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jeudi 13 août 2026

Le terroriste Jean-Marc « Ara » Toranian : quarante-cinq ans de fidélité au Kremlin

 


Jean-Marc « Ara » Toranian et son ami Monte Melkonian, assassin d’enfant et numéro 2 de l’ASALA de 1980 à 1983

 

Laurence Boulanger, « La presse arménienne en France. — II. Le deuxième souffle », Arménia, novembre 1983, p. 16 :

« En 1976, dix jeunes Arméniens de gauche [sic] fondent “Lutte arménienne”. Hay Baykar sera leur journal. […]

En mars 1982, Lutte arménienne devient la section française d’un “Mouvement national arménien pour l’ASALA” [Armée secrète arménienne pour la libération de l’Arménien, ouvertement prosoviétique, dépendante, durant des années, de l’agent du KGB Waddi Haddad pour son entraînement sa logistique], qui compte sept autres organisations en diaspora : Canada, Etats-Unis, Iran, Angleterre, Inde, Grèce, Chypre.

En 1980, Hay Baykar tire a 3000 exemplaires, dont 1200 sont vendus en France et 600 à 700 à l’étranger : Iran, Etats-Unis et même Afrique. Puis il y a une interruption de six mois provoquée par la crise interne qui divise l’organisation entre ceux qui soutiennent l’ASALA et ceux qui se déclarent solidaires de la dissidence en Union soviétique. Une nouvelle ligne alors se fait jour : privilégier les problèmes relatifs à la Turquie et ne pas faire jouer la question des droits de l’homme tous azimuts, en particulier sous le parapluie soviétique. Selon Ara Toranian, alimenter les contradictions internes à l’URSS n’est pas le problème le plus urgent pour la communauté en diaspora, sinon l’Arménie mourra.

La scission a lieu en 1981. Hay Baykar devient Hay Baykar Hayasdan, organe du Mouvement National Arménien, le MNA. […]

Ara Toranian écrit l’éditorial. »

 

Jean-Marc « Ara » Toranian, « Réintégrer les intérêts stratégiques », armenews.com, 29 juillet 2026 :

« Même s’il a eu des conséquences négatives sur l’Etat de droit (corruption-oligarchie), ce choix des régimes précédents en faveur de Moscou, a du moins rempli son office sur le plan de l’intégrité territoriale. L’Arménie a eu certes à subir un nombre considérable de violations du cessez-le-feu par l’Azerbaïdjan, entre 1994 et 2016, qui se sont traduites par des centaines de morts. Mais la ligne de front a tenu. Et Poutine a sifflé la fin des hostilités au bout de 4 jours, quand l’Azerbaïdjan s’est lancé dans une offensive militaire contre l’Artsakh en avril 2016.

Dans ces conditions, la question se pose de savoir, pour quelles raisons le régime Pachinian ne s’est-il pas contenté, comme il s’y était engagé lors de la Révolution de Velours, de mettre le pays sur des rails démocratiques en interne, et s’est-il au contraire échiné depuis à saper les liens avec son allié stratégique, comme pour complaire à l’occident ?

La lutte contre la corruption (qui n’a pas fait des miracles depuis) passait-elle obligatoirement par ce risque sécuritaire que l’Arménie a payé au prix fort lors de la guerre des 44 jours, en 2020 ? Pourquoi avoir voulu imposer absolument ce changement de cap stratégique, ressenti comme une trahison à Moscou et qui est en train de transformer l’Arménie en un terrain de jeu pour les grandes puissances ?

Pourquoi ces provocations multiples à l’égard de l’un de ses rares protecteurs (selon le mot de Gérard Chaliand), qui ont commencé avec le limogeage en 2018 de Youri Khatchadourov, le représentant de l’Arménie à l’OTSC et celui d’Edouard Nalbandian, ministre des Affaires étrangères, deux hauts responsables bénéficiant de la confiance de Moscou ?

Avec le recul, et bien que Pachinian s’en défendit au début : la révolution de velours apparait bien aujourd’hui pour ce qu’elle était : un Maïdan arménien. C’est à dire une révolution de couleur, anti-russe, fomentée de longue main par les Etats-Unis. Au-delà de ses objectifs démocratiques proclamés -bien légitimes-, son but géopolitique était évident : fragiliser les marches méridionales de l’Empire, enfoncer un coin dans la domination russe au sud-caucase, réputé inexpugnable. Un enjeu majeur, à la frontière avec l’Iran, qui valait bien quelques petits sacrifices. C’est naturellement l’Arménie qui en a payé le prix, quantité négligeable par rapport à la Turquie, pilier de l’OTAN et à son frère azerbaïdjanais, allié d’Israël, riche d’un haut potentiel stratégique (face à Téhéran) et énergétique.

Il était clair dès le début, et nous l’avions signalé dans ces mêmes colonnes, que Pachinian était soutenu par les Etats-Unis, dont nombre d’ONG ont mené un travail de pénétration en Arménie depuis 1991. Il a donc privilégié comme il se doit leurs intérêts et persévère en ce sens jusqu’à aujourd’hui, avec la route Trump qui va assurer une continuité terrestre entre l’Azerbaïdjan et la Turquie, via l’Arménie, tout en laissant planer un soupçon d’incertitude sur l’avenir de la frontière nord de l’Iran. »

Commentaires :

1)      Contrairement à ce que prétend M. Toranian, la défaite arménienne de 2020 ne doit presque rien au changement de gouvernement intervenu en 2018 ; la Russie et l’Iran ont armé l’Arménie et la « république » séparatiste du Karabakh durant toute la guerre ; l’intervention russe en novembre 2020 a contraint l’Azerbaïdjan à signer un cessez-le-feu précipité, alors que l’armée azerbaïdjanaise venait de reprendre Choucha et se trouvait donc à côté de la capitale séparatiste, Khankendi (appelée par les séparatistes « Stepanakert », en hommage au boucher Stepan Chaoumian, ami personnel de Staline, fusillé par des sociaux-démocrates russes anticommunistes, avec le feu vert des autorités britanniques).

En réalité, la différence entre la guerre de 2020 et celle de 2016 est due à une série de facteurs : c’est seulement en 2014 que les importations azerbaïdjanaises de matériel militaire sont devenues majoritairement non-russes (israéliennes, turques, bulgares et françaises) ; la guerre de 2016 a été l’occasion de tester ces armes qui commençaient à peine à s’accumuler, et à prouver l’efficacité des drones kamikazes (encore discutée il y a une décennie) ; en 2016, l’effet des sanctions internationales de 2014-2015 ne se faisait pas autant sentir en Russie qu’en 2020 et, par définition, les sanctions de 2018 n’avaient pas encore été prononcées ; c’est seulement en 2018 que le gazoduc transanatolien, transportant du gaz azerbaïdjanais vers et via la Turquie, a été terminé, et en 2019 qu’il a véritablement commencé à fonctionner, parachevant l’œuvre de souveraineté en matière d’exportations énergétiques, commencée par le gouvernement azerbaïdjanais avec l’oléoduc Bakou-Tbilissi-Ceyhan, inauguré en 2005 ; et c’est en 2017 que le chemin de fer Bakou-Tbilissi-Kars a été, pour sa part, inauguré.

2)      Jusqu’à l’automne 2022 au moins, le Kremlin n’a eu aucun motif tangible de se plaindre du gouvernement de Nikol Pachinyan : en 2019, 2020 et 2021, l’Arménie a voté contre l’intégrité territoriale de l’Ukraine à l’ONU, rare cas de soutien, par un membre de l’ONU, à la position russe sur la Crimée ; en février 2022, elle fut l’unique membre du Conseil de l’Europe (à part la Russie elle-même) à voter contre la suspension des Russes de cette organisation. C’est seulement en septembre 2023 que l’Arménie a envoyé une aide humanitaire (quantitativement symbolique) à l’Ukraine et ce n’est qu’en août 2024 que le FSB russe a perdu le contrôle de l’aéroport d’Erevan ;

3)      En parlant de « Maïdan arménien », M. Toranian reprend une fois de plus la propagande du Kremlin, méprisant à la fois les Ukrainiens et les Arméniens : Maïdan était un soulèvement spontané contre un président pourri jusqu’à la moelle, qui venait de trahir sa promesse de signer un accord d’association avec l’Union européenne ; la révolution de 2018 en Arménie fut un mouvement tout aussi spontané, même s’il était plus limité dans ses ambitions (en finir avec la corruption et le bourrage d’urnes par le régime Sarkissian-Kotcharian ; la dépendance à la Russie était alors très peu discutée). Plus grave encore, M. Toranian reprend, de manière à peine implicite, la menace de Moscou contre l’Arménie : si vous imitez l’Ukraine dans son rapprochement avec l’UE, vous subirez un sort comparable. Or, et il le sait pertinemment, seule l’alliance turco-azerbaïdjanaise est une garantie militaire contre une telle menace. Européanisation, démocratisation et paix avec les voisins turciques sont inextricablement liés, comme l’autoritarisme d’avant 2018, la soumission à Moscou, l’alignement sur Téhéran et l’hystérie antiturcique sont indissociables.

 

Lire aussi, sur le personnage :

Jean-Marc « Ara » Toranian déplore l’orientation européenne et occidentale du Premier ministre arménien Nikol Pachinyan et préfère la Russie

Quand Jean-Marc « Ara » Toranian reprochait à la FRA de ne pas être assez terroriste (1981)

Quand la police française enquêtait sur le financement de l’ASALA, elle entendait le nom de Jean-Marc « Ara » Toranian

Janvier 1984 : la police de la République met au pas les énergumènes de Jean-Marc « Ara » Toranian

Quand Jean-Marc « Ara » Toranian menaçait d’attentats la France de la première cohabitation (1986)

 

Sur le rôle de la Russie poutinienne :

La Fédération révolutionnaire arménienne confirme une nouvelle fois son hostilité envers l’évolution pro-occidentale de l’Arménie

Le poutiniste Franck « Mourad » Papazian n’aime ni la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ni l’OTAN

Le dachnak Haytoug Chamlian vitupère la politique de paix du Premier ministre arménien et injurie la majorité de ses compatriotes (diaspora incluse)

Le consensus poutiniste chez les nationalistes arméniens

Édouard Broussalian : complotiste, putschiste, antisémite, poutiniste, diffamateur et nationaliste arménien (ensemble connu)

L’hostilité intangible des nationalistes arméniens à l’égard de l’Ukraine

 

Sur le rôle de la Russie soviétique, puis de l’URSS :

1915 : le Premier ministre arménien ébrèche le tabou du « génocide »

La participation de la Fédération révolutionnaire arménienne à la répression sanguinaire des Soviétiques contre les patriotes d’Asie centrale en 1918-1919

L’agitation irrédentiste dans l’Arménie soviétique à l’époque de l’alliance entre Staline et Hitler

De l’anarchisme au fascisme, les alliances très variables d’Archag Tchobanian

L’Union générale arménienne de bienfaisance et le scandale des piastres

La popularité du stalinisme dans la diaspora arménienne

Le rôle de l’URSS et de l’ASALA dans la réactivation des thèmes antisémites et antimaçonniques du nationalisme arménien

 

Sur le rôle de la Russie tsariste :

La crise arménienne de 1895 vue par la presse française

Arthur Tchérep-Spiridovitch : arménophile militant, antisémite professionnel, raciste aryaniste et inspirateur du nazisme

1914-1915 : la mobilisation du nationalisme arménien au service de l’expansionnisme russe

Le caractère mûrement prémédité de la révolte arménienne de Van (avril 1915)

La nature contre-insurrectionnelle du déplacement forcé d’Arméniens ottomans en 1915

dimanche 10 août 2025

Le poutiniste Franck « Mourad » Papazian n’aime ni la paix entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, ni l’OTAN

 https://www.facebook.com/franck.papazian/posts/pfbid0ut1har7cCXAYFZw26Yw1VYUpr9558gdxFvMhpt9uUFY2Ui3vb2zweANGjZMTxwzjl?__cft__[0]=AZUqsDjXOW9SSRQNpwIOgptPQg3P7zsRnPpJSKLoH_ScNVAiwUq20f_a8KEI2jOKtdDiGuWDdDnJKLiqKXdYK4xHJWOhk_p4Yj6oNrjkmFdqMHZh2FDZ6r1Llrb8mocOombxY51Ra9y5B1XeVtUUAbVOq_vGq7cY6y5lkiXHnAo-US7jZmr8i9XVJan0rXjmMGw&__tn__=%2CO%2CP-R



« Le plan Trump est un accord favorable à l’Azerbaïdjan et la Turquie ! Il affaiblit l’Arménie !

Généralement présenté comme un plan de paix durable obtenu grâce à l’intermediation de Donald Trump, l’accord qui a été signé hier à Washington par le Président azerbaïdjanais Ilham Aliev et le Premier ministre Nikol Pashinyan n’est pas un plan de paix équitable. Il fait la part belle à l’Azerbaïdjan et à la Turquie, tête de pont de l’OTAN dans la région. Explications. 

Le corridor du Zanguezour : un coup porté à la souveraineté arménienne sous l’égide de Trump

Le traité signé entre Ilham Aliev et Nikol Pashinyan, sous le parrainage de Donald Trump, entérine l’édification du corridor du Zanguezour. Présenté par ses promoteurs comme un projet de paix et d’ouverture régionale, la Trump Route for International Peace and Prosperity (TRIPP), ce corridor constitue en réalité une grave atteinte à la souveraineté et à la sécurité de l’Arménie.

Une perte de souveraineté et un affaiblissement stratégique

Ce corridor, qui traverse une partie du territoire arménien internationalement reconnu, retire de facto à l’Arménie le contrôle de cette zone. La frontière méridionale avec l’Iran — l’une des rares ouvertures stratégiques du pays — en sort fragilisée. La perte de contrôle sur ce passage constitue un affaiblissement géopolitique majeur, réduisant les marges de manœuvre économiques et diplomatiques d’Erevan.

Pire encore, l’accord prévoit que la gestion et la sécurité du corridor, sous contrôle des Etats-Unis, impliquent des forces turques et, potentiellement, de l’OTAN. Pour un État enclavé, déjà sous pression militaire permanente, autoriser la présence directe ou indirecte de forces étrangères hostiles ou ambiguës est un risque existentiel. »

Une route à statut particulier pour relier une enclave au gros du pays auquel elle appartient n’a rien d’exceptionnel, ni d’attentatoire à la souveraineté de quiconque. Une telle route existe entre le village espagnol de Llívia et le reste de l’Espagne depuis 1660. 

D’une façon remarquable, M. Papazian — membre du bureau mondial de la Fédération révolutionnaire arménienne et coprésident du Conseil de coordination des associations arméniennes de France — considère comme « pire encore » une présence américaine, donc de l’OTAN, en Arménie, alors que la présence militaire russe ne le gêne nullement, bien au contraire, alors même que la Russie est engluée en Ukraine, où elle subit des pertes hémorragiques en hommes, en blindés et en artillerie. Il s’inquiète aussi que l’Iran des mollahs puisse s’éloigner de l’Arménie, une attirance pour ce régime islamiste qu’il se garde d’exprimer devant ses amis de CNews.


Lire aussi :

Le consensus poutiniste chez les nationalistes arméniens

Franck « Mourad » Papazian et l’apologie du terrorisme arménien

Le dachnak Haytoug Chamlian vitupère la politique de paix du Premier ministre arménien et injurie la majorité de ses compatriotes (diaspora incluse)

Jean-Marc « Ara » Toranian déplore l’orientation européenne et occidentale du Premier ministre arménien Nikol Pachinyan et préfère la Russie

Jean-Marc « Ara » Toranian relaie la désinformation russe contre l’Ukraine et la Turquie

L’hostilité intangible des nationalistes arméniens à l’égard de l’Ukraine

Un membre de la Fédération révolutionnaire arménienne recherché par le FBI pour terrorisme

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La participation de la Fédération révolutionnaire arménienne à la répression sanguinaire des Soviétiques contre les patriotes d’Asie centrale en 1918-1919

L’agitation irrédentiste dans l’Arménie soviétique à l’époque de l’alliance entre Staline et Hitler

mardi 15 juillet 2025

Mort de Jean-Pierre Azéma, grand historien et adversaire des lois mémorielles

 



Tweet de Frédéric Sallée, agrégé d’histoire, 14 juillet 2025 :

« Des générations d’historiens furent nourries de ses travaux pionniers.

Merci pour tout et pour avoir montré la voie. »

 

Tweet de Corentin Sellin, professeur d’histoire en classes préparatoires, 14 juillet 2025 :

« Je n'avais jamais lu un livre d'histoire universitaire, fut-ce un manuel.

L'été de mes 17 ans, j'ai dévoré le Point Seuil de Jean Pierre #Azéma sur la France de Munich à la Libération

Et soudain j'ai eu envie de faire de l'histoire et même de devenir prof.

Un maître est parti »

 

Jean-Marie Guillon, professeur à l’université d’Aix-Marseille, compte-rendu de Jean-Pierre Azéma et François Bédarida (dir.), 1938-1948. Les années de tourmente: de Munich à Prague. Dictionnaire critique, Paris, Flammarion, 1995, Vingtième Siècle, revue d'histoire, n° 51, juillet-septembre 1996, p. 168 :

« Mais l'ensemble porte la marque très forte des deux directeurs qui ont assuré eux-mêmes la rédaction de notices nombreuses et essentielles dont il n'est pas nécessaire de souligner la qualité. Citons la déclinaison des principaux types de conflits par François Bédarida, ou sa synthèse chaleureuse sur l'État-Providence, celles de Jean-Pierre Azéma sur Prague et Auschwitz. […]

Ces deux derniers chapitres couronnent un ensemble qui réussit à associer “Retour à Clio”, inventaire problématique et démarche éthique, conformément aux objectifs que s'étaient fixés ses maîtres d'œuvre. Ce dictionnaire original s'impose donc comme un instrument de travail et de réflexion indispensable. »

 

Jean-Pierre Azéma, « Cessez de jouer avec les mémoires ! », Libération, 10 mai 2006 :

« Nous ne disons pas que l’histoire appartient aux historiens : le résultat de tous les travaux qu’elle inspire devient le bien de tous. C’est précisément pour préserver ce droit de tout citoyen d’accéder aux connaissances historiques que nous nous élevons contre la proclamation de vérités officielles, qui, en imposant ce qu’il faut chercher, trouver, enseigner, au risque de sanctions administratives, voire pénales, est indigne d’un régime démocratique. Et notre association Liberté pour l’histoire soutiendra ceux qui, hormis les négationnistes des chambres à gaz, seraient menacés pour avoir enseigné la réflexion, le débat.

En décembre, des responsables de groupes parlementaires de l’Assemblée nous avaient assurés à demi-mot qu’aucune nouvelle disposition ne viendrait aggraver ces lois mémorielles. Nous apprenons qu’une proposition de loi déposée par le groupe socialiste entend “compléter” la loi sur le “génocide arménien de 1915” : sa “négation” serait “punie des mêmes peines que la négation de la Shoah” [ce texte a été rejeté par le Sénat en mai 2011 pour inconstitutionnalité criante]. Récemment, quarante députés UMP demandaient le “déclassement” d’un article de la loi Taubira “par souci d’égalité de traitement”, plus probablement en représailles du déclassement de l’article 4 de la loi Mekachera. On assiste donc à ce que nous redoutions, à la rivalité et à la surenchère de mémoires victimaires qui prendront les enseignants, mais aussi la connaissance historique des citoyens, en otage. Que les députés ne prêtent pas attention aux retombées perverses des lois mémorielles, c’est désolant. Que leur dessein ne soit pas exempt de visées électoralistes est tout bonnement consternant. »

 

Il est remarquable qu’à l’instar de Marc Ferro, Françoise Chandernagor, René Rémond, Alain Juppé, Josselin de Rohan, Gaëtan Gorce, Jean-Jacques Hyest, Jacques Mézard, Gwendal Rouillard ou encore Michel Diefenbacher (non-juifs, comme lui, opposés aux lois mémorielles, comme lui), Jean-Pierre Azéma n’ait pas suscité, chez les nationalistes arméniens, la même hystérie haineuse que Bernard Lewis, Gilles Veinstein, Robert Badinter et Pierre Nora (tous les quatre de famille israélite).

 

Lire aussi, sur la tragédie de 1915 :

Talat Pacha et les Arméniens

Le mensonge selon lequel cinq des « documents Andonian » auraient été « authentifiés » au procès Tehlirian (1921)

Les destins parallèles de Simon Petlioura et Talat Pacha

Le grand vizir Sait Halim Pacha et les Arméniens

Le caractère mûrement prémédité de la révolte arménienne de Van (avril 1915)

La nature contre-insurrectionnelle du déplacement forcé d’Arméniens ottomans en 1915

1914-1915 : la mobilisation du nationalisme arménien au service de l’expansionnisme russe

Florilège des manipulations de sources dont s’est rendu coupable Taner Akçam

L’urologue Yves Ternon : menteur sous serment

Artin Boşgezenyan : un Jeune-Turc à la Chambre des députés ottomane

Zareh Dilber Efendi : conseiller d’État sous Abdülhamit II, sénateur jeune-turc et admirateur de Pierre Loti

Turcs, Arméniens : les violences et souffrances de guerre vues par des Français

Les massacres de musulmans et de juifs anatoliens par les nationalistes arméniens (1914-1918)

L’évolution et les remords d’Arnold Toynbee

L’évolution et les remords de James Barton

1915 : le Premier ministre arménien ébrèche le tabou du « génocide »

 

Sur l’origine du deux poids, deux mesures évoqué plus haut :

Paul de Rémusat (alias Paul du Véou) : un tenant du « complot judéo-maçonnique », un agent d’influence de l’Italie fasciste et une référence pour le nationalisme arménien contemporain

Le soutien d’Arthur Beylerian à la thèse du « complot judéo-maçonnico-dönme » derrière le Comité Union et progrès

Le soutien de Vahakn Dadrian à la thèse du « complot judéo-maçonnico-dönme » derrière le Comité Union et progrès

Aram Turabian : raciste, antisémite, fasciste et référence du nationalisme arménien en 2020

L’antijudéomaçonnisme de Jean Naslian, référence du nationalisme arménien contemporain

L’antisémitisme de Mevlanzade Rifat, nationaliste kurde, menteur et référence du nationalisme arménien contemporain

L’Entente libérale (référence des « historiens » défendant le nationalisme arménien) : antijudéomaçonnisme, racisme antitsigane, putschisme, etc.

Le complotisme raciste des arménophiles-hellénophiles Edmond Lardy et René Puaux

Le rôle de l’URSS et de l’ASALA dans la réactivation des thèmes antisémites et antimaçonniques du nationalisme arménien

Alain Soral de nouveau mis en examen : rappels sur Jean Varoujan Sirapian et le soralisme

Patrick Devedjian et le négationniste-néofasciste François Duprat

Paul Rohrbach : militant arménophile, référence du nationalisme arménien, théoricien de l’extermination des Hereros et inspirateur d’Hitler

Les massacres de Juifs par les dachnaks en Azerbaïdjan (1918-1919)

 

Sur les tentatives de censure légale :

La triple défaite des nationalistes arméniens devant le Conseil constitutionnel (2012, 2016, 2017)

Quand l’avocat Philippe Krikorian se prenait pour la justice française

Hubris : porte-voix du communautarisme arménien, Julien Ravier a prôné une modification constitutionnelle pour annuler la jurisprudence constante du Conseil constitutionnel

mercredi 11 juin 2025

Le dachnak Haytoug Chamlian vitupère la politique de paix du Premier ministre arménien et injurie la majorité de ses compatriotes (diaspora incluse)

 



 Haytoug Chamlian, « Non! à cette Arménie », armenews.com, 8 juin 2025 :

« Il y a des Arméniens dans ce monde, qui ne veulent PAS de la soi-disant “Arménie” préconisée par ses dirigeants actuels [c’est-à-dire dans ses frontières internationalement reconnues].

Ils n’en veulent plus.

Ils préfèrent la disparition totale de cette Arménie dénaturée, plutôt que de se laisser bercer par l’illusion qu’elle existerait vraiment. […]

Alors, si l’“Arménie” va être, ne va être que, cette “Arménie réelle” dont on nous bassine et qu’on veut nous faire avaler maintenant, alors nous avons le droit de penser qu’il vaut mieux que la fable se termine totalement.

Qu’on en finisse enfin, une fois pour toutes!

Cela serait plus acceptable. Plus honnête.

Plus honorable. […]

On n’entend donc plus que l’apologie de la lâcheté, de la veulerie et de la couardise, dans l’univers des perdants triomphants, des vaincus bienheureux, que sont devenus la majorité des Arméniens. Dont le seul courage consiste à présent à attaquer les quelques ceux qui refusent encore un tel abaissement. […]

Dans le cas spécifique des Français d’origine arménienne, cette posture stupéfiante n’est pas sans rappeler un certain esprit de collaborationnisme, durant l’Occupation. […]

Et la tentative précipitée, irréfléchie, irresponsable, aventuriste et puérile de libérer ce semblant d’État du joug de la Russie, aura eu pour effet direct de la jeter dans les bras de la Turquie. »

 

Précisons que cette proclamation ultranationaliste vient de Montréal… C’est dire le courage physique de son auteur.

 

Lire aussi :

Jean-Marc « Ara » Toranian déplore l’orientation européenne et occidentale du Premier ministre arménien Nikol Pachinyan et préfère la Russie

Un membre de la Fédération révolutionnaire arménienne recherché par le FBI pour terrorisme

La Fédération révolutionnaire arménienne se prépare ouvertement à la violence armée

La haine mutuelle entre nationalistes arméniens s’exacerbe en France

Nouvel éloge de la violence armée, voire terroriste, dans la diaspora arménienne

La Fédération révolutionnaire arménienne à Los Angeles pend deux mannequins à l’effigie du Premier ministre Nikol Pachinyan et de sa femme

Le chef des nationaux-socialistes arméniens aux États-Unis appelle à tuer Nikol Pachinyan

Le fanatique Pierre Tévanian diffame la justice française après la condamnation de la brute Loris Toufanian pour violence avec arme

Le fils du néofasciste Patrick Devedjian relaie un appel au terrorisme

Le fanatique arménien qui avait menacé deux fois de tuer l’ambassadrice d’Azerbaïdjan à Paris voit son troisième compte Twitter supprimé

Le consensus poutiniste chez les nationalistes arméniens

jeudi 5 juin 2025

Le rôle de l’URSS et de l’ASALA dans la réactivation des thèmes antisémites et antimaçonniques du nationalisme arménien




Résumé : dans le cadre d’une production antisémite très abondante en URSS entre les années 1960 et 1980, et d’un soutien de l’URSS au nationalisme arménien à partir du milieu des années 1960, John Guiragossian (Kirakosian), dirigeant clé de la République soviétique d’Arménie, a publié, en arménien en 1982 puis en russe en 1983, un ouvrage accusant l’Empire ottoman de « génocide », et reprenant la théorie du « complot des banquiers juifs derrière le sultan Abdülhamit » et celle du « complot judéo-maçonnico-dönme derrière le Comité Union et progrès ». La très prosoviétique Armée secrète pour la libération de l’Arménie (ASALA) a publié en 1985 une traduction française. En Arménie comme dans la diaspora, très au-delà des seuls soutiens de l’ASALA, et jusqu’à nos jours, ce livre est présenté comme une référence solide.

 

Un peu de contexte pour commencer :

Nicolas Lebourg, Le Monde vu de la plus extrême droite, Perpignan, Presses universitaires de Perpignan, 2010, pp. 137-138 :

« L’U.R.S.S. consacre le maximum de sa production propagandiste, au-delà même de ce qui est consacré aux “déviances” marxistes-léninistes, à la dénonciation du “sionisme” : entre 1967 et 1978, cent quatre-vingt ouvrages antisémites-antisionistes sont publiés, dont environ une cinquantaine de thèses universitaires, ainsi que plusieurs milliers d’articles dans la presse officielle.

En 1969, Prudence : Sionisme, fantasmant sur l’alliance entre sionistes et nazis, et sur l’équivalence doctrinale entre sionisme et nazisme, est tiré à cinq cent mille exemplaires. Cette pente dialectique mène l’U.R.S.S. à être, à la fin des années 1970, le premier éditeur mondial d’écrits sur les complots des “sages de Sion”. Elle essaime ainsi sa dialectique. »



Araignée « sioniste » à Moscou, 9 mai 1972 (copiée de l’« araignée juive » de la propagande nazie)

 

Allons-y maintenant.

 

Claire Tréan, « Un problème de compétence plus que de complaisance », Le Monde, 8 novembre 1986 :

« On ne peut enfin évoquer le problème du terrorisme en Grèce sans une allusion au Mouvement populaire arménien, un groupe apparemment peu nombreux, qui a pignon sur rue à Athènes et qui n'est autre, de l'avis général, que la couverture légale de l'ASALA. Ce groupe, qui semblait moins actif depuis quelque temps, s'est fait à nouveau remarquer ces dernières semaines, avec le Comité de soutien aux prisonniers politiques arméniens (CSPPA), par des conférences de presse au cours desquelles il a justifié les attentats commis à Paris. Il propage une abondante littérature en diverses langues (arménien, grec, français, anglais, arabe, iranien), de ton extrêmement violent, très antifrançaise et toujours antisémite. Une des brochures s'intitule le Rôle du sionisme dans le génocide arménien, et on a même trouvé à Atatürk un lointain ancêtre juif de Salonique... »

 

Le Rôle du sionisme dans le génocide arménien, Athènes, ASALA, 1985 (les nombreuses fautes de français sont dans l’original) :

« Pendant la période la plus favorable pour l’animation de la Cause Arménienne, au début de la première guerre mondiale, les impérialistes et les sionistes avaient déjà endormi les notables arméniens avec de belles mensonges. Une partie de ceux-là était attirée par ses rêves bourgeoises [sic] ; tandis que l'autre partie avait pris volontairement la voie du trahison envers le peuple arménien. Le résultat fut le carnage d’un million et demi d’arméniens, le pillage de leurs richesses matérielles, et la formation définitive de l’occupation de l’Arménie Occidentale en la transférant de l’Empire Ottoman, à la république Kémaliste ... Jusqu’à le [sic !] fascisme militaire Evrénien. Cette belle somnolence organisée par les états impérialistes occidentaux qui se nourrissaient tous d’un même chaudron, le sionisme ; par l'intermédiaire des loges Francs-Maçonniques existantes dans leurs pays.

À côté de la lutte armée de libération, l’A.S.A.L.A. a entamé déjà avec son organe “HAYASTAN” et avec d’autres publications la révélation du grand secret historique, qui consiste de faire parvenir massivement au peuple la réalité qui fut la cause pour parvenir à la situation actuelle de la grande partie des arméniens de l’ouest en se dispersant sur toute l’étandue du monde dans des conditions infernales.

Les sionistes étant les organisateurs et les metteurs en éxécution éffectifs du grand massacre des arméniens, ils allaient établir naturellement un mur de silence comploteur contre la Cause Arménienne sur le plan international, pour qu’avec le temps en assimilant et en dégénérant les arméniens de la diaspora et même les arméniens de l’Arménie aussi, s’ils l’auraient pu, pour mettre fin au problème de l’Arménie occidentale et à la question arménienne en général - en enterrant définitivement l’Arménie et les arméniens. » (p. 4)

« Avec le travail écrit du feu Professeur John Guiragossian [aussi translittéré en Kirakosian], ex-ministre des Affaires étrangères de l’Arménie soviétique [de 1975 à sa mort, dix ans plus tard], l’œuvre titré[e] : “Les Jeunes-Turcs devant le tribunal de l’histoire”, Erevan, 1982, il mettait directement son doigt sur la plaie, en diffusant la lumière sur les moyens infâmes dont les sionistes ont procédé dans l’organisation des massacres de masses arméniennes. » (p. 5)

« Le Département d’information de l’A.S.A.L.A., en prenent [sic] en considération l’indispesabilité [sic : le caractère indispensable] de faire parvenir cette vérité aux masses arméniennes, voici qu’il republie la partie du travail du Professeur John GUIRAGOSSIAN, cette partie qui englobe les complots des sionistes contre notre nation dans l’intention de son extermination. » (p. 6)

 

Commentaire : Par conséquent, les citations suivantes sont du dirigeant soviétique John Guiragossian, et non plus de l’ASALA.

 

« Les sionistes jouaient déjà un rôle détérminant dans la vie politique de l’empire ottoman, surtout dans la politique anti-arménienne que le sultan AbdulHamid II pratiquait depuis les années 90 du 19ème siècle. Les dirigeants sionistes essayaient de se servir de tous les moyens possibles pour réaliser leur propre projet. De-même ils essayaient de profiter de la question arménienne et de l’antagonisme international propagé autour d’elle. […]

Le mouvement jeune-turc encore dans son berceau avait déjà des sympathisants et des protecteurs juifs. Mais avant de passer à clarifier ce problème, essayons en quelques mots de décrire les liens de dirigeants sionistes avec le pouvoir du sultan à propos de la question arménienne. Rappelons aussi au lecteur que les plus sombres parties du problème jusqu’aujourd’hui encore ne sont pas claires. Quoique ces dernières années des pages d’histoire jusqu’aujourd’hui confuses, sont devenues des propriétés publiques ; cela grâce à la publication des éléments d’archives dans différents pays.

Déjà, en 1898, Arpiar Arpiarian [membre du parti nationaliste arménien Hintchak] avait écrit que “Le Judaïsme n’a pas d’armée mais il a de l’argent. De grands talents juifs brillent en Europe, sa force est énorme. Chaque Etat est plus ou moins sous la domination juive” (15b, N° 20, 1898).

Le père du sionisme, Herzl, avait établi des liens étroits avec Abdul-Hamid II. En 1979, à l’initiative de N. Hovhannessian fut présenté à l’attention publique l’article de l’historien arabe Marouan Bouheïry “Théodore Herzl et la question arménienne” (71), qui décrivait précisément le sale rôle joué par les sionistes pendant la période difficile des arméniens de l’ouest. Le guide des sionistes essayait de profiter de la question arménienne pour fondamentaliser les objectifs politiques du mouvement qu’il dirigeait. En Europe il tentait de convaincre les comités révolutionnaires arméniens de se soumettre au sultan. Il essayait de parvenir à cela, pour que la presse européenne n’écrive pas en faveur des arméniens, et ne donne pas d’importance à la question arménienne. » (p. 8)

« Certains journaux français, justifiaient le gouvernement turc, l’armée et les fonctionnaires; ils surnommaient les arméniens d'agitateurs et sujets déloyaux. Sabah Kulian [Stepan Sabah Kulian, dirigant du parti nationaliste arménien Hintchak] écrivait à propos des rapports de ces journaux avec l'ambassade de la Turquie. Il démontre qu’à la direction du “Journal des Débats” se trouvaient des capitalistes juifs [le Journal des débats était contrôlé par la famille Colas et par Étienne Bandy de Nalèche, qui n’étaient pas juifs], qui reconnaissaient le turc comme leur ami “et qui” considéraient la défense de la Turquie une forme de patriotisme juif (15a, No 149, 1895). En parlant à propos de certains députés juifs de la grande Assemblée Nationale Française, Sabah Kulian avait écrit que “ Sans éxeptions ils sont tous, plus que le turc des ennemis aux arméniens” (15a, N° 202, 1895). 

Le journalisme bourgeois juif presque sans exeption présentait les arméniens comme des demi-sauvages, des brigands” . Le dommage de cette presse était trop grand pour la cause arménienne. Ainsi avait écrit le journal “Haïg” de New-York (11a. N° 9 page, 139-140).

Les journaux “Kôlniche Zeïtung” et “Berliner Bakerbaald” étaient entre les mains des juifs au détriment du problème des arméniens [outre que le nom du second journal est Berliner Tageblatt, rien n’indique que ces journaux aient appartenu à des Juifs : ils ont été mis au pas en 1933, en tant que journaux défendant la démocratie, mais jamais « aryanisé » ; il ne semble pas les nazis eux-mêmes aient affirmé que les rédacteurs juifs y jouaient un rôle particulier]. Le journal “Berliner Bakerbaald” “était plutôt l’organe de l'ambassade turque que celui du parti Libéral allemand”. Ce journal renia [encore une faute de français : il eût fallu écrire « démentit »] les massacres des arméniens, il présenta les arméniens comme “Des révoltés rêveurs d’indépendance”. “Kôlniche Zeïtung” a écrit que “Le sultan, homme tendre était un monarque éclairé et libéral, qui voulait la quiétude et l'amélioration de la situation de tous ses sujets” ; envers lui les arméniens étaient des ingrats (11a. No 9, 1896, page 139). » (pp. 14-15)

 

Commentaire : il est particulièrement intéressant de noter que le complotisme antisémite était déjà prégnant chez les nationalistes arméniens (du moins les hintchakistes) dans les années 1890, et que le mythe du « complot judéo-maçonnico-dönme derrière le Comité Union et progrès » n’est qu’une variante d’un mythe inventé contre le sultan Abdülhamit II dans les années 1890.

 

« En profitant de la concurrence éxistante dans l’état ottoman entre les bourgeoisie arméniennes et juives dans les carrières du commerce et d’agencement ; les jeunes-turcs ont mis avec habileté à leur profits les services anti-arméniennes des sionistes. D’abord, les sionistes de tendance germano-turque avaient encore l'espoir de créer une Palestine autonome sous la protection du pouvoir Jeune-turc de la Porte Sublime.

Par la suite l’évacuation des arméniens hors des circuits commerciaux du Levant, devait être aussi avantageuse pour le capital juif. » (p. 17)

 

Commentaire : ce passage reprend de façon explicite l’antisémitisme socio-économique de certains Arméniens (et plus généralement de certains chrétiens) dans l’Empire ottoman tardif, les entrepreneurs juifs étant alors des concurrents relativement nouveaux, et jouissant d’une meilleure réputation quant à leur honnêteté.

 

« L’un des principaux théoriciens des jeunes-turcs le docteur Nazem était d’origine juif [le docteur Nazım n’était pas d’origine juive] ; en compagnie d’un juif crypto de Salonique (Fayek-Bey Toledo) [je n’ai pas trouvé à qui Guiragossian pensait] il avait visité la branche parisienne de l’organisation juive connue, pour précipiter l’écoulement vers la Mésopotamie des groupes juives [les sionistes n’avaient pas de plans pour une émigration vers la Mésopotamie ; les Jeunes-Turcs, comme Abdülhamit II, favorisaient l’immigration juive dans l’ensemble de l’Empire ottoman, sans vouloir la concentrer sur une région] (78, page, 99) » (p. 22)

« Lowther [diplomate britannique obsédé par les théories du complot] a démontré que les juifs avaient pris en main les points pivotables du mécanisme du gouvernement jeunes-turc [affirmation dénuée de toute apparence de fondement]. Ils ont fait des efforts pour prendre en main le ministère des travaux publics aussi ; mais celui-là a été livré à Halladjian Effendi, et cela pour la seule raison, qu’après le carnage d’Adana il a été indispensable politiquement de laisser entre les mains d’un arménien n’importe quelle portefeuille ministerielle [affirmation grotesque : entre la révolution jeune-turque de juillet 1908 et les affrontements et les massacres réciproques d’Adana et ses environs, en avril 1909, Gabriel Norandounkian avait été ministre du Commerce]. Halladjian consolida sa position lorsqu’il s’est fit inscrire comme membre à la Loge FrancMaçonnique dirigée par Talaat et Djavid. […]

Moustafa Kemal était dans les rangs actifs des sionistes jeunes-turcs de Salonique [affirmation absurde : n’étant pas, contrairement à une légende tenace, de famille juive, Kemal n’avait aucune raison de militer dans une organisation sioniste et n’en a jamais fait partie ; son appartenance à la franc-maçonnerie avant 1914 est possible, mais n’a jamais été prouvée]. Il lui était donné le nom frère de Vetouza Loge. La “Loge” était une partie de l’organisation nihiliste intérnationale [les nihilistes étaient un mouvement spécifique à l’Empire russe et n’a jamais créé d’organisation « internationale »], dans laquelle existaient beaucoup de gens qui avaient perdu leur citoyenneté, leur face nationale, qui parlaient des massacres anti-juifs de la Russie, ou bien à propos des juifs riches de Vienne. […]

« Le professeur d’histoire de l’université de Téhéran Ismaïl Rahine a écrit à propos de la coopération antiarménienne entre les sionistes et les jeunes-turcs [il semble que cet ouvrage soit paru en 1972, donc bien avant la révolution islamique, et pourrait donc relever d’un antisémitisme racial, comme dans les années 1930]. En reconnaissant comme les responsables des massacres arméniens les jeunes-turcs, les allemands, le nationalisme turc, et le panturquisme: l’histoien iranien invite [sic : en bon français, on dit « attire »] l’attention du lecteur sur le rôle négatif des personnages influents juifs de l’empire ottoman. Il mentionne du livre d’un français, “le Dernier bal”, les pages 1-36 et 46-86 où sont inscrites des preuves et des démonstrations à propos des activités anti-arménienne du sionisme international [référence au Dernier bal du grand soir, ouvrage frénétiquement antisémite, publié à Beyrouth en 1957, sous le pseudonyme de Pierre Hépess, par un Arménien libanais, nostalgique du régime de Vichy et même du Troisième Reich]. […]

Ismail Rahine démontre que le plan des turcs était d’éloigner le “danger” de l’Arménie de la voie de l’expansionisme panturquiste afin d’établir des rapports par-dessus l’Azerbaidjian avec l’Asie centrale » (pp. 23-25)

 

Rien n’autorise à prétendre que ces thèses ouvertement antisémites et antimaçonniques n’auraient qu’une audience limitée. La revue Ararat, organe, aux États-Unis, du parti nationaliste arménien Ramkavar (lequel contrôle aussi l’Armenian Assembly of America, l’un des deux principaux groupes arméniens de pression politique outre-Atlantique), a publié, dans son numéro du printemps 1988, un compte-rendu nettement positif du livre de John Guiragossian, sans critiquer, si peu que ce fût, la théorie du « complot judéo-maçonnique » qui structure ce volume. Il est également cité, comme si c’était un livre de référence, dans L’Actualité du génocide des Arméniens, Maisons-Alort, Edipol, 1999 (pp. 279 et 290) — c’est-à-dire dans l’ouvrage collectif suscité par la Fédération révolutionnaire arménienne pour justifier la « reconnaissance » inconstitutionnelle du « génocide arménien ». Encore en 2015, la chaîne de télévision arménienne n° 1 a fait l’éloge de Guiragossian, surtout pour ce livre-là. En 2016, Hranush Karatyan, ancienne adjointe au maire d’Erevan, anthropologue de profession, publiait, dans un livret coédité par le ministère allemand des Affaires étrangères (!), un texte où l’ouvrage précité de Guiragossian figure, sans avertissement, en bibliographie.

Le site officiel de l’Église grégorienne arménienne aux États-Unis a publié en 2020 une biographie entièrement favorable de John Guiragossian, où l’on lit, notamment, que son ouvrage ouvertement antisémite de 1982 a été traduit en anglais en 1992, donc après la chute du régime communisme. Cette traduction figure, sans commentaire, dans une bibliographie du Zoryan Institute, association satellite de la Fédération révolutionnaire arménienne. Elle figure aussi, sans commentaire non plus, dans une bibliographie établie par Claire Mouradian et publiée par la… Revue d’histoire de la Shoah (ce qui en dit long sur l’ignorance du comité de rédaction quant à la question arménienne).

La traduction est citée plusieurs fois par une certaine Patricia Marchak, dans son livre Reigns of Terror, publié en 2003 par l’université canadienne McGill-Queen, supposée la plus sérieuse du pays. Encore en 2007, Richard G. Hovannisian, l’un des deux principaux diffuseurs du nationalisme arménien dans le monde universitaire nord-américain, citait sans précaution et de façon positive le livre antisémite et antimaçonnique de Guiragossian. Et ce ne sont là que des exemples parmi d’autres.

En 2009, un livre (évidemment favorable) consacré à Guiragossian a été publié et présenté à la Bibliothèque nationale d’Arménie, laquelle lui avait précédemment consacré une exposition. Une médaille et une école portent également son nom.

 

Lire aussi, sur le caractère central et structurant du thème antijudéomaçonnique dans la littérature nationaliste arménienne et assimilée :

Paul de Rémusat (alias Paul du Véou) : un tenant du « complot judéo-maçonnique », un agent d’influence de l’Italie fasciste et une référence pour le nationalisme arménien contemporain

Le soutien d’Arthur Beylerian à la thèse du « complot judéo-maçonnico-dönme » derrière le Comité Union et progrès

Le soutien de Vahakn Dadrian à la thèse du « complot judéo-maçonnico-dönme » derrière le Comité Union et progrès

L’antisémitisme de Mevlanzade Rifat, nationaliste kurde, menteur et référence du nationalisme arménien contemporain

Aram Turabian : raciste, antisémite, fasciste et référence du nationalisme arménien en 2020

L’Entente libérale (référence des « historiens » défendant le nationalisme arménien) : antijudéomaçonnisme, racisme antitsigane, putschisme, etc.

L’antijudéomaçonnisme de Jean Naslian, référence du nationalisme arménien contemporain

Le complotisme raciste des arménophiles-hellénophiles Edmond Lardy et René Puaux

L’helléniste Bertrand Bareilles : arménophilie, turcophobie et antisémitisme (ensemble connu)

Le regard sans complaisance de Nune Hakhverdyan et Arman Grigoryan sur la situation intellectuelle en Arménie et en diaspora

Alain Soral de nouveau mis en examen : rappels sur Jean Varoujan Sirapian et le soralisme

Jean-Marc « Ara » Toranian semble « incapable » de censurer la frénésie antijuive de son lectorat

L’obsession des nationalistes arméniens pour le « complot judéo-maçonnique derrière le CUP » : un exemple en octobre 2022

 

Sur la politique soviétique :

1915 : le Premier ministre arménien ébrèche le tabou du « génocide »

L’alliance soviéto-nazie (1939-1941) et les projets staliniens contre la Turquie

L’agitation irrédentiste dans l’Arménie soviétique à l’époque de l’alliance entre Staline et Hitler

La participation de la Fédération révolutionnaire arménienne à la répression sanguinaire des Soviétiques contre les patriotes d’Asie centrale en 1918-1919

 

Sur le contexte des années hamidiennes et jeunes-turques :

La crise arménienne de 1895 vue par la presse française

1897 : le choc entre le loyalisme juif à l’État ottoman et l’alliance gréco-arménienne

L’antisémitisme arménien à l’époque ottomane dans le contexte de l’antisémitisme chrétien

Le rôle des Arméniens loyalistes dans l’Empire ottoman durant la Première Guerre mondiale

Le loyalisme constant de Manuk Azaryan envers les Turcs

 

Sur le déplacement forcé :

1914-1915 : la mobilisation du nationalisme arménien au service de l’expansionnisme russe

La nature contre-insurrectionnelle du déplacement forcé d’Arméniens ottomans en 1915

Le 24 avril 1915 : mythe, réalités, contexte

Turcs, Arméniens : les violences et souffrances de guerre vues par des Français

Talat Pacha et les Arméniens

Les destins parallèles de Simon Petlioura et Talat Pacha

Le grand vizir Sait Halim Pacha et les Arméniens

Le journaliste britannique Morgan Philips Price : un demi-siècle d’observations pertinentes sur l’expansionnisme russe et son utilisation du nationalisme arménien

    Morgan Philips Price (1885-1973) était un journaliste et un homme politique britannique (membre du Parti libéral, puis député travai...

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