces d'une même médaille, celle de l'impérialisme”. Jamais, depuis la création d'Israël, la FRA n'a eu une position si dure à l'égard de l'Etat hébreu. En août 1997, la Syrie appelle à donner des garanties de sécurité aux Arméniens du Haut-Karabakh tandis que la FRA demande le retrait des forces américaines du Moyen-Orient, après que le général Cohen, ministre de la Défense américain, a déclaré que la Syrie, la Libye, l’Iran et l’Irak stockent de grandes quantités d'armes chimiques et bactériologiques. […] Convaincue que l’Arménie finira par signer des accords militaires avec la Syrie et l'Iran, sur la base de ceux signés avec la Grèce et la Russie en 1997, la FRA soutient ouvertement les États arabes et iranien. » (pp. 251-252)

 

« Qui soutient encore Bachar al-Assad ? », TV5monde.com, 1er juin 2014 :

« Sunnite à 70%, la Syrie abrite des communautés alaouites, druzes, chrétiennes, ismaéliennes et des chiites duodécimains. La minorité alaouite, dont la dynastie Assad fait partie, représente 10% de la population. Persécutés pendant des dizaines d'années, ces musulmans occupent aujourd'hui les postes clés du pouvoir.  A ces groupes religieux, il faut ajouter les Arméniens, minoritaires parce que non-arabes. Eux aussi soutiennent le leader syrien pour des raisons de sécurité. Dans un article publié sur le site Atlantico.fr, Fabrice Balanche affirme que le parti Tachnag (Tachnag est l'abréviation de "Fédération révolutionnaire arménienne" en arménien occidental, un parti arménien de gauche) aurait organisé des manifestations de soutien à Bachar al-Assad dès le mois d'avril 2011. »

 

Lire aussi, sur les alliances de la FRA et autres nationalistes arméniens :

Nationalisme arménien et islamisme chiite

Agnès Vahramian défend la dictature des mollahs

Les dachnaks (nationalistes arméniens) s’identifient une fois de plus au terrorisme palestinien

La « brigade Nubar-Ozanyan » soutient le Dijihad islamique palestinien contre Israël

La Fédération révolutionnaire arménienne réaffirme son « antisionisme » radical

Le consensus poutiniste chez les nationalistes arméniens

L’hostilité intangible des nationalistes arméniens à l’égard de l’Ukraine

Jean-Marc « Ara » Toranian relaie la désinformation russe contre l’Ukraine et la Turquie

La participation de la Fédération révolutionnaire arménienne à la répression sanguinaire des Soviétiques contre les patriotes d’Asie centrale en 1918-1919

1914-1915 : la mobilisation du nationalisme arménien au service de l’expansionnisme russe

 

Sur l’émigration arménienne en Syrie :

1920-1921 : l’irréductible conflit des points de vue français et nationaliste arménien sur Çukurova (« la Cilicie »)

Hamit (Kapancı) Bey et les Arméniens

La proposition d’İsmet İnönü, à la conférence de Lausanne, pour un retour massif, en Turquie, de réfugiés arméniens

mardi 15 octobre 2024

Les destins parallèles de Simon Petlioura et Talat Pacha

 





Simon Petlioura (Symon Petlura) était un dirigeant social-démocrate ukrainien, indépendantiste, président de la République de 1919 à 1920. Talat (Talaat) Bey, puis Talat Pacha, était un dirigeant du Comité Union et progrès (CUP), ministre ottoman de l’Intérieur de 1909 à 1911, puis de nouveau de 1913 à 1917, et finalement grand vizir de 1917 à 1918. Petlioura a été assassiné en 1926 à Paris, par Samuel Schwartzbard, un repris de justice manipulé, armé et renseigné par le renseignement soviétique. Talat a été assassiné en 1921 à Berlin par un terroriste de la Fédération révolutionnaire arménienne, Soghomon Tehlirian, qui avait assassiné un Arménien loyaliste à Istanbul, l’année précédente.

 

Taras Hunczak (professeur d’histoire à l’université Rutgers, États-Unis), Symon Petlura et les Juifs, Paris, Bibliothèque ukrainienne, 1987 (traduction d’un article publié en 1969 par Jewish Social Studies, revue éditée par les Presses universitaires de l’Indiana) :

« Ainsi qu’il a été indiqué plus haut, dès son instauration, en fait, le Directoire [gouvernement ukrainien] adopta une attitude positive à l’égard de la participation des Juifs à la vie politique de l’Ukraine. Non content d’assurer un statut privilégié a la communauté juive, le Directoire lui donna également des droits strictement égaux pour servir dans les diverses administrations du gouvernement ukrainien. Finalement, nous trouvons plusieurs Juifs qui assument des fonctions ministérielles, certains occupant des postes importants au ministère des Affaires étrangères ukrainien, et plus de deux cents autres détenant des fonctions de moindre importance. Conformément aux principes d’égalité sociale, Petlura imposa l’admission des Juifs à l’École des élèves officiers.

La position du Directoire, en ce qui concerne les problèmes d’éducation des Juifs, fut également pleine de sagesse. Sur les conseils d’Abraham Revuts’ky, ministre des Affaires juives, le  gouvernement édicta une loi plaçant l’ensemble des écoles et des établissements d’enseignement juifs sous son contrôle et l’autorisant, par ailleurs, à leur attribuer le neuvième des crédits du ministère de l’Instruction publique. » (pp. 26-27)

« Selon les témoignages de l’époque et dignes de foi, les nombreux appels et ordres de Petlura et de son gouvernement n’étaient pas un vulgaire écran de fumée à l’abri duquel les éléments criminels pouvaient s’adonner librement à leur coupable industrie. Au contraire, ils sont le reflet des actes et de la politique mentionnée par le Directoire. Le colonel Oleksander Dotsenko, qui était l’aide de camp de Petlura, a relaté que quatre Ukrainiens furent fusillés, près de Kiev, pour leur participation aux pogroms. De même, un officier nommé Michtchouk et plusieurs cosaques furent fusillés à la suite du pogrom de Raihorod. Ce même colonel a également confirmé l’exécution du fameux otaman [commandant militaire] Semesenko.

Le colonel Kedrovs’ky, qui etait bien place pour le savoir, a rapporté que rien qu’à Smotrytch  (Volhynie) quatorze cosaques furent fusillés, pour participation à un pogrom. Partout, notamment à Orynyn et à Kytaihorod, ainsi qu’à Talny et Vakhnivka, d’autres, jugés coupables de viol, subirent le même sort.

Arnold Margolin parla également d’exécutions nombreuses, pour participation a des pogroms. Le témoignage ci-dessous est particulièrement édifiant :

“Enfin, je possède une transcription, certifiée conforme, du jugement rendu par une cour miUtaire speciale, le 22 août 1920, concernant Varyvan Vynnyk, accusé d’avoir infligé des blessures a Yossel Aster, au village de Zalukivtsi (près de stanyslaviv, en Galicie) — blessures mettant sa vie en danger. Ce cas fut juge à huis clos. La cour qualifia d’‘inhumain’ le comportement de Vynnyk, et le condamna à être fusille. La sentence fut exécutée le jour même.” » (p. 32)

 

Rémy Bijaoui, Le Crime de Samuel Schwartzbard, Paris, Imago, 2018, pp. 150-152 :

« D’abord, un fait incontestable : il n’existe sous la plume de Petlioura aucun écrit, aucun document, aucun discours antisémite. Bien au contraire, nous le verrons. Ses partisans ne manquent pas de rappeler qu’en 1907 il avait même préfacé une pièce de théâtre de Tchirikov, Les Juifs, dénonçant l’oppression des Juifs en Russie. Cette attitude philosémite est au reste constamment rappelée par les personnalités juives qui ont travaillé, pendant ces années de lutte, aux côtés de Simon Petlioura. M. Sliosberg, ancien président du Comité central de secours aux victimes de guerre et des pogromes, qui témoignera contre lui au cours du procès Schwartzbard, rétablit sur ce point capital la vérité :

“Les amis de Petlioura, selon les rapports des journaux, disent que c’était un homme de grandes qualités, un ami des Juifs. Je ne le nie pas. Je n’admets pas qu’il fût antisémite.”

Vladimir Jabotinski, une grande figure du judaïsme mondial dont nous reparlerons, et qui a bien connu Petlioura, réfute également toute idée d’antisémitisme le concernant :

“C’est un fait, ni Petlioura ni Vynnytchenko, ni aucun membre en vue du gouvernement ukrainien n’ont été des instigateurs de pogroms. J’ai grandi avec eux et, à leurs côtés, j’ai combattu l’antisémitisme ; personne ne parviendra jamais à persuader aucun sioniste du sud de la Russie ni moi-même que des gens de cette qualité peuvent mériter le qualificatif d’antisémites.” […]

Rappelons, pour mémoire, que le gouvernement qu’il présidait comptait plusieurs ministres juifs : le professeur Solomon Goldelman, Abraham Revusky, Moïse Silberfarb, P. A. Krasny, Jacob Latzky-Bertholdi, Arnold Margoline. […]

Ce fut d’abord la loi du 27 mai 1919 qui instaura une Commission extraordinaire d’enquête sur les pogromes, composée de représentants juifs. Cette loi non seulement habilitait la Commission à enquêter sur les pogromes perpétrés, mais elle l’autorisait aussi à traduire directement les coupables devant un tribunal militaire. Une Commission spéciale avait été créée quelques semaines auparavant (9 avril) pour enquêter sur le terrible pogrome de Proskourov.

Dans le même temps, le gouvernement prit la décision d’allouer trois millions de roubles (une somme importante pour l’époque) pour venir en aide à la population juive victime de pogromes. »

 

Robert Belot (professeur d’histoire à l’université de Saint-Étienne), Vladimir Poutine ou la falsification de l’histoire comme arme de guerre, Lausanne, Fondation Jean-Monnet pour l’Europe, 2024, p. 53 :

« Peut-être parce qu’il fut démontré que ces massacres ont été initiés par des commandants locaux et que Petlioura a tout fait pour y mettre un terme. Peut-être aussi parce qu’il paraît évident que les services spéciaux russes ont renseigné et armé la main du meurtrier. »

 

Alla Lazaréva, « L’affaire Petlioura : une grande manipulation venue de Moscou », The Ukrainian Weekly. Édition française, 21 mai 2023 :

« Pour comprendre pourquoi les Français, à l’exception d’un groupe restreint d’amis de l’Ukraine, n’ont pas voulu commémorer cet assassinat commis rue Racine, le 25 mai 1926, il faut se référer aux documents du procès de Sholem Samuel Schwartzbard, l’assassin de Symon Petlioura, très probablement manipulé par les services soviétiques, vu son passé criminel et sa nature aventurière. Son casier judiciaire comporte deux braquages de banques, à Vienne (1908) et à Budapest (1909), et deux passages en prison. Puis il a servi dans l’armée rouge, en 1917, faisaient de lui une proie facile pour le GPOu, l’ancêtre du KGB, même s’il pouvait se croire tranquille à Paris, dans sa petite boutique d’horloger.

Symon Petluoura a donc été tué le 25 mai 1926 à Paris. Samuel Schwartzbard, vêtu d’une blouse blanche d’horloger, lui a tiré sept balles de revolver. Au poste de police, il a expliqué qu’il avait ainsi décidé de venger les pogroms juifs qui ont eu lieu pendant la Première Guerre mondiale et la guerre de libération de l’Ukraine, de 1917 à 1921. Les enquêteurs ont trouvé un portrait de Petlioura découpé dans un journal d’émigrés ukrainiens lors d’une perquisition à son domicile, et la femme de Schwartzbard a témoigné que quelqu’un avait appelé son mari et qu’il s’était précipité hors de la maison et s’était enfui dans ses vêtements professionnels, pour aller commettre son meurtre.

La personne ayant prévenu Schwarzbard par téléphone que Petlioura était venu déjeuner seul au restaurant Bouillon, sans sa femme et sa fille, a été identifiée assez rapidement. Il s’agit de l’agent tchékiste Mikhail Volodin, qui une fois arrivé à Paris, a passé beaucoup de temps avec Schwartzbard et à l’ambassade soviétique, et a très probablement recruté Schwartzbard pour espionner Petlioura et le tuer. Mais il n’a jamais été jugé par le tribunal français pour complicité de meurtre, contre toute évidence. Il a pu quitter la France rapidement après le meurtre. Pourquoi cela ?

Il faut se rappeler que l’avocat de Schwartzbard, maître Henri Torrès, se rendait régulièrement à l’ambassade soviétique : la presse française en a parlé en 1926, très ouvertement (en particulier, Le Figaro). A l’époque, une habile manipulation, soutenue par une campagne de presse, a su transformer le procès du meurtrier en condamnation sans appel de sa victime, avec un soutien du Parti Communiste Français et de ses amis disposants de multiples relais. Pour appuyer la défense de Schwartzbard, un certain Bernard Lecache qui n’était ni juge d’instruction, ni fondé de pouvoirs dans l’affaire, toujours avec l’aide de l’ambassade de l’URSS, s’est vu faciliter un voyage en Ukraine “pour réunir des preuves” et y sélectionner des documents d’une manière très tendancieuse.

Il n’a pas hésité à utiliser des traductions falsifiées de la presse, comme l’a montré à l’époque un académicien ukrainien, Serhiy Yefremov, dans son Journal intime. Ensuite, à la place des témoins oculaires, ce sont des gens fort éloignés de la scène du crime qui ont pu témoigner lors des audiences. Et enfin, le plus important : pour maître Torrès, l’affaire Schwartzbard est devenue un tremplin pour une carrière fulgurante d’avocat, et pour Lecache, un prétexte pour fonder la Ligue internationale contre le racisme et l’antisémitisme (LICRA), qui joue un rôle influent en France jusqu’à nos jours. »

ð  Autre manipulation du stalinien Lecache : dans son livre Au pays des pogromes, Paris, éditions du Progrès civique, 1927, il occulte les tueries de Juifs organisées par certains éléments de l’Armée rouge, et à qui Lénine, contrairement à Petlioura, avait garanti l’impunité, y compris après la victoire des communistes, en 1921-1922 (sans joie, il est vrai, mais sans hésitation non plus). Par ailleurs, la nature du régime était dénuée de toute ambiguïté, dès cette époque, notamment après l’invasion de la Géorgie en 1921, en violation du traité russo-géorgien du 7 mai 1920, l’écrasement de la révolte libertaire de Cronstadt au même moment, le procès inique la « conjuration de Tagantsev », toujours en 1921 (96 personnes condamnées à mort et fusillées, sur la base d’accusations fabriquées), l’expulsion d’un groupe d’intellectuels en 1922, la parution du recueil Tché-ka : matériaux et documents sur la terreur bolcheviste recueillis par le Bureau central du Parti socialiste révolutionnaire russe, à Paris, toujours en 1922, et le procès-spectacle, à Moscou, la même année, des sociaux-révolutionnaires (opposants de gauche aux communistes), etc. Ce procès a d’ailleurs conduit l’écrivain Anatole France à rompre avec le communisme (il avait cessé, plus discrètement, de soutenir le nationalisme arménien vers la fin de la Première Guerre mondiale).

 

Odile Moreau, L’Empire ottoman à l’âge des réformes. Les hommes et les idées du « Nouvel Ordre » militaire (1826-1914), Paris, Maisonneuve et Larose, 2007, pp. 70-71 :

« Après la “révolution jeune-turque”, l’École militaire de Harbiye fut ouverte aux élèves non-musulmans en 1910 [Talat est alors ministre de l’Intérieur]. En 1912, les premiers officiers non-musulmans furent promus à l’issue du nouveau cursus de deux ans. Sur 394 officiers, il y avait 3 Grecs, 4 Arméniens et un Israélite. L’un des Grecs était classé parmi les seize premiers, auxquels le sultan remit en cadeau une montre en or. Le sultan, le prince héritier, le ministre et les hautes autorités militaires assistaient à la cérémonie ainsi que le patriarche œcuménique, le grand rabbin et les représentants de l’exarque bulgare et du patriarche arménien. […]

Les musulmans dirent “vallâhi bi-Allâhi” sur le Coran, les chrétiens prêtèrent serment sur l’Évangile et les Israélites sur le Talmud. »

 

« La crise turque — Le nouveau cabinet », Le Temps, 18 juin 1913, p. 2 :

« Le nouveau ministère est officiellement constitué. Il sera constitué comme suit :

Grand vizir : Said Halim Pacha.

[…]

Intérieur : Talaat bey.

[…]

Postes et télégraphes: Oskan [Mardikyan] Effendi (unioniste) [c’est-à-dire membre du Comité Union et progrès, le CUP, appelé à l’étranger « les Jeunes-Turcs »] »

 

Şinasi Orel et Sürreya Yuca, Les « Télégrammes » de Talât Pacha. Fait historique ou fiction ?, Paris, Triangle, 1986, p. 125 :

« DOCUMENT AUTHENTIQUE N° LII

Télégramme chiffré du ministère de l’Intérieur aux préfectures de Hudavendigâr, Ankara, Konya, Adana, Alep, Sivas, Mamuretilaziz, Diyarbakır, Erzurum; aux sandjaks d’Izmit, Maraş, Urfa, Zor, Kütahya, Karesi, Niğde, Karahisârisahib, Kayseri.

“L’objectif visé par le gouvernement en faisant déplacer les Arméniens de leurs lieux de résidence vers les régions prévues est d’empêcher leurs agissements contre le gouvernement et de les neutraliser afin qu’ils renoncent à leurs aspirations relatives à la création d’un gouvernement arménien.

L’objectif visé par le gouvernement n’étant pas l’extermination des innocents, le gouvernement exige que toutes les mesures adéquates soient prises pour la protection des Arméniens pendant le transport et pour leur ravitaillement grâce aux allocations des émigrés. Il ordonne de ne plus déplacer les Arméniens, sauf ceux qui sont déjà en train de l’être, de ne plus transférer, comme il a été indiqué auparavant, les familles des soldats, ainsi que les artisans dont on a besoin et les Arméniens protestants et catholiques.

Procéder immédiatement à des enquêtes judiciaires afin de punir sévèrement d’une part les personnes qui s’attaquent aux convois, qui commettent des vols, qui, emportées par des sentiments bestiaux, violent des femmes et d’autre part les fonctionnaires et les gendarmes qui les ont incitées. Limoger les fonctionnaires qui sont mêlés à ce genre d’affaires, les traduire devant les tribunaux militaires et communiquer leurs noms. Dans ce genre d’incident, la responsabilité incomberait à la préfecture/au sandjak.

16 août 1331 (29 août 1915)

Le Ministre de l’Intérieur [54].” »

 

Ibid., p. 104 :

« DOCUMENT AUTHENTIQUE N° IX

Télégramme chiffré du ministère de l’Intérieur au sandjak de Kal’a-i Sultaniye (Çanakkale).

“Réponse à la lettre du 16 mai 1331 (29 mai 1915).

Il n’y a aucun inconvénient au voyage du sous-préfet de Bayramiç, Karabet Efendi [un Arménien, comme son nom l’indique], à Istanbul. 23 mai 1331 (5 juin 1915) [9].” »

 

Télégramme de Talat, 22 juillet 1915, traduit dans Erman Şahin, « Review Essay : the Armenian Question », Middle East Policy, XVII-1, printemps 2010, p. 155 :

« En conséquence, il est de la plus haute importance de renforcer vigoureusement la sécurité publique aux limites de la province [de Diyarbakır], en particulier sur la route empruntée par les convois d’Arméniens, et d’éviter tout retard dans le transport militaire. Les résultats des mesures prises devront être rapportés. »

 

Télégramme de Talat à la préfecture d’Ankara, 29 août 1915, Hikmet Özdemir et Yusuf Sarınay, Turkish-Armenian Conflict Documents, Ankara, TBMM, 2007, p. 235 :

« La question arménienne qui se posait dans les provinces orientales est résolue. Pour autant, il est inutile d’endommager l’image de notre nation et de notre gouvernement par des actes de cruautés qu’aucune nécessité ne justifie. En particulier, l’attaque récente qui a eu lieu contre des Arméniens près d’Ankara a causé beaucoup de regret au ministre, qui a constaté que l’évènement s’est produit suite à l’évidente incompétence des officiers chargés de superviser le transfert des Arméniens, et à l’audace de gendarmes et d’habitants de la région, qui ont agi en suivant leurs instincts bestiaux, violant et volant les Arméniens. Le transfert d’Arméniens, qui doit être appliqué dans l’ordre et avec prudence, ne doit jamais, à l’avenir être confié à des individus animés d’une hostilité fanatique, et les Arméniens — tant ceux qui sont transférés que les autres — doivent absolument être protégés contre toute agression, contre toute attaque. Dans les lieux où une telle protection ne pourrait pas être assurée, le transfert doit être reporté. À partir de maintenant, les officiers chargés [du transfert] seront tenus pour responsables, compte tenu de leur rang, de toute attaque qui se produirait, et renvoyés en cour martiale. Il est nécessaire de donner des ordres très stricts à cet égard, au personnel concerné.

Le ministre [de l’Intérieur Talat]. »

 

Télégramme de Talat à la préfecture de Konya, 9 septembre 1915, ibid., p. 261 :

« Ahmed de Siroz et son ami Halil ont été transférés à Konya aujourd’hui, afin d’être jugés devant une cour martiale de la 4e armée, pour avoir assassiné des Arméniens et dérobé leurs biens. Il faut veiller à ce qu’ils ne s’échappent pas, à ce qu’ils soient mis sous bonne garde, jusqu’à réception des instructions de Cemal Paşa à leur égard.

Le ministre [de l’Intérieur Talat]. »

 

Yusuf Sarınay, « Le jugement des agents ayant transgressé les dispositions relatives au transfert des Arméniens devant la Cour martiale »

« Ahmed de Siroz et son ami Halil, jugés pour homicides et vols commis contre les Arméniens avaient été emprisonnés à Konya sur ordre du général Cemal Pacha afin d’empêcher une éventuelle évasion lors de leur transfert de la cour martiale de la 4ème Armée vers Konya, puis jugés devant la cour martiale de Syrie, ils furent pendus à Damas (BOA, HR, SYS, nr.2882/29-25) (BOA, DH, SFR, nr.55 A /177) »

ð  Cette double exécution est aussi mentionnée par Hilmar Kaiser, historien partisan de la qualification de « génocide arménien », mais sans citer l’intervention de Talat, qu’il ne peut pourtant pas ignorer.

 

Yusuf Sarınay, « The Relocations (Tehcir) of Armenians and the Trials of 1915–16 », Middle East Critique, XX-3, automne 2011, p. 307 :

« En conséquence, après le mémorandum du ministre de l'Intérieur Talat Pacha du 28 septembre 1915, le Cabinet a décidé de créer trois commissions d'enquête. Cette décision importante reflétait la position du gouvernement ottoman : les preuves évidentes de mauvaise conduite et de violation de la loi par certains fonctionnaires et citoyens locaux lors de la réinstallation ont nécessité la création de ces commissions, chacune ayant pour tâche d'enquêter sur les conditions locales, d'identifier les personnes responsables et de les traduire devant les cours martiales. […]

Avant même que cette décision ne fût prise par le cabinet, le gouvernement avait ordonné aux membres de chaque commission de se préparer à cette responsabilité, ce qui montre à quel point il était sensible aux rapports sur l'échec de certains responsables locaux à empêcher une rupture de l'ordre public pendant la réinstallation forcée. »

 

Kâmuran Gürün, Le Dossier arménien, Paris, Triangle, 1984 :

« La note codée du 14 juin 1915 (1er juin 1331) est assez importante :

“La préfecture d’Erzurum nous a informé qu’une colonie de 500 Arméniens qu’on avait fait partir d’Erzurum a été tuée par des tribus entre Erzincan et Erzurum. Il faudra veiller à défendre la vie des Arméniens que l’on met sur les routes ; il faudra, bien entendu, châtier ceux qui, pendant leur transfert, tenteront de fuir ainsi que ceux qui attaqueront les personnes chargées de la protection. Mais il ne faudra jamais mêler à cela la population. Nous ne devons laisser absolument aucune possibilité à ce que se reproduise ce genre d’événements. En conséquence, il faudra prendre toutes les mesures qui s’imposent pour protéger les Arméniens contre les attaques des tribus et des villageois ; il sera également nécessaire de punir sévèrement les meurtriers et les voleurs.” » (p. 256) 

« Ceux qui furent reconnus coupables furent déférés au tribunal de siège. Voici le nombre des cas dans quelques provinces et arrondissements :

Sivas : 648

Mamuretelaziz : 223

Diyarbakir : 70

Bitlis : 25

Eskisehir : 29

Sebinkarahisar : 6

Nigde : 8

Izmit : 33

Ankara : 32

Kayseri : 69

Syrie : 27

Hüdavendigar : 12

Konya : 12

Urfa : 189

Canik : 14 » (pp. 258-259)

 

Norman Stone (professeur d’histoire à l’université d’Oxford, puis à l’université Bilkent), « Armenia and Turkey », Times Literary Supplement, 15 octobre 2004 :  

« Il y a une erreur qui ruine vraiment les efforts de [Peter] Balakian. Il s’appuie sur un faux qui a été révélé comme tel il y a plus de quatre-vingts ans, les “documents Naim-Andonian”. Il écrit ici, page 344 : “Les Britanniques ont libéré, à l’été 1921, quarante-trois prisonniers turcs accusés d’avoir perpétré les massacres arméniens” ; il suggère que cela s’est produit parce que les Turcs nationalistes avaient capturé des officiers britanniques. Mais le fait est que les officiers de police judiciaire ont indiqué qu’il n’y avait aucune charge contre ces Turcs (internés à Malte). Certains documents les incriminant ont été retrouvés, colportés par un certain Andonian, sur la base de prétendues confessions d’un certain Naim (“Massacrez tout le monde mais gardez le secret”, telle était la teneur générale, et, à la page 346, Balakian en reproduit une partie). Mais les juristes [britanniques] ont écarté les documents comme étant des faux, et les avocats allemands [de la défense] au procès de l’assassin de Talaat Pacha en 1921 ont également écarté Andonian (préférant, de manière assez bizarre, le témoignage par ouï-dire d’un ecclésiastique nommé, en l’occurrence, Balakian). »

 

La Licra n’a jamais fait amende honorable pour avoir été fondée par un propagandiste stalinien — pas plus que pour avoir relayé, encore en 1952, la propagande stalinienne, cette fois contre le réarmement de l’Allemagne, dans un contexte de guerre froide paroxystique, de nouvelles purges à l’Est, et alors que l’antisémitisme stalinien ne faisait déjà plus aucun doute. Bien au contraire, en 2006, son président d’alors, Patrick Gaubert (ancien conseiller de Charles Pasqua, homme probe s’il en est…) s’était fendu d’une tribune diffamatoire dans Le Monde, contre Petlioura, et contre les Ukrainiens en général, dont « la belle aventure “atlantiste” » (pourquoi cet adjectif plutôt qu’« européenne », « occidentale » ou tout simplement « démocratique » ?) commencée en 2004 aurait « viré au cauchemar » (exactement le vocabulaire qu’aime lire l’ambassade de Russie à Paris), avec pour unique « argument » une commémoration de Petlioura en Ukraine et une autre à Paris. Cela provoqua une réplique très argumentée de Daniel Beauvois, professeur émérite d’histoire à l’université de Paris-I-Sorbonne, que Le Monde n’eut pas le courage de publier — pas plus qu’il n’avait eu le courage de publier un droit de réponse de Bernard Lewis en 1995. En 2012, la Licra a publié un éloge de l’assassin, salissant encore sa victime, au mépris de toute vérité historique. En 2017, elle est allée encore plus loin dans le délire, en qualifiant Petlioura de « génocidaire », pas moins. Or, c’était après l’invasion de la Crimée, après celle du Donbas, après qu’un avion civil d’une compagnie néerlandaise fut abattu par les forces russes et après la tentative de faire élire Marine Le Pen en France.

Encore en 2021, alors que les menaces russes contre l’Ukraine se multipliaient et que la propagande poutiniste battait son plein, la Licra n’a rien trouvé de mieux que d’y apporter sa contribution en réitérant sa calomnie contre Petlioura et en approuvant l’acquittement de son assassin. Le texte ajoute : « On peut ainsi rapprocher le geste de Schwartzbard de celui de Soghomon Tehlirian sur la personne de Talaat Bey, en 1921. Cet Arménien dont la famille avait été exterminée au cours du génocide de 1915 avait identifié l’ancien ministre de l’intérieur de l’Empire ottoman réfugié à Berlin et l’avait abattu. »  Ce faisant, la Licra répétait un mensonge de Tehlirian à son procès : en réalité, son père, son frère et ses deux oncles avaient déménagé à Belgrade avant 1914, pour des raisons de pure opportunité professionnelle, et ils y sont décédés de mort naturelle bien après 1918 ; par ailleurs, il n’a jamais eu de sœur, or il a prétendu, au procès, avoir vu sa sœur se faire violer puis tuer. La Licra omettait aussi de préciser que Tehlirian s’est engagé, dès 1914, et bien qu’il ne fût pas de nationalité russe mais ottomane, dans l’armée de Nicolas II, le tsar le plus antisémite de l’histoire russe, qui finançait la propagande antijuive et couvrait les auteurs de… pogromes.

En effet, la Licra s’est placée, depuis les années 1990 au moins, du côté du nationalisme arménien. On vit ainsi, en 1995, cet effarant spectacle de la Licra se joignant à Patrick Devedjian — l’ancien cogneur néofasciste, condamné au moins deux fois, complice de François Duprat dans la dissémination du négationnisme à l’extrême droite, puis apologiste enflammé de l’ASALA, groupe terroriste à l’antisémitisme meurtrier — contre l’historien anglo-américain Bernard Lewis.

Obsédée par la répression légale de ce qui ne va pas dans le sens de l’ultranationalisme arménien, la Licra fut ensuite, en 2015, tiers intervenant devant la Grande chambre de la Cour européenne des droits de l’homme dans l’affaire Perinçek contre Suisse, en soutien au très poutiniste gouvernement arménien de l’époque — lequel soutenait le point de vue russe sur la famine en Ukraine de 1932-1933… La Grande chambre a confirmé la décision de la 2e chambre, qui donnait raison à M. Perinçek. La Licra n’a tiré aucune leçon de cet échec, bien au contraire. Inversement, elle n’a jamais jugé utile de poursuivre l’antisémite Jean Varoujan Sirapian, ancien vice-président du Conseil de coordination des associations arméniennes de France, pas plus qu’elle n’a poursuivi ne fût-ce qu’un seul des innombrables agitateurs arméniens qui ont déversé leur haine raciste contre Robert Badinter.

 

Lire aussi, sur la politique arménienne des jeunes-turcs :

Talat Pacha et les Arméniens

Le grand vizir Sait Halim Pacha et les Arméniens

Hamit (Kapancı) Bey et les Arméniens

Le rôle des Arméniens loyalistes dans l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale

Artin Boşgezenyan : un Jeune-Turc à la Chambre des députés ottomane

Le rôle du député jeune-turc Dikran Barsamian dans la reconstitution du Comité Union et progrès, fin 1918

Florilège des manipulations de sources dont s’est rendu coupable Taner Akçam

L’urologue Yves Ternon : menteur sous serment

 

Sur l’assassinat de Talat :

L’assassin et menteur Soghomon Tehlirian : un modèle récurrent pour le terrorisme arménien contemporain

Le mensonge selon lequel cinq des « documents Andonian » auraient été « authentifiés » au procès Tehlirian (1921)

 

Sur le rôle de la Russie tsariste, de l’URSS et de la Russie poutinienne :

Arthur Tchérep-Spiridovitch : arménophile militant, antisémite professionnel, raciste aryaniste et inspirateur du nazisme

1914-1915 : la mobilisation du nationalisme arménien au service de l’expansionnisme russe

Le caractère mûrement prémédité de la révolte arménienne de Van (avril 1915)

La participation de la Fédération révolutionnaire arménienne à la répression sanguinaire des Soviétiques contre les patriotes d’Asie centrale en 1918-1919

L’alliance soviéto-nazie (1939-1941) et les projets staliniens contre la Turquie

L’agitation irrédentiste dans l’Arménie soviétique à l’époque de l’alliance entre Staline et Hitler

La popularité du stalinisme dans la diaspora arménienne

Le consensus poutiniste chez les nationalistes arméniens

Margarita Simonyan (Russia Today) en appelle à « la famine »

 

Sur l’ukrainophobie démentielle et compulsive que manifestent beaucoup de nationalistes arméniens :

La rage ukrainophobe des nationalistes arméniens : des exemples en septembre 2023

L’hostilité intangible des nationalistes arméniens à l’égard de l’Ukraine

 

Sur leurs combats contre la liberté d’expression :

4 mai 2011 : le Sénat de la République française dit non au tribalisme et au terrorisme arméniens

La triple défaite des nationalistes arméniens devant le Conseil constitutionnel (2012, 2016, 2017)

La Cour constitutionnelle belge rejette les prétentions liberticides du Comité des Arméniens de Belgique

Quand l’avocat Philippe Krikorian se prenait pour la justice française

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    Morgan Philips Price (1885-1973) était un journaliste et un homme politique britannique (membre du Parti libéral, puis député travai...

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